Politique

Tunisie : Elyes Fakhfakh dévoile les premières lignes de son programme

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Mis à jour le 29 janvier 2020 à 15h50
Les consultations sur le cahier des charges du gouvernement, sous la supervision de Elias Fakhfakh.

Les consultations sur le cahier des charges du gouvernement, sous la supervision de Elias Fakhfakh. © Elyes Fakhfakh/Facebook

Désigné pour composer un exécutif, Elyes Fakhfakh a dévoilé les principaux axes de son programme, dans un document publié le 29 janvier. Comme son prédécesseur Habib Jemli, il souhaite, pendant un temps, être autorisé à gouverner par ordonnance, ce qui pourrait lui permettre de contourner l’Assemblée.

Elyes Fakhfakh a jusqu’au 20 février pour s’adresser aux représentants du peuple, mais il a déjà dévoilé ses premières approches.

L’ancien dirigeant d’Ettakatol avait dans un premier temps annoncé 18 portefeuilles mais s’est ravisé en optant pour 28 maroquins. « Il a conservé la composition classique en supprimant les secrétariats d’État, sauf celui des Affaires étrangères qu’avait proposé son prédécesseur Habib Jemli », commente un membre de l’ONG Bawsala. Elyes Fakhfakh, dont on attendait une « task-force » pugnace était aussi attendu sur son programme, dont il a dévoilé les principaux axes dans un document mis en ligne sur les réseaux sociaux, le 29 janvier.

Comme tous les gouvernements précédents, il se réfère aux valeurs de la révolution et au respect de la Constitution pour dévoiler sa vision à court et moyen terme.

Similitudes avec le programme de Chahed

Avec l’objectif d’aller vers un État socialement responsable, il envisage de « lutter contre la pauvreté et la précarité, résorber les inégalités régionales, combattre la contrebande, diminuer le chômage et améliorer le pouvoir d’achat et le niveau de vie ».

La lutte contre le terrorisme et le crime complète le volet sécuritaire, tandis qu’il compte pérenniser les instances institutionnelles et installer la Cour constitutionnelle. Il déploie également des orientations économiques avec un focus sur la relance du secteur des phosphates et des programmes ciblés pour les PME.

Dans les grandes lignes, ce programme à court terme sur lequel planche Elyes Fakhfakh ressemble au contenu proposé depuis 2018 par le chef du gouvernement sortant, Youssef Chahed. Il en va de même pour ses ambitions à long terme, désignées par « Plan d’investissement stratégique pour l’avenir », un ensemble de réformes des secteurs de l’éducation, la santé, l’agriculture, le digital, l’énergie avec une ouverture sur les marchés africains.

Je ne pense pas que l’on puisse parler des grandes réformes

Le gouvernement Fakhfakh aura-t-il toutefois les moyens de sa politique ? Rien n’est moins sûr : la loi de finances 2020 doit mobiliser 11 milliards de dinars pour boucler le budget de l’État. « Je ne pense pas que l’on puisse parler des grandes réformes », commentait l’économiste Arem Belhaj lors de son adoption. Mais le futur gouvernement s’engage à trouver les fonds pour la Tunisie, dont la relance économique est prioritaire.

Contourner l’Assemblée

Le programme de Fakhfakh innove toutefois sur certains points. Dans sa démarche, il se base sur le soutien des partis partenaires, également présents dans l’hémicycle, pour ne plus être tributaire de l’accord de l’Assemblée des représentants du Peuple (ARP). Fakhfakh, comme Jemli – dont « il reproduit les erreurs » selon Hassouna Nasfi, président du groupe parlementaire de la réforme nationale – souhaite, pendant un temps, être autorisé à gouverner par ordonnance et contourner l’Assemblée ou s’en prémunir par le biais de ses soutiens politiques.

Il souhaite également un amendement du « règlement intérieur » de l’ARP pour inscrire dans le marbre ces nouvelles prérogatives. « Cette erreur est une faute politique. Il s’agit de dispositions constitutionnelles et aucun exécutif ne peut se soustraire à l’avis du Parlement, organe de contrôle du gouvernement », précise une ancienne députée.

Curieusement, le Courant démocratique, Ennahdha et Ettakatol, dont Fakhfakh est issu, sont les formations politiques qui avaient défendu bec et ongle les attributions actuelles du Parlement lors de l’adoption de la Constitution en 2014. Elles soutiennent aujourd’hui le projet de Elyes Fakhfakh.

Réforme de l’État

Le chapitre le plus important est celui du projet national pour « la réforme de l’État et l’application de la décentralisation », un ensemble de points qui se rapprochent de la vision de démocratie participative et de refonte du système promu par le président de la République, Kaïs Saïed. Les termes sèment le doute. Le chef du gouvernement pressenti compte-t-il réformer les structures étatiques – à savoir l’administration et le secteur public -, ou engager une réforme structurelle de l’État ?

Constitutionnellement, ce dernier cas de figure n’est pas de son ressort mais de celui de l’Assemblée. « Ce programme n’est qu’une suite de généralités issues de la campagne électorale. Néanmoins, les priorités à moyen terme qu’il énonce révèlent une volonté de neutraliser l’ARP », analyse pour Jeune Afrique la co-fondatrice du Parti de l’indépendance tunisienne (PIT), Rym Mourali.

Pour le moment, le programme présenté est une base de travail pour les négociations en cours à Dar El Dhiafa. Il pourra être ajusté selon le poids de chacun des partis. Mais les questions fondamentales ne manqueront pas d’être posées par les députés lors du vote de confiance au gouvernement.

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