Elections

Guinée-Bissau : la Cedeao préconise la vérification des procès-verbaux de la présidentielle contestée

Umaro Sissoco Embaló, à Paris, le 21 janvier 2020.

Umaro Sissoco Embaló, à Paris, le 21 janvier 2020. © Vincent Fournier/JA

La Cedeao a recommandé à la commission électorale bissau-guinéenne de vérifier les données du second tour de l’élection présidentielle. Objectif : démêler le contentieux électoral et désigner de façon définitive le vainqueur du scrutin.

La Cedeao est de nouveau au chevet de la Guinée-Bissau. Plus d’un mois après la présidentielle du 29 décembre, la confusion entoure toujours les résultats proclamés par la Commission nationale électorale (CNE).

Si celle-ci a accordé le 1er janvier la victoire à Umaro Sissoco Embaló avec 53,55 % des voix, la Cour suprême, saisie à deux reprises par son rival Domingos Simões Pereira, président du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), a de son côté demandé une vérification nationale des procès-verbaux du scrutin.

Depuis, les deux instances se sont engagées dans un bras de fer, gelant de fait le processus. Face à l’impasse, une délégation de la Cedeao (composée de Kalla Ankourao, ministre nigérien des Affaires étrangères, de Jean-Claude Kassi Brou, président de la commission de la Cedeao, et de Kiridi Bangoura, ministre d’État et secrétaire général à la présidence guinéenne) a rencontré jeudi 30 janvier à Bissau les présidents des deux institutions.

« Le comité recommande à titre exceptionnel que la CNE engage une procédure de vérification de la consolidation nationale des données issues des commissions régionales du deuxième tour », a indiqué le communiqué de la Cedeao à l’issue de cette rencontre.

La Cedeao face à la Commission nationale électorale

L’organisation régionale propose que ces opérations de contrôle aient lieu sous son égide, et devant les représentants de chacun des deux candidats. « Un procès-verbal sera établi à l’issue de cette procédure de vérification qui sera effectuée au plus tard le 7 février », ajoute le communiqué.

La CNE suivra-t-elle cette recommandation de la Cedeao ? Si plusieurs participants aux réunions, dont le Premier ministre Aristides Gomes, ont assuré que la commission en avait accepté le principe, le doute persistait vendredi matin. De fait, le président de la CNE n’avait pas fait de déclaration publique pour le confirmer.

Il faut donner aux institutions internes le temps de tout mettre à plat

« Le président de la CNE a indiqué qu’il était d’accord. Il y a beaucoup d’allégations et de contestations, il faut donner aux institutions internes le temps de tout mettre à plat », explique une source bien informée au sein de la Cedeao. « Nous encourageons ceux qui disent détenir des preuves de fraudes, comme du piratage électronique, à les présenter devant les instances agréées », poursuit-elle.

« La vérification peut conduire au recomptage »

Pour le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) et son président Domingos Simões Pereira, le communiqué de la Cedeao est une bouffée d’air frais. Le message de félicitations envoyé à son rival par l’organisation régionale, suivi de celui de l’Union africaine, avaient été difficiles à encaisser. « La Cedeao est revenue en arrière après avoir félicité notre adversaire. Ils reconnaissent que le processus électoral n’est pas terminé. Maintenant, nous attendons de voir sur quelles bases ces vérifications, si elles ont lieu, seront effectuées », affirme un responsable du PAIGC.

« La vérification peut conduire au recomptage. Si, lors de ce processus, d’importantes irrégularités sont constatées, alors un recomptage peut être demandé », estime Aristides Gomes (PAIGC). « Nous souhaitons que les chiffres et les données soient vérifiés pour qu’enfin le vainqueur soit incontestable et incontesté », ajoute le Premier ministre, qui s’était entretenu jeudi pendant plus d’une heure avec les membres de la délégation de la Cedeao.

De son côté, Umaro Sissoco Embaló avait assuré, quelques jours auparavant, que la proclamation de sa victoire n’était qu’une formalité. « C’est du cinéma. La Cour suprême n’a d’ailleurs pas demandé à recompter les voix, puisque cela n’est pas prévu par la loi électorale », déclarait-il le 21 janvier, précisant que son investiture pourrait avoir lieu à la mi-février.

Remontrances de la Cedeao

Le président de l’Assemblée nationale populaire, membre du PAIGC, s’était montré plus circonspect. Cipriano Cassamá avait en effet averti que le Parlement ne se prononcerait sur l’investiture que lorsque le contentieux électoral serait purgé.

La Cedeao, médiatrice historique en Guinée-Bissau, a par ailleurs condamné « fermement les propos discourtois tenus à l’encontre de certains chefs d’État et de gouvernement qui œuvrent à la stabilité du pays ».

Dans une interview accordée à Jeune Afrique le 21 janvier, Umaro Sissoco Embaló avait sévèrement critiqué le chef de l’État guinéen, Alpha Condé.

« Il a mis la Guinée-Bissau à genoux en étant le prétendu médiateur de la Cedeao. C’était en 2017, et c’est la plus grande humiliation que mon pays ait subie », avait notamment déclaré Umaro Sissoco Embaló. Avant d’ajouter : « Je ne le tolérerai plus, c’est terminé : Alpha Condé ne sera plus médiateur en Guinée-Bissau ».

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