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Le football perd Mawade Wade

Par - Faouzi Mahjoub
Mis à jour le 20 septembre 2004 à 01:00

L’ancien entraîneur des Lions du Sénégal est décédé le 14 septembre à Saint-Louis.

Sa voix tonitruante ne retentira plus dans les réunions du Comité exécutif de la Confédération africaine de football. Il ne promènera plus sa grande silhouette dégingandée dans les stades du continent. Mawade Wade, Ma pour les amis, terrassé en août 2002 par un accident vasculaire cérébral (AVC), est décédé dans la nuit du 14 septembre, chez lui à Saint-Louis, entouré de ses proches.
Le Sénégalais, qui avait bouclé ses 76 ans le 28 mars, n’était pas un personnage ordinaire dans le monde du ballon rond. Ancien instituteur, ancien footballeur, fondateur en 1950 du Réveil de Saint-Louis puis entraîneur du club en 1965, il est nommé directeur technique de l’équipe nationale du Sénégal en décembre 1966, en compagnie du Dakarois Lamine Diack et du Thiéssois Jo Diop. Un bail qui connaîtra des fortunes diverses et ne s’achèvera qu’en 1977.
Entraîneur aux idées d’avant-garde dans les années 1960, partisan d’un jeu offensif et créatif, esprit lucide et courageux, militant panafricain actif, Mawade rejoint dès 1970 la Confédération africaine de football (CAF). À Yaoundé (Cameroun), en février 1972, il contribue, avec l’Éthiopien Ydnekatchew Tessema et l’Algérien Mohamed Maouche, à l’élaboration d’une nouvelle « constitution » pour l’organisation continentale, dont il intègre la Commission de développement technique.
Il devient un familier des assemblées de la CAF, où ses réquisitoires sans complaisance et ses déclarations explosives font un tabac. Il a l’éloquence et la conviction du politique. La passion de l’amoureux du foot. Le regard lucide, admiratif ou critique du connaisseur. Difficile à désarçonner, redouté pour ses éclats spectaculaires, Mawade abhorre la langue de bois, tout comme il exècre les « carriéristes de la CAF » et les adeptes de la « politique du ventre ». Ce qui lui vaut des inimitiés tenaces. En dépit de son activité débordante et de son dévouement, il devra patienter jusqu’en mars 1990 pour occuper un siège au comité exécutif. Non réélu en mars 1994, il retrouvera son poste en 1998 puis en 2002. Mais les maîtres de la Fifa, João Havelange puis Joseph Blatter, ne feront qu’entrebâiller les portes de l’institution pour le Sénégalais. Et au sein de la CAF, les carriéristes s’acharneront à contenir son influence.
En dépit d’ennuis de santé à répétition, Mawade ne cessa de réagir avec pertinence aux mutations du ballon africain. Ses diagnostics et ses envolées étaient pain bénit pour les médias. Il suivra sur le petit écran la campagne des Lions du Sénégal au Mondial 2002.
Puis soudain, le 11 août 2002, Ma se tait. Hospitalisé à Dakar pour un AVC d’origine ischémique, il ne parlera plus et ne remarchera plus. Ma, plus d’un demi-siècle plein. Plein de foot.