Pétrole & Gaz

Nigeria : comment de faux représentants du fonds souverain qatari ont piégé le pétrolier Lekoil

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Mis à jour le 17 janvier 2020 à 10h29
Façade du London Stock Exchange (Bourse de Londres)

Façade du London Stock Exchange (Bourse de Londres) © SIPA

Prêt frauduleux, consultant fantôme… C’est la douche froide pour le pétrolier nigérian Lekoil qui, depuis qu’il a découvert – et annoncé – le caractère frauduleux d’un prêt de 184 millions de dollars de la Qatar Investment Authority (QIA), subit un fort revers à la Bourse de Londres, où sa capitalisation a chuté de 35 millions de livres sterling (45,6 millions de dollars) en moins d’une semaine.

L’action Lekoil Limited a chuté de plus de 70 %, le 14 janvier, sur le marché alternatif d’investissement (AIM) à la Bourse de Londres, clôturant à 2,46 livres sterling (2,88 euros) au lendemain de l’annonce par le producteur pétrolier indépendant nigérian d’une tentative de fraude et de sa décision de suspendre sa cotation pour une journée.

La raison : une convention de prêt de 184 millions de dollars conclue quelques jours auparavant avec des personnes qui se sont fait passer pour des représentants de Qatar Investment Autority, le fonds d’investissement souverain du Qatar présidé par Ahmad Mohammed al Sayed, via un « montage complexe ». Cet accord visait le développement par Lekoil du champ pétrolier Ogo, sous licence d’exploration OPL 310.

« Sur la base de toutes les informations dont dispose actuellement Lekoil, l’accord de prêt que [nous avons] annoncé le 2 janvier semble avoir été conclu par notre société avec des individus qui ont construit un montage complexe afin de se faire passer pour des représentants de la Qatar Investment Authority », écrit Lekoil, dans un communiqué boursier en date du 13 janvier.

Seawave, la coquille vide

Après enquête interne, le pétrolier nigérian a pu établir que ces individus, présentés comme représentants de QIA, n’avaient aucun pouvoir juridique pour conclure un tel accord au nom du fonds souverain. Lekoil pointe directement son partenaire, Seawave Invest Limited, en sa qualité d’intermédiaire qui lui a présenté ces faux représentants de QIA. Le nigérian précise que son exposition financière associée au contrat de prêt est limitée à 600 000 dollars environ (537 000 euros) – soit les sommes payées à Seawave à titre de frais d’arrangement initial, et de préciser « qu’aucun montant n’a été versé par Lekoil aux faux représentants de QIA ».

La société est et a toujours été inactive et a été radiée du registre des sociétés

Enregistré à Nassau, aux Bahamas, Seawave Invest Ltd. se présente comme un cabinet de conseil indépendant spécialisé dans les transactions transfrontalières. L’entreprise cible des opportunités principalement en Afrique subsaharienne et dans la région Mena, d’après son site internet. Contacté par Jeune Afrique, Holowesko Pyfrom Fletcher, le cabinet d’avocats bahaméen qui a effectué les démarches d’enregistrement du siège social de Seawave Invest Ltd. le 28 octobre 2016, indique que la société est « inactive ».

« La société est et a toujours été inactive et a été radiée du registre des sociétés pour défaut au 1er janvier 2020 », nous répond Christopher Larson, avocat au sein du cabinet bahaméen, et de préciser que son cabinet « n’était pas le représentant légal de Seawave pour le moment ». Mandaté néanmoins « par les administrateurs de Seawave », Holowesko Pyfrom Fletcher nous transmet leur déclaration officielle.

« Quels que soient les actes qui auraient pu être accomplis par des personnes censées représenter la société, ni la société ni aucun de ses dirigeants et administrateurs n’ont connaissance ni ne sont impliqués dans de tels actes. Aucun des bénéfices de ces actes présumés n’est jamais entré en possession de la société, de ses dirigeants ou administrateurs ». Après les faux représentants de Qatar Investment Authority, voici que ce sont également de faux représentants de l’intermédiaire qui auraient agi.

Un cours en bourse en dessous des 3 livres sterling

En attendant d’y voir plus clair, Lekoil a nommé deux administrateurs non exécutifs indépendants pour enquêter sur la conclusion et l’exécution du contrat de prêt et définir quelles mesures peuvent être prises pour récupérer les sommes déjà versées. Après une journée de suspension, son cours est passé de 9,5 livres sterling à la clôture des marchés le 10 janvier à 2,96 livres ce 16 janvier.

Sur la seule journée du 14 janvier, la cote a enregistré une chute de 70 %, avec une valorisation passée de 51 millions de livres à 15,48 millions, soit une perte de 35 millions de livres (45,6 millions de dollars) en l’espace d’une semaine.

D’après un second communiqué boursier de Lekoil, toujours daté du 13 janvier, la société fait état d’une trésorerie toujours positive et envisage de rechercher un nouveau financement pour le développement futur de sa licence OPL 310. Le forage d’un puits d’exploration est toujours au programme et doit avoir lieu d’ici à l’expiration du permis, le 2 août 2022.

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