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Cet article est issu du dossier «Blockchain et cryptomonnaies, des technologies pour l'Afrique»

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Technologie

Au Kenya, la blockchain entre dans le quotidien

Réservé aux abonnés | | Par - à Nairobi
Mis à jour le 25 janvier 2020 à 11h53
La start-up Grassroots Economics a mis en service le Bangla-Pesa, une monnaie virtuelle pour échanger biens et services.

La start-up Grassroots Economics a mis en service le Bangla-Pesa, une monnaie virtuelle pour échanger biens et services. © Grassroots Economics

Le Kenya, berceau du paiement mobile, est aussi en pointe sur le développement de la blockchain. Cette technique y est utilisée pour échanger des marchandises, assurer la traçabilité des produits ou même acquérir des obligations d’État.

Bitcoin, cryptomonnaie, peer-to-peer, et maintenant blockchain… Le système, aussi appelé chaîne de blocs, est une façon de stocker et d’échanger des informations à travers plusieurs ordinateurs qui forment ainsi un réseau. Dispersées, les informations sont protégées. Elles nécessitent un mot de passe, détenu uniquement par les intéressés, pour être assemblées, rendues compréhensibles et utilisées.

La technique apparaît avec la première cryptomonnaie, en 2009. Elle trouve aujourd’hui des applications tant financières qu’environnementales, sociales ou managériales. L’Afrique n’est pas en reste sur le sujet et au Kenya, berceau du paiement mobile, entrepreneurs et gouvernement se mettent en branle.

« Il est temps d’appliquer la blockchain », affirme ainsi David Irungu, responsable du développement commercial du Nairobi Securities Exchange, coauteur d’un livre blanc sur l’utilisation de la blockchain et membre de l’équipe de mise en œuvre de M-Akiba, « première plateforme mobile de vente d’obligations au monde », qui porte des émissions d’obligations de l’État kényan dédiés à des projets de développement.

Des initiatives suivies de près par le gouvernement

Cette plateforme permet de créer un compte en dix minutes au lieu des trois à vingt-et-un jours usuels pour ce type de créances et l’émetteur peut recevoir les fonds quotidiennement au lieu d’un virement mensuel. Son passage sur un système de blockchain doit permettre plus de transparence et de confiance mais aussi d’ouvrir la plateforme aux investissements internationaux.

Le projet a valu au Kenya d’être invité à plusieurs forums et tables-rondes internationales, comme celle de Paris en juillet 2018 organisée par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). Avec l’Afrique du Sud et le Nigeria, le pays fait figure de leader africain dans le domaine.

Depuis 2018, plusieurs incubateurs testent les idées en environnement protégé pour prévoir les inconvénients de la technologie afin de pouvoir réguler son utilisation. L’une de ces plateformes vise uniquement les instruments financiers, sous l’égide de l’Autorité des marchés de capitaux (CMA), et l’autre, l’Huduma Whitebox, est ouverte à tous types de projets. L’initiative est soutenue par le groupe de réflexion sur la blockchain et l’intelligence artificielle, missionné par le gouvernement en mars 2018. Car bien qu’aucune loi n’encadre encore la blockchain, l’État suit le sujet de près. « Nous devons voir les cas d’usage, pour identifier les problèmes réels », explique David Irungu.

Porte-monnaies virtuels et traçabilité

Mais la population n’a pas attendu pour s’approprier la technologie de la blockchain. Ainsi, les entrepreneurs Caroline Dama et Will Ruddick, fondateurs de Grassroots Economics, ont sauté le pas depuis des années. En 2012, ils lançaient leur premier programme de monnaie communautaire, le bangla-Pesa, basé sur une blockchain, dans un bidonville aux portes de Mombasa, la deuxième ville du pays.

Disponible via une application mobile, ce système permet aux habitants éloignés du système bancaire et des liquidités d’échanger biens et services via des porte-monnaies virtuels. L’équivalent de 87 200 shillings kényans (près de 800 euros) circule sous forme de coupons d’achat dans les 200 commerces qui font partie du réseau, et l’expérience a été dupliquée dans cinq autres communautés dans le pays.

La société Technobrain s’est quant à elle emparée de la blockchain pour assurer une traçabilité des produits fabriqués au Kenya. Et ce grâce à Number Series, un outil d’identification qui enregistre dans une base de données les codes attribués à chaque produit créé. « Le but est de digitaliser le secteur industriel kényan », explique Wellington Ayugi, directeur commercial de la start-up. Exit les codes assignés par lots, impossibles à vérifier pour le consommateur. Pour le moment, l’entreprise explique que « le plus grand fabricant de vêtements » kényan est le seul client de ce programme qui permet de diminuer le risque de contrefaçons.

Autre ovni dans le domaine, la start-up The Bhub, née de la rencontre de deux passionnés de l’innovation, Granville Wafula et Shariff Abdulwalli, qui voulaient utiliser « la blockchain et l’intelligence artificielle pour résoudre les problèmes de notre pays ». L’entreprise, fondée en janvier 2018, forme des développeurs kényans pour créer des solutions basées sur des systèmes de blockchain. L’un de leurs projets, Makao, qui vise à mettre en adéquation la demande immobilière et les projets de construction, est actuellement à l’étude dans un incubateur gouvernemental. Son idée, permettre aux acheteurs d’entrer en contact avec des partenaires de l’immobilier via une plateforme fonctionnant grâce à la blockchain et de donner leur avis sur le design des biens. Dans un deuxième temps, la technologie permettra un suivi de paiement et l’accès des projets au crowdfunding. Le but est de réduire le nombre de personnes dans les bidonvilles (23 % des urbains en 2018).

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