Cinéma

Algérie : « Qu’un sang impur », un film sans parti pris… hélas ?

"Qu'un sang impur...", film d'Abdel Raouf Dafri.

"Qu'un sang impur...", film d'Abdel Raouf Dafri. © Abdel Raouf Dafri

Peut-on filmer la guerre d’Algérie sans le moindre parti pris ? L’option retenue par Abdel Raouf Dafri pour sa première réalisation dépeint avant tout une « guerre sale », sans héros à qui s’identifier, ce qui s’avère être un choix périlleux.

La première réalisation d’Abdel Raouf Dafri, était très attendue. Car il a déjà fait ses preuves en tant que scénariste à succès, aussi bien de séries télévisées comme Braquo ou La Commune que de films comme Mesrine de Jean-François Richet et surtout Un Prophète de Jacques Audiard.

Il a dit que s’il se lançait un jour dans le cinéma, ce serait avant tout pour réaliser un film sur la guerre d’Algérie. C’est désormais chose faite avec Qu’un sang impur. Né en France en 1964 de parents qui ont quitté l’Algérie un an après la fin de la guerre, il n’avait jamais compris, explique-t-il, « pourquoi, une fois que le pays a été libéré, ils sont venus en France ». Le meilleur moyen de trouver une réponse : se pencher, derrière la caméra, à cette guerre qui a eu des conséquences si difficiles à déchiffrer.

Pour traiter un tel sujet, le réalisateur en herbe n’a pas manqué d’audace, en choisissant de construire un scénario ambitieux. Le spectateur, plongé au cœur du conflit pendant l’année 1960, sans doute la plus intense et violente du conflit, aussi bien du côté de l’armée du colonisateur que du côté des indépendantistes.

Un film de guerre épique, au style western

De Gaulle, sans le dire encore tout à fait explicitement, a décidé de renoncer à l’Algérie française mais jette toutes les forces militaires dans la bataille avec le plan Challe, qui vise à détruire toutes les unités de combat du Front de libération nationale (FLN) pour négocier en position de force. Le FLN, qui voit déjà se profiler une possible victoire politique et diplomatique, a absolument besoin de tenir le terrain là où cela reste possible même si les maquis de l’intérieur, de plus en plus isolés, ont bien du mal à poursuivre un combat inégal.

Le film raconte les péripéties d’un ancien officier légionnaire de l’armée française, Paul Andreas Breitner, vétéran de la guerre d’Indochine retiré dans l’Hexagone, obligé de se rendre d’urgence dans les Aurès à la tête d’un commando, pour tenter de retrouver le corps de son ancien supérieur, un colonel réputé mort après un accrochage avec une unité du FLN réputée particulièrement coriace.

L’occasion de faire vivre à ce commando comme aux moudjahidines du FLN sur la défensive une bonne partie des aspects de la guerre d’Algérie, y compris les plus violents et les plus abjects (exécutions sommaires, torture, etc.), et ce dans les deux camps. Le tout est filmé dans un style western et épique, comme pour toucher autant que possible le grand public. En espérant – l’auteur le dit lui-même – de proposer un film de guerre à la Robert Redford voire à la Coppola, dans sa période Apocalypse now.

Une absence de parti pris dérangeante

Le film, vu à la lumière des événements actuels en Algérie, où le « Hirak » secoue le régime du FLN, pourrait être vu par certains comme une préfiguration des errements du mouvement national. À tort toutefois, puisque les combattants indépendantistes du film sont ceux « de l’intérieur », précisément ceux qui ont été éliminés du pouvoir au moment de l’indépendance par les militaires « de l’extérieur » dirigés par Boumédiène.

Sur la forme, on ne s’ennuie pas, et la reconstitution historique est plutôt réussie malgré le manque de moyens.

En revanche, on éprouve un malaise au fur et à mesure de la projection. On est même carrément déçu en fin de compte : d’abord parce qu’avec un tel scénariste aux commandes, on pouvait espérer, même dans un tel registre, une histoire vraiment crédible. Ce n’est malheureusement pas le cas.

Ensuite, et c’est là l’essentiel, parce qu’Abdel Raouf Dabri, sans doute pour avoir voulu comprendre et faire comprendre ce qui se passait dans chaque camp, ne choisit aucun parti pris. Or son film, au récit totalement imaginaire, n’a pas choisi une veine réaliste. Tous les protagonistes sont renvoyés dos à dos, sans être sympathiques d’ailleurs, car dénués les uns comme les autres de tout souci éthique voire de tout idéal : cela devient très gênant.

Même si une guerre, et tout particulièrement celle-là, est toujours « sale », il n’est tout de même pas équivalent de combattre pour libérer son pays ou pour perpétuer la colonisation, et ce fût-ce de façon parfois détestable.

Qu’un sang impur, de Abdel Raouf Dafri
Sorti en France le 22 janvier

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