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RDC : ce que Félix Tshisekedi et Joseph Kabila ont convenu au sujet de la dette de la Gécamines

Un opérateur surveille le four de la Grande Cimenterie du Katanga, à Likasi, près de Lubumbashi, en février 2015 (illustration).

Un opérateur surveille le four de la Grande Cimenterie du Katanga, à Likasi, près de Lubumbashi, en février 2015 (illustration). © Gwenn Dubourthoumieu pour Jeune Afrique

Félix Tshisekedi et Joseph Kabila ont évoqué ensemble, fin 2019, le litige qui oppose la Gécamines à l’homme d’affaires israélien Dan Gertler. Une affaire dans laquelle est notamment cité Albert Yuma, président du conseil d’administration de l’entreprise minière et proche de l’ancien président congolais.

Leur rencontre a duré trois heures. Le 31 décembre, Félix Tshisekedi a reçu son prédécesseur Joseph Kabila à la cité de l’Union africaine, pour un entretien lors duquel les deux hommes ont évoqué les différents points de crispation entre leurs deux coalitions politiques, alliées dans l’exercice du pouvoir.

Parmi les sujets abordés, le litige qui oppose la Gécamines – et en particulier le président du conseil d’administration de l’entreprise, Albert Yuma, un proche de Joseph Kabila – à l’homme d’affaires israélien Dan Gertler, sous sanctions américaines depuis 2017.

Trois jours avant de rencontrer son prédécesseur, le chef de l’État avait publiquement pris position, demandant à la justice de faire toute la lumière sur le dossier qui agite Kinshasa. Mais lors de l’entretien, selon nos sources, les deux hommes se seraient mis d’accord pour que l’affaire soit également « réglée politiquement », parallèlement à la procédure judiciaire engagée à Kinshasa.

« Un membre influent du FCC »

La raison de cet intérêt particulier ? Les craintes d’un effet domino. « Albert Yuma est un membre influent du FCC [Front commun pour le Congo, de l’ancien président congolais, NDLR], un très proche collaborateur de Joseph Kabila. S’il coule dans cette affaire, beaucoup d’autres choses vont s’écrouler à sa suite », confie une source de Jeune Afrique proche de la présidence.

Le 10 janvier dernier, Emmanuel Ramazani Shadary, secrétaire permanent du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), est d’ailleurs lui aussi monté au créneau lors de son discours de vœux devant les cadres de l’ancien parti présidentiel. « Notre parti, le PPRD, implanté à travers tout le territoire national, ne cautionnera jamais les actions malveillantes et déstabilisatrices menées par des ennemis de notre indépendance économique, qui tirent à boulets rouges sur les dirigeants de la Gécamines », a tonné le candidat malheureux à la dernière présidentielle.

L’affaire a surgi sur la place publique le 20 décembre 2019. Albert Yuma est alors cité, avec d’autres dirigeants de l’entreprise minière, dans un dossier portant sur une créance de 128 millions d’euros contractée en 2017 auprès de Fleurette Mumi, société appartenant à Dan Gertler.

Outre le litige qui oppose la Gécamines à Gertler sur le remboursement de cette somme, c’est l’utilisation des fonds empruntés qui fait polémique. Car alors que’elle était destinée initialement à financer des projets de développement de l’entreprise,  90 % du montant de la créance a en fait été versée au Trésor public au titre de paiement d’avances sur fiscalité, selon des documents produits par la Gécamines. Et plusieurs ONG s’interrogent sur la traçabilité de ces fonds dans les caisses de l’État.

Les questions de Kamerhe

« Je suis partisan du respect de la présomption d’innocence. À partir du moment où le procureur général de la République est saisi du dossier, pas de commentaire », assure à Jeune Afrique le directeur de cabinet de Félix Tshisekedi, Vital Kamerhe. Mais ce dernier estime cependant que « plusieurs questions méritent de trouver des réponses ».

« Les questions sont simples. Y a-t-il eu, ou non, un prêt ? Si oui, il faut des preuves. Est-ce que l’argent est entré à la Gécamines ? Si oui, par quel truchement ? Il faut des traces de la banque. Est-ce que cet argent a été cédé en partie ou totalement au Trésor public ? Si oui, il faut montrer les papiers. Est-ce que le Trésor public l’a utilisé, pour les élections ou autre chose ? Si c’est vrai, il faut des preuves », liste-t-il, avant de préciser qu’« en l’état, nous ne pouvons actuellement pas conclure qu’il y a eu détournement ». Et le directeur de cabinet du chef de l’État de conclure : « Il faut laisser la justice faire son travail, et laisser le président Félix Tshisekedi et Joseph Kabila s’occuper de l’aspect politique ».

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