Défense

Face aux jihadistes, Macron et les présidents du G5 Sahel affichent leur unité

Réservé aux abonnés | | Par - Envoyé spécial à Pau (France)
Mis à jour le 14 janvier 2020 à 09h19
Les président du G5 Sahel et leur homologue français, le 13 janvier 2019 à Pau.

Les président du G5 Sahel et leur homologue français, le 13 janvier 2019 à Pau. © Alvaro Barrientos/AP/SIPA

Réunis en sommet à Pau, dans le sud de la France, Emmanuel Macron et ses pairs du G5 Sahel ont adopté lundi une déclaration commune pour renforcer leur coopération militaire et politique contre les groupes jihadistes sahéliens.

La nouvelle saignée subie par l’armée nigérienne n’a, cette fois, pas bousculé l’agenda diplomatique. Décalé in extremis mi-décembre en raison de l’attaque de la garnison d’Inates, qui a coûté la vie à 71 soldats nigériens le 10 décembre, Emmanuel Macron et ses homologues du G5 Sahel se sont bien retrouvés à Pau ce lundi 13 janvier malgré le massacre de Chinagoder, dans l’ouest du Niger, qui a coûté la vie à plus de 80 militaires 72 heures plus tôt.

Dans la capitale du Béarn, au pied des cimes enneigées des Pyrénées, le président français et ses hôtes sahéliens ont salué la mémoire de ces soldats tués dans la lutte contre les groupes jihadistes. Mais ils se sont surtout évertués à afficher leur unité.

Objectif : montrer leur détermination commune face à l’hydre jihadiste qui gangrène le Sahel et dissiper les tensions nées des propos polémiques du président français, qui avait demandé début décembre aux chefs d’État membres du G5 Sahel de « clarifier » leurs positions à l’égard de la France. En off, son entourage déplorait alors le « manque de réponses fortes de certains » face à la montée du sentiment anti-français au Sahel et sa « déferlante de fausses informations et de manipulations ».

Une « convocation » qui a agacé

Emmanuel Macron et Idriss Deby Itno, à Pau le 13 janvier 2019.

Emmanuel Macron et Idriss Deby Itno, à Pau le 13 janvier 2019. © Alvaro Barrientos/AP/SIPA

Nous avons eu des échanges francs et fluides

De Bamako à N’Djamena en passant par Ouagadougou, le ton employé et ce que beaucoup ont pris pour une « convocation » de l’ancienne puissance coloniale n’ont guère – voire pas du tout – été appréciés, y compris dans les palais présidentiels. Après cette brouille diplomatique, qui a conduit les présidents du G5 Sahel à se réunir le 15 décembre à Niamey pour harmoniser leurs positions face à la France, dirigeants français et sahéliens ont veillé à arrondir les angles ces dernières semaines en amont du sommet de Pau.

« Nous avons eu des échanges francs et fluides. Ces dernières semaines, il y a eu des prises de parole publiques fortes au Niger, au Burkina Faso ou encore au Mali, où des contre feux ont été allumés pour répondre au discours anti-français », se félicite-t-on à l’Élysée.

Ce lundi, Emmanuel Macron et ses pairs sahéliens ont donc veillé à dissiper les derniers malentendus. Après une cérémonie d’hommage symbolique aux sept membres du régiment d’hélicoptères de combat de Pau morts en opération le 25 novembre au Mali, les six chefs d’État se sont réunis à huis clos au château de Pau. Ils ont ensuite été rejoints par leurs ministres de la Défense et des Affaires étrangères, ainsi que par les chefs d’état-major et les chefs de services de renseignement pour une réunion de travail élargie.

Exigence de « clarification »

À l’issue de ces sessions de travail, Macron et ses hôtes ont tenu une conférence de presse et adopté une déclaration commune. Comme le réclamait Paris avant le sommet en guise de « clarification », les chefs d’État du G5 Sahel y ont exprimé leur « souhait de la poursuite de l’engagement militaire de la France au Sahel et ont plaidé pour un renforcement de la présence internationale à leurs côtés ».

Le président français, ainsi que son homologue burkinabè Roch Marc Christian Kaboré, président en exercice de l’organisation sahélienne, ont également insisté sur la nécessité d’obtenir « rapidement des résultats ». « Nous n’avons pas le choix », a martelé Macron, Kaboré affirmant pour sa part qu’il en allait « de la crédibilité » des États sahéliens.

Nouveau cadre stratégique

Des soldats français de la force Barkhane, à Gao, le 18 mai 2017.

Des soldats français de la force Barkhane, à Gao, le 18 mai 2017. © Christophe Petit Tesson/AP/SIPA

Ces derniers et leur allié français ont notamment annoncé la mise en place d’un « nouveau cadre politique, stratégique et opérationnel » pour lutter contre des groupes jihadistes qui ne cessent d’étendre leur influence.

Celui-ci passe par la formation d’une nouvelle « coalition pour le Sahel », qui rassemblera les pays du G5 Sahel, la France, « ainsi que tous les pays et organisations qui voudront y contribuer » – sans que ceux-ci soient clairement définis.

Cette coalition, qui sera sous « commandement conjoint » de la force Barkhane et de la force conjointe du G5 Sahel, concentrera ses efforts militaires dans la zone des trois frontières, aux confins du Mali, du Burkina Faso et du Niger, où les attaques se sont multipliées ces derniers mois.

Quant au futur groupement de forces spéciales européennes, baptisé « Takuba », il sera sous les ordres de ce commandement conjoint. Tous ont pour ennemi désigné l’État islamique au grand Sahara (EIGS), affilié au groupe État islamique et auteur de la plupart des récentes attaques meurtrières dans la région.

Pour appuyer ce nouvel effort, Macron a également annoncé le déploiement immédiat de 220 soldats supplémentaires au sein de Barkhane. En plus de ces objectifs militaires, des objectifs politiques ont aussi été fixés, afin de permettre le retour rapide des États et de leurs administrations sur l’ensemble de leurs territoires, en particulier à Kidal, au Mali.

Les craintes d’un retrait des États-Unis

Alors que Washington a annoncé dimanche son souhait de diminuer sa présence militaire en Afrique, les présidents du G5 Sahel ont aussi exprimé « leur reconnaissance à l’égard de l’appui crucial apporté par les États-unis et ont exprimé le souhait de sa continuité ».

« Si les Américains se retirent, ce n’est évidemment pas une bonne nouvelle pour nous, a ajouté Emmanuel Macron. J’espère pouvoir convaincre le président Trump que la lutte contre le terrorisme se joue aussi en Afrique ».

Enfin, tous ont rappelé l’urgence de trouver une solution à la crise libyenne, que les présidents sahéliens ne cessent de pointer comme une cause profonde de la déstabilisation de leur région.

Un nouveau rendez-vous a d’ores et déjà fixé à fin mars, en marge d’un sommet de l’Union européenne à Bruxelles, pour faire le point sur ces différents engagements. Un autre devrait ensuite avoir lieu en juin à Nouakchott, cette fois à l’initiative de la Mauritanie qui exercera la présidence tournante du G5 Sahel.

Selon une source à l’Élysée, un nouveau bilan de l’engagement français au Sahel sera tiré dans la foulée. « Toutes les options restent sur la table, y compris une décrue de notre déploiement militaire au Sahel. Tout dépendra des résultats militaires et du respect des engagements politiques pris par nos partenaires sahéliens », prévient-elle.

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