Diplomatie

La Palestine unie pour rejeter le plan de paix de Donald Trump

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Mis à jour le 29 janvier 2020 à 10h04
Œuvre exposée à Ramallah

Œuvre exposée à Ramallah © AntRugeon

Si le « Deal du siècle » est soutenu par le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, en difficulté sur le plan domestique, il est catégoriquement rejeté par la diplomatie palestinienne, le chef de l’Autorité palestinienne, mais aussi le Hamas.

« Ce que Trump a mis sur la table n’est pas un plan de paix mais plutôt un nouveau système d’apartheid. » Les mots de Salman El Herfi, ambassadeur de la Palestine à Paris, à Jeune Afrique donnent une idée de la perception palestinienne de ce « deal » alors que le président américain s’apprête, dans la journée du 28 janvier, à dévoiler l’intégralité de son plan de paix annoncé deux ans plus tôt.

Ce dernier, souvent appelé « Deal du siècle », est porté par le gendre et conseiller du président Jared Kushner.

Les médias israéliens, dès le début de la semaine, dévoilaient de possibles lignes directrices du plan de Trump, assurant notamment qu’il pourrait consacrer Jérusalem comme capitale de l’État hébreu et faisait peu de place à la question du retour des populations palestiniennes.

Des sources palestiniennes et arabes, informées du projet, redoutent qu’il ne soit un prélude à l’annexion par Israël d’un morceau de la Cisjordanie, y compris la majeure partie de la vallée du Jourdain, région stratégique et fertile, ainsi qu’au passage de l’occupation temporaire vers l’occupation permanente.

Pas de concertation avec l’Autorité palestinienne

Il y a quelques mois déjà, Salman El Herfi expliquait à Jeune Afrique l’état d’esprit qui régnait au sein du leadership palestinien : « Ce plan est mort-né ».

Tout un volet du plan est déjà connu. Il a été révélé à Bahreïn, en juin dernier, lors d’un événement auquel la diplomatie palestinienne ne s’était pas rendue. Kushner avait proposé la création d’un fonds de 50 milliards de dollars pour soutenir des investissements dans l’économie palestinienne.

Trump cherche-t-il seulement l’assentiment palestinien ? Lundi, il a rencontré séparément Benyamin Netanyahou et le rival de ce dernier, Benny Gantz. « Trump tente de faire la paix entre Netanyahou et Gantz », a ironisé le chef de l’OLP, Saeb Erakat, sur Twitter.

En conférence de presse à la Maison Blanche, le président américain, qui n’a pas rencontré de dirigeants palestiniens, a expliqué : « Nous avons l’appui du Premier ministre. Nous avons le soutien des autres partis. Et nous pensons que nous aurons finalement le soutien des Palestiniens. Mais nous allons voir. » Le moment choisi par le président américain pour dévoiler son plan de paix pose également question : le 28 janvier, Netanyahou a été formellement mis en examen pour corruption.

Le Premier ministre israélien s’est montré confiant envers le projet américain, remerciant chaleureusement Donald Trump lors d’une conférence de presse conjointe et soulignant que « le deal du siècle est l’opportunité du siècle ».

Rejet palestinien

En début de semaine, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a refusé de prendre un appel de Donald Trump, a indiqué un haut fonctionnaire palestinien à l’agence de presse turque Anadolu.

La diplomatie palestinienne considère que le sommet de Bahreïn en juin contournait les vrais problèmes politiques et constituait une atteinte aux initiatives arabes de paix (notamment celle de 2002, qui conditionne la normalisation avec Israël à son retrait des territoires arabes occupés depuis 1967).

Salman El Herfi assure auprès de Jeune Afrique que le plan de paix fait même ombrage aux accords d’Oslo conclus entre Israël et la Palestine en 1993, soutenus par Washington, reprenant les termes d’un document diplomatique palestinien.

Le Premier ministre palestinien Mohammad Shtayyeh a appelé par avance la communauté internationale à boycotter le projet.

Trump a le mérite d’unir les Palestiniens

« Le plan de Trump a le mérite d’unir les Palestiniens, qui le refusent unanimement », nous explique le diplomate palestinien. Différents leaders palestiniens appellent déjà publiquement à la vigilance et à des actions contre le « Deal du siècle ».

Le Fatah de Mahmoud Abbas, devant l’urgence, a convié de nombreuses organisations palestiniennes, y compris son adversaire politique, le mouvement islamiste du Hamas, à une rencontre. Ce dernier a répondu favorablement à la main tendue ce 28 janvier.

Selon les médias israéliens, l’armée de l’État hébreu se prépare par ailleurs de son côté à une augmentation des tensions. Des renforts ont été déployés dans la vallée du Jourdain.

Depuis l’accession de Donald Trump à la présidence des États-Unis, le froid est total entre Washington et Ramallah. Et pour cause : Trump a déménagé l’ambassade américaine à Jérusalem, annoncé la fin de ses versements à l’UNRWA, l’agence onusienne dédiée aux réfugiés palestiniens, et en novembre dernier, déclaré que les colonies israéliennes en Cisjordanie n’étaient pas « incompatibles avec le droit international ».

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