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Cet article est issu du dossier «Angola : le déclin de l'empire dos Santos»

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Justice

[Tribune] « Luanda Leaks » : fin de partie pour José Eduardo dos Santos

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Auteur de « L’Angola de A à Z », paru chez L’Harmattan

José Eduardo dos Santos, l'ex-président angolais avec sa femme Ana Paula, au premier plan. Sa fille Isabel dos Santos, au côté de son époux, Sindika Dokolo, au second plan.

José Eduardo dos Santos, l'ex-président angolais avec sa femme Ana Paula, au premier plan. Sa fille Isabel dos Santos, au côté de son époux, Sindika Dokolo, au second plan. © Bruno Fonseca/REA

Les « Luanda Leaks » signent probablement la fin de la saga dos Santos. L’ancien président angolais n’est pas à l’abri de poursuites internationales, d’autant qu’il n’est pas protégé par l’immunité en dehors de l’Angola.

Avant de céder le pouvoir à son ministre de la Défense en août 2017, José Eduardo dos Santos pensait avoir pérennisé son mode de gouvernance et sécurisé l’avenir des siens. Pourtant, en à peine cinq mois, deux de ses enfants furent exclus de la direction d’institutions majeures du pays à la tête desquelles il avait pris soin de les placer.

Isabel, « sa » princesse bien-aimée, dut quitter la présidence de la toute puissante société pétrolière avant que son fils, José Filomeno, ne soit limogé du Fonds souverain. Ce dernier passa même six mois en prison. Son autre fille, Tchizé, fut déchue quant à elle de son poste de députée en raison d’absences répétées.

Même s’il dut assumer le camouflet de ne pas être réélu à la tête du MPLA en septembre 2018, José dos Santos ne fut toutefois pas attaqué frontalement, l’offensive se concentrant en priorité sur ses enfants. Mais dans l’ombre, un important travail d’investigation était mené, tant par les services secrets que par le Service de recouvrement des actifs (SRA), bien épaulé par des experts américains. Un des objectifs était de démonter les mécanismes de siphonnage de l’économie nationale réalisé au profit de « la dos Santos Company », pour reprendre le titre d’un livre récent d’Estelle Maussion.

Fin de la saga dos Santos

La bataille finale fut lancée à la fin de l’année dernière d’une manière quelque peu anecdotique. Le 7 décembre, l’Assemblée nationale approuva en effet l’émission de nouveaux billets de banque avec la seule effigie du premier président, Agostinho Neto. La disparition de celle de José dos Santos était tout un symbole, annonciateur d’une offensive d’une autre dimension.

Celle-ci vint très rapidement sous la forme d’une saisie-arrêt conservatoire décidée par le Tribunal provincial de Luanda sur des actifs détenus en Angola par Isabel dos Santos et son mari. Au-delà de la description précise des avoirs du couple, les attendus de l’ordonnance mettaient pour la première fois directement en cause l’ancien président dans le dossier du rachat et du financement du joaillier genevois De Grisogono. Le message fut bien reçu par l’intéressé qui prit la peine de répondre par écrit aux accusations.

Même si les « Luanda Leaks » focalisent l’attention sur Isabel dos Santos, on ne peut oublier qu’en filigrane apparaît son père qui a rendu possible cette accumulation de richesse

C’est dans ce contexte de plus en plus tendu qu’interviennent les révélations des « Luanda Leaks », importantes de par l’écho international qui lui sont réservées. Elles méritent toutefois plusieurs remarques. Tout d’abord, ces révélations ne sont pas une surprise pour un certain nombre d’observateurs de la réalité angolaise. Elles ne font que confirmer leurs analyses tout en démontant de manière chirurgicale l’ingénierie financière mise en place. Ne s’en étonneront que ceux qui ont voulu ne rien voir ou s’en accommoder.

Même si les « Luanda Leaks » focalisent l’attention sur la personne d’Isabel dos Santos, on ne peut oublier qu’en filigrane apparaît son père qui a rendu possible cette accumulation de richesse, notamment par des décrets présidentiels accordant nombre d’avantages à sa famille. Par ailleurs, le moment de la diffusion des révélations n’est pas anodin et pourrait bien s’inscrire dans un plan de bataille savamment conçu.

On peut enfin s’interroger sur l’origine de ces révélations. Travail de hackeurs très certainement. Mais une partie des informations pourrait avoir une autre source : le SRA déjà cité, des organes de renseignement étrangers et pourquoi pas des insiders au système dos Santos à l’instar de son ancien vice-président qui continue de bénéficier de la protection de João Lourenço.

Les « Luanda Leaks » signent probablement la fin de la saga dos Santos et l’ancien président n’est pas à l’abri de poursuites internationales, d’autant qu’il n’est pas protégé par l’immunité en dehors de l’Angola. Réfugié en Espagne pour des raisons médicales, il pourrait être inquiété et condamné à l’errance.

Triste fin pour celui que l’on surnommait l’« architecte de la paix ». Cette menace explique sans doute pourquoi Lopo do Nascimento, un ancien Premier ministre, non suspect de sympathie envers l’ancien président a déclaré qu’il fallait « malgré tout le protéger, car cette situation est humiliante pour l’Angola .

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