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Goldman Sachs confirme son ancrage africain depuis Johannesburg

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Mis à jour le 24 janvier 2020 à 16h15
Fin 2015, les actifs de Goldman Sachs atteignaient environ 860 milliards de dollars.

Fin 2015, les actifs de Goldman Sachs atteignaient environ 860 milliards de dollars. © Richard Drew/AP/SIPA

La banque d’investissement américaine renforce sa position en Afrique du Sud, à contre-courant de nombre d’acteurs financiers qui ont réduit leurs effectifs ou fermé leur bureau, échaudés par un contexte économique morose, deux ans après l’arrivée au pouvoir de Cyril Ramaphosa.

Après avoir annoncé en mai dernier qu’elle s’apprêtait à élargir ses services en Afrique du Sud, Goldman Sachs passe aux actes. Lundi 20 janvier, la banque de Wall Street a fait savoir dans un bref communiqué qu’elle avait reçu l’accord du régulateur bancaire – la South African Reserve Bank – « pour opérer en tant que banque en Afrique du Sud ».

Concrètement, Goldman Sachs International Bank (GSIB), qui regroupe les activités internationales de la banque new-yorkaise au Royaume-Uni, en Allemagne, en Chine ou en Corée du Sud, disposera désormais d’une branche sud-africaine.

GSIB est également admise aux marchés des devises du Johannesburg Stock Exchange, la bourse sud-africaine. En mai, Goldman Sachs a signé un partenariat exclusif avec la société de gestion d’actifs Investec pour élargir le champ de leurs interventions mutuelles sur le marché actions de la nation Arc-en-ciel.

Élargissement de portefeuille

« Goldman Sachs se positionne sur tous les services de la banque d’investissement : les crédits aux entreprises et institutions sud-africaines, les obligations d’État et d’entreprises publiques, les actions et les devises », nous explique Warren Thompson, spécialiste du secteur bancaire dans l’hebdomadaire sud-africain Financial Mail.

Un net élargissement de portefeuille car, depuis 20 ans, Goldman Sachs se limitait à du conseil en gestion de fortune et d’actifs, ou à l’accompagnement dans des opérations de fusions et acquisitions, via un bureau de représentation à Sandton dans la banlieue de Johannesburg.

Elle est ainsi à la manœuvre en 2007, lorsque la banque chinoise Industrial and Commercial Bank of China (ICBC) met la main sur 20 % du capital de Standard Bank, pour 5,6 milliards de dollars (5,1 milliards d’euros). L’opération est alors présentée comme l’investissement direct étranger le plus important jamais réalisé en Afrique.

Agir à contre-courant

Plus récemment, la banque comptait dans la levée de fonds de 52 millions de dollars opérée par la fintech sud-africaine Jumo, qui entend faciliter l’accès des particuliers et des petites entreprises à l’épargne et au crédit, pour financer son développement en Asie.

Goldman Sachs s’est dit qu’elle allait renforcer la position par laquelle elle est arrivée en Afrique

Mais avec cet agrément, Golman Sachs change de braquet en Afrique du Sud. Et ce au moment même où plusieurs acteurs financiers, à commencer par la Deutsche Bank, le Crédit Suisse, l’australien Macquarie ou le dubaïote Arqaa ont réduit la voilure dans le pays, dans un contexte de très faible croissance et d’un chômage atteignant 29 % de la population active.

« Certains acteurs se sont dits que l’Afrique du Sud n’était plus ce qu’elle était. Goldman Sachs s’est dit au contraire qu’elle allait renforcer la position par laquelle elle est arrivée en Afrique », analyse Benjamin Ngongang, directeur associé de Finafrique, cabinet de conseil auprès des banques et des assurances à Abidjan, Douala et Paris.

Signé Colin Coleman

Pour Warren Thompson, l’explication de cette annonce à contre-courant porte la griffe de « Mr Goldman » à Johannesburg : Colin Coleman. « La décision de demander une licence bancaire est clairement la sienne, peut-être même contre l’avis des instances dirigeantes de la banque. Il est issu d’une famille impliquée de longue date dans la lutte contre l’apartheid », explique le journaliste.

Très connecté à l’African National Congress, le parti au pouvoir, il a pris publiquement fait et cause pour le très pro-entreprises Cyril Ramaphosa, qui a succédé à Jacob Zuma à la présidence de l’Afrique du Sud. Fin 2019, l’emblématique dirigeant de Goldman Sachs pour l’Afrique subsaharienne, met un terme à plus de deux décennies dans la banque, pour devenir professeur à l’université américaine de Yale.

Son successeur, Jonathan Penkin, l’un des associés de la banque est, lui, moins connu des milieux d’affaires locaux.

Ouverture de nouveaux bureaux ?

Son équipe de Sandton devrait probablement s’étoffer. D’ailleurs deux co-directeurs de l’investissement ont été nommés aux côtés de Jonathan Penkin.

« Cela ancre l’Afrique du Sud comme une place de marché sur laquelle Goldman Sachs amènera ses clients du monde entier. Et ouvrira encore davantage les acteurs sud-africains aux marchés internationaux « , anticipe Benjamin Ngongang.

Le prélude à l’ouverture d’autres antennes africaines ? Pas dans l’immédiat pour l’analyste. Mais « la banque a montré de l’intérêt pour la tech africaine ». Dans cette perspective, « l’ouverture de bureaux au Kenya ou au Nigeria ne serait pas absurde ».

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