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Immobilier : pourquoi l’augmentation de capital du marocain Addoha n’est pas un réel succès

Anas Sefrioui, président du groupe immobilier Addoha.

Anas Sefrioui, président du groupe immobilier Addoha. © Alexandre Dupeyron pour Jeune Afrique

Le groupe immobilier marocain Douja Promotion groupe Addoha (Addoha) boucle une opération d’augmentation de capital dans la douleur. La famille Sefrioui, principal actionnaire, a dû mettre la main à la poche, ce alors que les investisseurs semblent demeurer réticents à cette valeur.

Le groupe marocain Addoha a annoncé lundi 27 janvier que son augmentation de capital en numéraire avait été bouclé avec succès. L’opération, qui s’est étalée du 19 décembre au 8 janvier avait pour objectif de rassembler quelque 800 millions de dirhams (75 millions d’euros) auprès des actionnaires, n’a pourtant pas eu un retentissement tel qu’espéré par la famille Sefrioui, l’actionnaire de référence. Les porteurs d’actions minoritaires n’ont pratiquement pas adhéré à cette opération. Alors que l’action n’était vendue qu’à 10 dirhams (0,94 euro) l’unité.

L’immobilière a été accompagné pour cette augmentation de capital par les poids lourds du secteur financier : Attijari Finances Corp. et BMCE Capital Conseil.

« On est très loin des années où tout le monde bataillait pour avoir sa part du capital de l’immobilière créée par Anas Sefrioui, commente un cadre d’une société de bourse casablancaise. Le désintérêt était palpable pendant cette période et il n’a pas été facile de vendre les 80 millions d’actions nouvellement créées ». Et d’ajouter: « Addoha a bouclé l’opération quelque peu dans la douleur ».

Près de 95 % de l’opération souscrite par la famille Sefrioui

D’ailleurs, selon les éléments publiés par la Bourse de Casablanca, le plus gros de l’apport a été réalisé par la famille Sefrioui elle-même. Cette dernière a souscrit à hauteur de 756,51 millions de dirhams, pour plus de 75,6 millions d’actions. Ce qui signifie que 94,5 % de l’ensemble de l’apport a été fait par Anas Sefrioui et sa famille. « C’est un signal fort qui démontre qu’un gouffre s’est creusé entre les dirigeants du groupe et les actionnaires. La réussite de l’opération se mesure en effet par l’envie exprimée des actionnaires minoritaires à s’offrir de nouvelles actions, car ce sont eux qui peuvent injecter de l’argent frais. Dans le cas présent, les Sefrioui ont vu que l’opération ne séduisait pas assez les minoritaires et ont donc décidé de participer massivement », détaille notre interlocuteur.

Avec cette nouvelle configuration du tour de table, le plus gros perdant est l’actionnaire minoritaire qui a vu sa participation diluée. De l’autre côté, la famille Sefrioui passe de 56,6 % à 64,1 %, et le flottant en bourse a été réduit, pour ne plus peser que 35,2 % (contre 42,6 % avant l’opération).

Avant cette augmentation de capital, Anas Sefrioui, le PDG et actionnaire majoritaire du groupe immobilier, avait promis de participer à l’opération et notamment pour garder sa position dans le tour de table. Il a aussi laissé entendre qu’il pourrait participer mais sans mettre directement du cash.

Redonner confiance aux investisseurs

Le magnat marocain détient une créance sur son groupe inscrite sur le compte courant d’associés de 1,16 milliard de dirhams. Pour le moment, la famille n’a pas détaillé si l’apport a été réalisé entièrement en cash ou s’il y a eu une conversion de créance. « Dans le deuxième cas, le groupe n’aura pas obtenu les liquidités qu’il cherchait dans le cadre de cette opération. Mais l’avantage c’est que les ratios d’endettement vont baisser aux grands plaisirs des banquiers », explique encore notre expert.

Cette opération devait aussi redonner confiance aux investisseurs

Le groupe immobilier avait grandement besoin de réussite dans cette opération d’augmentation de capital pour plusieurs raisons. La première est de récolter suffisamment d’argent frais pour renforcer la structure des fonds propres mais aussi pour financer les prochains projets, et notamment ceux en Afrique subsaharienne. D’ailleurs, les futurs relais de croissance d’Addoha sont en Afrique de l’Ouest et les dirigeants ne cessent de le répéter.

« Cette opération devait aussi redonner confiance aux investisseurs et instaurer un climat plus serein avec les actionnaires majoritaires. Mais il semble que le pari ne soit pas gagné. La famille Sefrioui va devoir trouver un autre moyen pour faire adhérer tout le monde à son projet », conclut notre interlocuteur.

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