Archives

Assassinat de J.-F. Kennedy

Par - Séverine Kodjo-Grandvaux
Mis à jour le 20 novembre 2006 à 16:26

C’est sous un soleil éclatant que John et Jackie Kennedy, venus préparer au Texas la campagne présidentielle de 1964, prennent, le 22 novembre 1963, un bain de foule à Dallas, avant de monter dans la Lincoln noire en compagnie du gouverneur de l’État, Connally, et de son épouse. Le cortège traverse la ville, acclamé. Connally, ravi de l’accueil de ses concitoyens, glisse à Kennedy « Monsieur le Président, vous ne pourrez certainement pas dire que Dallas ne vous aime pas », juste avant que ne retentissent les coups de feu. John Kennedy se tourne vers sa femme, la main à la gorge, bascule en avant, puis est violemment projeté en arrière et s’effondre sur les genoux de Jackie. Le trente-cinquième président des États-Unis décédera peu après son admission à l’hôpital de Parkland. Un spectateur, Abraham Zapruder, filme l’événement. Ses images feront le tour du monde.

Plus de quarante ans après, l’énigme n’est toujours pas résolue. Un tireur isolé, Lee Harvey Oswald, arrêté une heure et demie après l’événement, ne donne aucune explication convaincante. Pis, il est tué deux jours plus tard devant les caméras de la télévision, lors de son transfert à la prison du comté, par Jack Ruby, un ancien informateur du FBI lié à la mafia. Ruby déclare qu’il voulait venger la mort de son président préféré.
John Kennedy est le quatrième président américain assassiné dans l’exercice de ses fonctions après Abraham Lincoln, abattu en 1865 par John Wilker Booth, qui prétendit avoir agi au nom des Confédérés ; James Garfield, tué en 1881 par un chômeur déséquilibré ; et William McKinley, assassiné en 1901 par un anarchiste. Ronald Reagan échappera de peu à la mort en 1981.
L’émotion est telle, cependant, que dès le 29 novembre, le vice-président Lyndon Johnson, qui a automatiquement remplacé Kennedy, ordonne la création d’une commission d’enquête. Elle sera placée sous l’autorité du président de la Cour suprême, Earl Warren. Son rapport est publié en septembre 1964. Mais malgré ses 888 pages et ses 26 volumes de documents, il ne fait pas l’unanimité. Beaucoup n’admettent pas que l’assassinat de Kennedy ait pu être « le geste d’un fou suivi du geste d’un autre fou » (André Kaspi).

Souvent appuyés sur le film de Zapruder, les ouvrages de contestation se succèdent. En 1975, 18 Américains sur 100 croyaient encore aux conclusions de la commission Warren. Le scepticisme inspirera quatre contre-enquêtes officielles, dont celle de Jim Garrison, procureur de la Nouvelle-Orléans, qui, le premier, a émis l’hypothèse d’un second tireur. Elle conclut, sur la foi d’une étude balistique, qu’il est « hautement probable » qu’il y ait eu deux tireurs, les trois coups de feu n’étant pas suffisamment espacés pour qu’Oswald ait agi seul. Mais elle se rallie finalement à la théorie de la « balle magique », avancée par la commission Warren et à laquelle le couple Connally s’est toujours opposé. La même balle aurait transpercé le cou de JFK pour ressortir par sa gorge et atteindre le gouverneur dans le dos, sortir par sa poitrine, blesser son poignet droit pour finir dans sa cuisse gauche. Elle a été retrouvée en bon état sur la civière où a été transporté Connally.

En fait, même si les conclusions de la commission Warren laissent à désirer, aucune contre-enquête ne propose d’hypothèse convaincante. Dans son film, JFK, Oliver Stone suppose que Kennedy a été victime d’un complot fomenté, avec l’aide des milieux mafieux et anticastristes, par des industriels, des généraux et des milieux d’extrême droite, mécontents de la politique de JFK en faveur des droits civiques des Noirs. À la suite du film, le Congrès a autorisé l’ouverture progressive des archives, laquelle ne sera complète qu’en 2017.
Quoi qu’il en soit, le traumatisme sera profond pour les États-Unis, qui connaîtront encore d’autres attentats politiques avec l’assassinat de Malcolm X en 1965, de Robert Kennedy et de Martin Luther King en 1968.