Politique

Tunisie : le Parlement refuse la confiance au gouvernement de Habib Jemli

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Mis à jour le 11 janvier 2020 à 12h41
Le président Kaïs Saïed (à droite) recevant le Premier ministre Habib Jemli, le 15 novembre à Tunis (image d'illustration).

Le président Kaïs Saïed (à droite) recevant le Premier ministre Habib Jemli, le 15 novembre à Tunis (image d'illustration). © Slim Abid/AP/SIPA

Sous la coupole du Bardo, les députés ont refusé d’accorder leur confiance au gouvernement Jemli proposé par Ennahdha vendredi 10 janvier. Un revers majeur, potentiellement annonciateur d’un changement d’équilibre dans l’échiquier politique.

Passera, passera pas ? Le vote de confiance au gouvernement Jemli aura entretenu le suspens jusqu’au bout. Au fil d’une séance plénière marathon vendredi, il devenait évident que la partie était loin d’être gagnée : après plus de 12 heures de débats, les députés, par 134 voix sur 209 votants, ont finalement refusé d’accorder leur confiance à l’exécutif présenté par Ennahdha.

Habib Jemli a raté son grand oral. Face à l’hémicycle, en lieu et place d’un programme, il a présenté des grandes lignes aux allures de slogans répétitifs, parfois empruntés à d’autres partis, et n’a pas su gagner ses galons de chef du gouvernement. Tout en soulignant « la compétence, l’intégrité et l’indépendance des membres de son équipe », il est resté sur une approche très générale, sans présenter une vision ou un chiffrage de son projet. Autant d’éléments qui lui ont été reprochés, tout comme le choix de certains de ses ministres.

Depuis l’annonce de l’exécutif, le 2 janvier, les détracteurs de Jemli dénonçaient la composition de son équipe et mettaient en doute son indépendance. L’ultra conservateur Saïd Jaziri (parti Errahma) s’était lui aussi joint aux critiques, estimant que « ce gouvernement est loin d’être compétent, avec au moins trois de ses membres qui n’ont pas obtenu leur baccalauréat ».

Hostilité des députés

Habib Jemli s’était aussi attiré l’hostilité des élus en souhaitant d’une part pouvoir légiférer par décret en matière d’investissement, et en mettant d’autre part en place un ministère pour contrôler l’activité du gouvernement. « Vous vous substituez à l’Assemblée » lui a ainsi lancé vendredi un député du Courant démocratique.

Face aux propos souvent virulents de leurs confrères, les élus d’Ennahdha et leurs alliés de la coalition d’El-Karama ont bien tenté de défendre Jemli. Mais ils ont surtout émis des menaces à peine voilées, laissant entendre que sans gouvernement, le pays faisait un pas dans l’inconnu en se dirigeant vers des législatives anticipées. Des arguments qui n’ont pas convaincu, d’autant que les institutions fonctionnent et que le gouvernement de gestion d’affaires courantes conduit par Youssef Chahed est toujours en place.

L’essentiel des négociations avait eu lieu en coulisse. Avant la séance, Habib Jemli s’était d’ailleurs engagé à écarter de sa sélection les membres désignés comme partisans, soupçonnés de corruption, ou simplement sans réelles compétences. S’il n’est pas revenu sur ce point devant les députés, il a brandi cet argument lors des négociations qui ont perduré en coulisse jusqu’en début de soirée. Notamment avec Nabil Karoui, président de Qalb Tounes, dont les 38 sièges pesaient sur l’issue du vote.

Depuis l’échec des négociations avec le Courant démocratique et le Mouvement du peuple (Harakat Echaab ), puis la mobilisation de la famille centriste après la réconciliation entre Nabil Karoui et Youssef Chahed, Ennahdha savait que le gouvernement Jemli risquait d’être sanctionné.

Recomposition

« La plupart de ceux qui ont voté contre ce gouvernement ont exprimé leur refus de voir le pouvoir sorti des mains des politiciens, et ils ont raison » a déclaré Rached Ghannouchi, regrettant d’avoir appuyé un exécutif de technocrates. Ce dernier s’est par ailleurs inquiété de perdre la main sur sa formation, qui n’a remporté les législatives qu’avec 52 sièges.

De fait, si le vote de confiance a mis Ennahdha en minorité, il a surtout acté la création d’une coalition politique forte de 94 députés. Ensemble, les partis Qalb Tounes de Nabil Karoui, Tahya Tounes de Youssef Chahed, le groupe parlementaire de la réforme nationale et celui du Mostaqbal comptent poursuivre leur action en proposant une nouvelle initiative au président de la République, Kaïs Saïed.

C’est à lui, selon la Constitution, qu’il revient de choisir, sous dix jours, celui ou celle qui formera le nouveau gouvernement dans un délai maximum d’un mois.

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