Société

Bénin : au marché Dantokpa à Cotonou, tristesse et colère après le déguerpissement

Le marché de Dantokpa, à Cotonou, au Bénin, le 18 février 2016.

Le marché de Dantokpa, à Cotonou, au Bénin, le 18 février 2016. © © Gwenn Dubourthoumieu pour Jeune Afrique

Les autorités béninoises ont délogé samedi 1er février des milliers d’habitants et vendeurs du grand marché de Cotonou.

C’est l’un des plus importants déguerpissements de commerçants de marché dans le pays. « Nous sommes sans habitation ni commerce. Nous n’avons aucune issue. On nous a dit que nous sommes des occupants illégaux », a déclaré samedi, en sanglots, Hounsa Dekinnou, vendeuse de poissons d’une cinquantaine d’années, sur la berge lagunaire de Cotonou.

Comme des milliers d’autres habitants de cette berge qui ceinture le marché de Dantokpa, le plus grand de Cotonou, elle a reçu fin janvier un document de « sommation ». Elle vivait sur la berge depuis plus de quinze ans avec ses trois enfants et ses petits fils. Désormais, tous se retrouvent à la rue.

La document, signé du préfet du département du Littoral, Jean-Claude Codjia, leur notifiait une occupation illégale de la berge « au mépris de l’article 264 de la loi portant sur le Code foncier ». Inconsolable, la vendeuse de poissons estime avoir été l’objet d’un « abus d’autorité de la part de l’État ».

« On nous demande de cohabiter avec les reptiles »

Mais le chef du quartier de Hindé-Sud ne l’entend pas ainsi. Au total, 70 habitations ont été démolies sur la berge concernant son seul quartier. « Nos administrés étaient informés et plusieurs séances ont été tenues. Ils ont reçu des sommations avant que la préfecture ne débarque avec les gros engins », se défend Ange Donatien Boko.

Selon lui, tous les occupants n’ont pas été traités à la même enseigne. « Seuls ceux qui y vivaient illégalement ont été délogés sans dédommagement », soutient-il. « Certains ont pu justifier de titres de propriété et une procédure les concernant est en cours ».

Au moins six quartiers sont concernés par le déguerpissement. « Nous avons consenti à ce déguerpissement dans la douleur. On nous a dit que c’est un domaine public. Nous n’aurons pour seul soulagement que les travaux annoncés et que nous attendons de tout coeur », déclare Marcel Hounnoukon, pêcheur vivant dans le quartier depuis dix ans.

Plusieurs organisations de défense des personnes démunies et des pêcheurs ont engagé des actions aux côtés des déguerpis. Un important dispositif policier surveillait la berge samedi. « La mise en valeur du domaine commence », a déclaré une source jointe au ministère du Cadre de vie.

Si un nouveau site a été prévu pour recevoir les vendeurs délogés, il ne semble pas convenir à tous. « Ce site est dans un bas-fond », déplore Anick Amanyigbé, une autre commerçante. Avant de s’offusquer : « Il n’est pas aménagé, on nous demande de cohabiter avec les reptiles ».

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