Économie

Tchad : le groupe Castel sous pression

Début janvier, les Brasseries du Tchad (BDT), propriété du groupe Castel, ont décidé d’augmenter les tarifs de leurs boissons, se mettant à dos le gouvernement et les consommateurs.

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Par - à N'Djamena
Mis à jour le 3 février 2020 à 17:47

Une serveuse présente les bouteilles de bière des marques Castel, au Sénégal. Image d’illustration. © Sylvain Cherkaoui pour Jeune Afrique

Ultime rebondissement dans le bras de fer qui oppose depuis un mois les Brasseries du Tchad (Bdt) au gouvernement tchadien : le brasseur fait désormais planer des menaces de licenciements.

« En raison des difficultés économiques très sérieuses se caractérisant par une chute du chiffre d’affaires dans la proportion de plus de 70% enregistrée courant janvier 2020 (…), nous sommes contraints de procéder à la mise en chômage technique du personnel et envisager au bout de six mois un licenciement économique si cette situation ne s’améliore pas », indique un communiqué diffusé mardi 28 janvier.

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Le chiffre d’affaires de l’entreprise, en situation de monopole, a brusquement chuté depuis les augmentations, appliquées le 1er janvier, des tarifs de leurs boissons, allant de 100 à 400 francs CFA. Conséquence : les grossistes boudent les produits (bières et boissons gazeuses), préférant même fermer boutique. « Nos détaillants ont répercuté sur nous le refus des consommateurs » explique NDjagui Denis, président du syndicat des grossistes des boissons du Tchad.

Boycott

À l’origine de l’augmentation des prix, le non-renouvellement de la convention d’établissement conclue en 2015 pour une période de cinq ans avec le gouvernement. Celle-ci accordait aux Brasseries du Tchad d’importantes exonérations. En échange, elles s’engageaient à investir, promouvoir l’emploi, et soutenir le secteur privé tchadien.

Mais selon une évaluation interne conduite par la présidence que Jeune Afrique a pu consulter, l’entreprise n’a pas honoré ses engagements.

« Les manquements (…) méritent d’être relevés, afin que le comité en charge de suivi de l’exécution de ce programme d’investissement soit interpellé » suggère la note, datée de la mi-décembre. Conséquence : le 31 décembre 2019, la convention n’avait pas été renouvelée.

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Début janvier, c’est par un communiqué diffusé dans la presse tchadienne que la filiale du groupe Castel a donc annoncé qu’elle augmentait ses tarifs. La réaction des consommateurs fut immédiate. Dès le 6 janvier, un premier appel au boycott était lancé, largement suivi dans la capitale et en province.

« Chantage des brasseries »

Du consommateur au revendeur, l’incompréhension est générale. « Avant la convention, la bière coûtait 400 francs, pendant la convention, elle a été vendue au même prix. Je ne vois pas comment ils peuvent justifier cette augmentation », s’interroge un grossiste.

Depuis l’appel au boycott, les habitudes de consommation commencent à changer. Les Tchadiens achètent de plus en plus de bières étrangères, quand ils ne lui préfèrent pas le vin ou les spiritueux.

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Jusqu’où ira l’entreprise dans ce bras de fer avec le gouvernement ? Celle-ci a déjà perdu une première manche : les autorités ont récemment reçu le soutien de l’association de défense des droits des consommateurs, qui lui a demandé de « ne pas céder au chantage des brasseries ».