Société

[Chronique] France : Adama Cissé, l’éboueur licencié pour sieste… ou buzz ?

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

Glez

© Glez

Le conseil des prud’hommes de Créteil, en France, étudiait mardi 14 janvier le recours d’un agent de propreté d’origine malienne licencié suite à la publication d’une photographie sur Twitter…

« Voilà à quoi servent les impôts locaux des Parisiens, à payer les agents de propreté à roupiller, on comprend pourquoi Paris est si dégueulasse ». Daté de septembre 2018, le tweet scandalisé accompagne une photographie.

Sur le cliché, on distingue un homme déchaussé en train de dormir sur le rebord d’une vitrine, en plein jour, dans la rue Jean Lantier de la capitale française. Si la paparazzi improvisée n’est pas restée indifférente à la scène, c’est que le dormeur du jour n’est pas l’un de ces sans-abri qui ne provoquent sans doute chez elle aucun haut-le-coeur. Vêtu d’un gilet jaune qui n’a rien à voir avec un mouvement social actif les samedis, l’endormi est un agent de propreté de la société Polysotis, filiale de Derichebourg, prestataire privé de la mairie de Paris…

Buzz bon marché

Dénommé Adama Cissé, le « siesteur » jusqu’alors chargé de la purge des poubelles parisiennes est licencié, en octobre 2018, pour « faute grave ». Il intente une procédure auprès de la juridiction chargée des litiges professionnels, invoquant un endormissement aux horaires légaux de sa pause et des maux de chevilles ayant nécessité qu’il se déleste quelques instants de ses chaussures.

Le 14 janvier, le conseil des prud’hommes de Créteil étudiait ces deux aspects, considérant notamment l’heure de 17h40 indiquée par la twittos, et réclamant un rapport du médecin du travail habituel de la société. Le délibéré de l’affaire sera rendu le 19 juin prochain.

L’histoire serait passée inaperçue si le quart d’heure de célébrité involontaire n’avait pas été extrapolé par la sphère médiatique et les mouvements sociaux. Certaines émissions de télévision comme « Touche pas à mon poste », toujours partantes pour un buzz bon marché, invitèrent l’agent de propreté à témoigner.

Propos injurieux

Ce jeudi, des agents de la SNCF et de la RATP – en grève – envahissaient le siège parisien de Derichebourg pour réclamer la réintégration d’Adama Cissé. La toile s’émeut toujours du sort réservé à un agent manifestement exemplaire pendant près de huit ans de services, et désormais en situation de précarité, avec un bébé de surcroît.

En attendant le verdict des prud’hommes, Adama Cissé, 37 ans, appelle à l’apaisement « aussi bien vis-à-vis de son ancien employeur que de la personne à l’initiative de sa photo et du tweet ». Le dénoncé et le délateur ont reçu chacun leur lot de propos injurieux, sur ces réseaux sociaux qui ressemblent, à bien des égards, aux poubelles que vidait Adama Cissé.

Adjoint à la mairie de Paris en charge de la propreté, Paul Simondon a suggéré au licencié de passer le concours de la Ville de Paris. Aimable, Adama Cissé lui a rétorqué : « Je sais lire, mais j’écris mal et je parle mal. Il faut passer un écrit et un oral. Ce sera trop difficile »…

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