Diplomatie

À Brazzaville, l’Afrique tente de reprendre la main sur le dossier libyen

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Mis à jour le 31 janvier 2020 à 12h54
Le président de la Commission de l'Union africaine Moussa Faki Mahamat et le président congolais Denis Sassou Nguesso, à Brazzaville, le 30 janvier.

Le président de la Commission de l'Union africaine Moussa Faki Mahamat et le président congolais Denis Sassou Nguesso, à Brazzaville, le 30 janvier. © Moussa Faki Mahamat/Twitter

Un nouveau sommet dédié à la crise libyenne s’est tenu dans la capitale congolaise, le 30 janvier. L’occasion de relancer la médiation africaine en Libye, alors que la feuille de route de Berlin peine à être appliquée et que les combats se sont intensifiés.

L’Afrique cherche à reprendre les rênes du dossier libyen. Après la conférence de Berlin et avec la reprise des combats à Tripoli, les ministres des Affaires étrangères des pays africains limitrophes (ainsi que du Mali) de la Libye s’étaient d’abord retrouvés à Alger, le 23 janvier, pour « se coordonner et faire entendre notre voix », expliquait alors le ministre algérien des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum.

Le 30 janvier, c’était au tour du Congo-Brazzaville, dont le président Denis Saoussou-Nguesso dirige le comité de haut niveau de l’Union africaine (UA) sur la Libye, d’organiser une réunion consacrée à la crise. « La Libye est bel est bien un État africain. Mais malheureusement, depuis 2011, l’Afrique a été marginalisée dans les tentatives du règlement du conflit », rappelait à Jeune Afrique le ministre congolais des Affaires étrangères Jean-Claude Gakosso, le 18 janvier.

Haftar boude la réunion

Avant la conférence de Berlin, le ministre congolais s’était déplacé dans les différentes capitales des pays membres du comité de haut niveau pour remettre les invitations officielles.

À Brazzaville, seuls le Congo-Brazzaville, la Mauritanie et Djibouti ont finalement été représentés au niveau présidentiel, Mohamed Ould Ghazouani et Ismaïl Omar Guelleh – qui préside le Conseil de paix et sécurité de l’UA – ayant fait le déplacement.

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune s’est pour sa part fait représenter par son chef de gouvernement Abdelaziz Djerad, lequel a prononcé son discours en arabe. Le président tchadien Idriss Déby a quant à lui renoncé à faire le déplacement en raison de la situation sécuritaire au Tchad.

Les participants au sommet sur la Libye à Brazzaville, le 30 janvier.

Les participants au sommet sur la Libye à Brazzaville, le 30 janvier. © Moussa Faki/Twitter

Le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita a porté la voix du Maroc, tandis que la Tunisie a été représentée par le secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Sabri Bachtobji. Bien qu’invité à l’événement, le président sud-africain Cyril Rampahosa, qui prendra prochainement la tête de l’UA, a envoyé sa ministre des Relations internationales Naledi Pandor.

Acteur-clé de la crise libyenne, où elle soutient le maréchal Haftar, l’Égypte a envoyé son vice ministre des Affaires étrangères Hamdi Loza.

En ce qui concerne les pays non-africains, l’Italie, la Russie et la Turquie ont été représentées par leurs ambassadeurs respectifs. Côté français, c’est l’ambassadeur Frédéric Désagneaux, l’envoyé spécial pour la Libye du président français, qui a représenté Emmanuel Macron. Un temps annoncé, le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas s’est décommandé l’avant-veille de la réunion.

Enfin, côté libyen, le chef du gouvernement basé à Tripoli Fayez al-Sarraj ainsi que le président du Haut conseil d’État Khaled al-Mishri ont fait le déplacement dans la capitale congolaise. Le maréchal Khalifa Haftar, pourtant invité, a lui boudé la réunion, se contentant d’envoyer une délégation, représentée par Abdulhadi Lahouij, ministre des Affaires étrangères du gouvernement d’intérim libyen (favorable à Haftar). Les deux délégations libyennes se sont installées dans des salles distinctes à l’extérieur du Centre international de conférences de Kintélé, évitant ainsi de se croiser.

« Réaffirmer la position de l’Afrique »

Devant les caméras de la réalisatrice française Yamina Benguigui, les différents intervenants ont fait valoir la nécessité de « réaffirmer la position de l’Afrique, axée sur la tenue d’un forum de réconciliation nationale inter-libyen », selon les mots de la présidence congolaise. Une feuille de route a été établie pour la tenue de ce forum, qui pourrait avoir lieu en Algérie.

Alors que l’embargo sur les armes a de nouveau été violé après la conférence de Berlin, le comité a rappelé qu’il devait être strictement respecté et déplore « une dégradation de la situation qui nourrit les réseaux terroristes et déstabilise la sous-région ». Il a également condamné les ingérences étrangères dans la crise libyenne et appelé à « un cessez-le-feu complet et effectif » devant faire l’objet « d’un mécanisme de surveillance (…) dans lequel l’UA aura un rôle à jouer ».

Nous avons constaté une nette extension géographique des combats

Moussa Faki Mahamat, le président de la Commission de l’UA, a estimé que « les Libyens doivent prendre la responsabilité devant l’histoire de faire taire les armes ». De son côté, Ghassan Salamé, l’émissaire de l’ONU pour la Libye s’est montré particulièrement pessimiste, voire désabusé, sur une solution politique à court terme en Libye, alors que les combats ont repris d’intensité et que les livraisons d’armes se poursuivent.

« Nous avons constaté une nette extension géographique des combats, et un net crescendo dans la qualité des instruments militaires utilisés dont des drones qui ont été massivement utilisés », a-t-il précisé, évoquant le fait qu’une « défense antiaérienne, dotée de missiles américains Hawk et de drones, a été installée récemment dans six aéroports de l’est et de l’ouest du pays ».

« C’est une guerre qui coûte cher à la Libye, qui n’exporte actuellement que 5 % seulement de son potentiel de production pétrolière », a conclu l’ancien ministre libanais.

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