Biens de consommation

Habanos, le fabricant de cigares marocains qui provoque les Cubains devant les tribunaux

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Mis à jour le 17 janvier 2020 à 15h09
Habanos Maroc vise en premier lieu le marché continental.

Habanos Maroc vise en premier lieu le marché continental. © Schalk van Zuydam/AP/SIPA

Alors que les cigares Habanos made in Morocco restent confidentiels sur le marché, la société marocaine censée les produire entretient le mystère sur son activité tout en enchaînant des victoires judiciaires. Ses principales cibles devant les tribunaux : la fabrique cubaine et la Société Marocaine des Tabacs (SMT).

Habanos Premium ! Le cigare supposément 100% marocain n’est disponible que dans une poignée de points de vente dans une mégapole comme Casablanca. Pourtant, le fondateur de Habanos Maroc se targue d’un réseau de distribution couvrant tout le royaume.

« Nous sommes présents dans plus de 20 000 points de vente au Maroc », lance Omar Zahraoui, fondateur de la société de droit marocaine Habanos SA.

Plus que par ses produits, la société s’est fait dernièrement connaître par sa bataille judiciaire contre Habanos, la célébrissime fabrique de La Havane dont le tabac est de qualité supérieure, et la marque, bénéficie d’une appellation d’origine protégée. En première instance comme en appel, des jugements au Maroc ont été prononcés en la faveur de l’entreprise de Zahraoui, avant de se faire débouter en cassation. La procédure a été ainsi renvoyée devant la Cour d’appel de Casablanca.

Imbroglio judiciaire

Entre temps, Habanos d’Omar Zahraoui a enchaîné une série de procédures judiciaires contre le représentant des cigares cubains au Maroc, la Société marocaine des Tabacs (SMT – anciennement Régie des Tabacs) aujourd’hui dans l’escarcelle d’Imperial Brands,

l’un des cinq grands groupes de tabac au monde et le principal fabricant de tabac au Royaume-Uni. L’ex-Imperial Tobacco est également actionnaire dans Habanos SA, aux côtés de la société publique Cubatabaco.

Selon Omar Zahraoui, il y aurait pas moins de cinq recours en justice contre les sociétés cubaines et marocaines, tandis que pour les responsables de la SMT parlent d’une dizaine de procédures. Une confusion qui illustre cet imbroglio judiciaire où même les protagonistes ne s’y retrouvent plus.

Le dernier rebondissement en date est la remise d’une expertise judiciaire, largement en faveur de la société marocaine. Ordonnée par le tribunal de commerce de Casablanca, cette expertise estime le montant du préjudice subi par la société de Zahraoui à quelque 49 millions de dirhams (4,6 millions d’euros).

Un rapport d’expertise discutable

« C’est une expertise contestable sur plusieurs points », rétorque Ghassan Khabir, directeur Corporate Affairs et Communication de la SMT. La méthodologie adoptée par l’expert paraît effectivement discutable. Dans ce rapport réalisé par Moussa Jellouli, et auquel Jeune Afrique a eu accès, toutes les ventes de marchandises en l’état de la SMT ont été considérées comme ventes de cigare, alors l’expert s’est basé sur la marge mensuelle moyenne y afférente en 2018 pour établir le préjudice au profit de Habanos Maroc.

Nous avons refusé de collaborer à cette expertise

Les responsables de la SMT affirment cependant que le marché du cigare marocain ne dépasse pas les 300 000 unités et génère un chiffre d’affaires global de 17 millions de dirhams (1,6 million d’euros), soit mois de 3 % du volume d’affaires de la SMT.

Des chiffres qui n’ont pas été partagés avec l’expert désigné. « Nous avons refusé de collaborer à cette expertise dans la mesure où elle ne tient aucunement compte de la comptabilité de la société Habanos », souligne Ghassan Khabir.

Comptabilité floue

Il est vrai que les chiffres de la société de Zahraoui restent un grand mystère. Les comptes de la société n’ont semble-t-il jamais été divulgués. « Je n’ai pas à vous les communiquer, c’est un secret professionnel », s’emporte le propriétaire quand on lui demande des indicateurs clés sur sa société créée en 2011.

je vise des réparations pour 500 millions de dirhams

Pourtant au lendemain des procès intentés à la SMT, il annonçait dans Jeune Afrique ses premières récoltes de tabac sur 120 hectares permettant de produire jusqu’à 50 000 cigares. De cette première opération de production de cigares, 100 % marocains, dans une usine qui aurait coûté un milliard de dirhams (94 millions d’euros) avec comme objectif 100 millions de dirhams de chiffre d’affaires pour 2019, Omar Zahraoui ne veut plus parler aujourd’hui.

Sauf que le chef d’entreprise poursuit ses annonces démesurées : « j’ai signé un contrat avec les Américains pour un milliard de dollars », nous lance-t-il avec assurance. Poursuivant, un brin optimiste : « je vise des réparations pour 500 millions de dirhams (47 millions d’euros) ».

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