Diplomatie

Libye : mis à l’écart de la conférence de Berlin, la Tunisie et le Maroc expriment leur mécontentement

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Mis à jour le 22 janvier 2020 à 19h08
De nombreux chefs d'État lors de la conférence de Berlin sur la Libye, le 19 janvier 2020.

De nombreux chefs d'État lors de la conférence de Berlin sur la Libye, le 19 janvier 2020. © Alexei Nikolsky/AP/SIPA

Pour l’Allemagne, la présence de la Ligue arabe, de l’Union africaine (UA) et du Congo-Brazzaville était suffisante pour assurer une représentation des pays africains et arabes lors de la conférence de Berlin sur la paix en Libye. Pas de quoi convaincre Tunis et Rabat, écartés de l’événement.

En plus de n’avoir eu que de maigres résultats, la conférence de Berlin sur la Libye aura fait de nombreux fâchés. À part l’Algérie et l’Égypte, aucun des pays limitrophes de la Libye, pourtant directement concernés par le conflit, n’ont reçu de carton d’invitation pour participer à l’événement, le 19 janvier.

« On ne voit pas comment régler le problème libyen sans impliquer les Africains, à commencer par les pays voisins que sont l’Égypte et l’Algérie, bien sûr, mais aussi la Tunisie, le Tchad, le Soudan et le Niger, qui subissent de plein fouet les conséquences de cette crise », avait déploré le ministre congolais des Affaires étrangères, Jean-Claude Gakosso, dans un entretien accordé à Jeune Afrique, le 18 janvier, à la veille de la conférence.

L’objectif de l’événement était avant tout d’aborder les questions militaires en axant la rencontre sur le respect du non-respect de l’embargo onusien sur les armes en Libye. D’où la présence, en plus des membres permanents du Conseil de l’ONU, des Émirats arabes unis et de la Turquie qui, selon un récent rapport onusien, se sont distingués pour avoir fourni des armes « de manière routinière et flagrante », en dépit de l’embargo.

« L’Allemagne avait peur de diluer la conversation avec trop d’invités », explique le spécialiste de la Libye et enseignant en géopolitique, Jalel Harchaoui, pour justifier les absences de plusieurs États africains.

Pour Berlin, la présence de la Ligue arabe, de l’Union africaine (UA) et du Congo-Brazzaville [le président congolais Denis Sassou-Nguesso préside le Comité de haut-niveau de l’Union africaine sur la Libye, ndlr] était suffisante pour assurer une représentation des pays africains et arabes. Pas de quoi convaincre les absents, en particulier la Tunisie et le Maroc.

L’absence tunisienne remarquée

L’absence de la Tunisie a sans aucun doute été la plus remarquée. Avec plus de 400 kilomètres de frontières partagés, le pays est l’un des États les plus concernés par une éventuelle escalade militaire en Libye.

Alors qu’elle risque de subir les conséquences d’une crise humanitaire et redoute un afflux de réfugiés en cas d’aggravation de la crise, Tunis a reçu son carton d’invitation à la dernière minute, et a décidé de ne pas l’honorer. « Au vu du retard de l’invitation et de l’absence de participation de la Tunisie aux préparatifs de la conférence », le pays ne participera pas au sommet international, peut-on lire dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères, publié à la veille de l’événement.

L’ambassadeur tunisien en Allemagne a d’ailleurs exprimé sa « surprise », dans les colonnes de la Deutsche Welle, quant à l’invitation tardive de son pays à la conférence. Les journaux tunisiens ont pour leur part parlé « d’humiliation » pour le nouveau président Kaïs Saïed.

Selon des sources diplomatiques allemandes, ni Berlin ni l’ONU n’ont par ailleurs oublié la détention abusive à Tunis, deux mois durant – de mars à mai 2019 – de l’expert onusien Moncef Kartas, qui enquêtait sur les livraisons d’armes en Libye. L’affaire avait vu les relations entre l’Allemagne et le Tunisie se détériorer.

Rabat s’aligne avec Athènes

Rabat, qui n’a pas été invité, n’a pas non plus manqué de faire part de son agacement. « Le Royaume du Maroc exprime son profond étonnement quant à son exclusion de la conférence », a fait savoir le ministère des Affaires étrangères, qui précisait dans son communiqué que le royaume « a joué un rôle décisif dans la conclusion des accords de Skhirat » [accords de paix concernant la Libye signés en décembre 2015 dans la ville marocaine, ndlr] et déplorant que « le pays hôte de cette conférence (…) est loin de la région et des complexités de la crise libyenne ».

Le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita avait même glissé à l’agence de presse marocaine (MAP) que la Libye ne pouvait « se transformer en un fonds de commerce politique au service des conférences et réunions diplomatiques, au lieu de servir les besoins vitaux du peuple libyen ». Selon son homologue grec Nikos Dendias, que Nasser Bourita a rencontré le 15 janvier, le Maroc aurait dû être convié à l’événement.

Emmanuel Macron compréhensif

Les colères de Tunis et Rabat ont été entendues jusqu’à Paris. La veille de la conférence, dans la soirée, le Maroc a fait savoir que le président français Emmanuel Macron s’était entretenu avec Mohammed VI au sujet de la crise libyenne. Quant au refus de la Tunisie de participer à la conférence de Berlin, il est « compréhensible », a affirmé Macron à Kaïs Saïed lors d’un appel téléphonique, selon un communiqué de la présidence tunisienne.

Paris continue néanmoins à dialoguer avec les capitales maghrébines à propos du dossier libyen, comme en atteste la présence à Tunis du ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, le 10 janvier, où le dossier a été évoqué.

Si les relations entre l’Allemagne et les capitales maghrébines semblent suffisamment bonnes pour aller au-delà de cet épisode, trois autres pays frontaliers de la Libye n’étaient pas non plus autour de la table à Berlin : le Soudan, le Niger et le Tchad.

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