Diplomatie

[Tribune] G5 Sahel, Cedeao, Uemoa… En finir avec la balkanisation institutionnelle de l’Afrique

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Par  Moussa Mara

Ancien Premier ministre du Mali, président du parti Yelema.

Lors de la 55e session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la Cedeao, le 29 juin, à Abuja.

Lors de la 55e session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la Cedeao, le 29 juin, à Abuja. © Présidence du Bénin

Il est nécessaire de stopper la tendance à la création d’institutions, d’agences, de projets régionaux susceptibles de contraindre la réalisation d’une vision partagée par les États ouest-africains. L’objectif pourrait être de disposer, à l’horizon 2030, d’une seule organisation politique interétatique en Afrique de l’Ouest.

S’il y a bien un domaine dans lequel l’Afrique est meilleure qu’ailleurs, c’est celui qui se rapporte au nombre d’institutions, de politiques et de stratégies mises en place pour faire face aux différents défis. Ces créations effrénées produisent l’effet inverse de celui recherché : les différents services et organisations finissent pas se concurrencer plus préoccupés par la justification de leur existence que par la recherche de l’efficacité. On en vient finalement, comme le déplore l’économiste togolais Kako Nubukpo dans son dernier livre, à célébrer les moyens, voire les intentions, plutôt que les résultats.

À l’échelle régionale, les mêmes constats sont malheureusement de mise. Nous sommes champions dans la création et la superposition d’institutions, souvent du fait de circonstances particulières, voire même de décisions exogènes. L’exemple de la Communauté des États sahélo-sahariens (Cen-Sad), une organisation qui ne doit sa création qu’à la volonté de l’ancien guide de la révolution libyenne Mouammar Kadhafi, en est la preuve.

Dans une certaine mesure, c’est également le cas du G5 Sahel qui ne serait sans doute pas ce qu’il est aujourd’hui sans la forte induction de la France. D’autres institutions comme la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) ou l’Autorité de Liptako-Gourma – pour ne citer que deux d’entre elles – possèdent des fonctions similaires à certaines du G5 Sahel. Des similitudes existent par ailleurs entre l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) et la Cedeao, obligeant ces deux institutions à mettre en place un cadre de coopération et un secrétariat technique commun afin de rationaliser leurs interventions.

Rationaliser l’environnement institutionnel

Si toutes ces organisations devaient réunir régulièrement et distinctement les sessions de leurs Conseils des ministres et de leurs sommets des chefs d’États, les leaders ouest-africains se déplaceraient sans cesse, pour souvent répéter les même choses, et n’auraient plus le temps de s’occuper des défis de leur pays respectif. C’est d’ailleurs ce qui les oblige parfois à jumeler les sessions des instances de ces différentes organisations.

Il est donc urgent de restructurer et de rationaliser l’environnement institutionnel régional pour lui donner une cohérence indispensable à ses ambitions politiques et socio-économiques. Ce processus doit partir de la décision stratégique de stopper la tendance à la création d’institutions, d’agences ou de projets régionaux, susceptibles de contraindre la réalisation d’une vision partagée par les États.

L’objectif pourrait être de disposer, à l’horizon 2030, d’une seule organisation politique interétatique compétente sur toutes les questions que les États ouest-africains souhaiteraient aborder ensemble. Ceci baliserait le chemin vers la réalisation et la fédération. Dans cette optique, notre institution commune, la Cedeao, préfigure cette organisation. Elle doit être dotée de la légitimité nécessaire pour cela.

Une seule organisation régionale politique

Dans un second temps, il conviendra d’ouvrir une période transitoire relative à la transformation progressive des organisations actuelles en agences techniques de la Cedeao sur les questions pour lesquelles elles disposent de compétences avérées et qui sont jugées pertinentes par les États.

En parallèle, il conviendra de supprimer celles dont la justification n’est pas probante, notamment celles ayant une compétence territoriale et non sectorielle comme le G5 Sahel et le Conseil de l’Entente. Le regroupement de certaines autres entités plus homogènes et efficientes, peut être envisagé.

À la fin de ce processus de réformes, qui pourra durer une décennie, l’Afrique de l’Ouest pourrait disposer d’une seule organisation régionale politique, exerçant des missions confiées par les États, et dotée de politiques et de stratégies mises en œuvre par ses structures. Elle disposera d’un système de financement stable avec des compétences claires. Elle sera forte et orientée uniquement vers les intérêts de la zone.

Après cette étape, cette institution pourrait engager une phase de plus forte intégration conduisant au fédéralisme ouest-africain. Avec l’ambition de réaliser, sur une autre décade, à l’horizon 2040, une Afrique de l’Ouest politiquement unie et qui sera la première puissance économique du continent.

Cet espace, le plus peuplé du continent et profondément intégré, entraînera les autres communautés régionales vers l’unité à laquelle aspiraient les fondateurs de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), en 1963. Et alors, peut-être qu’il sera possible de parvenir à cette unité politique continentale d’ici le centenaire de la défunte organisation, afin de faire converger l’intégration africaine avec la prospérité économique déclinée dans l’agenda 2063.

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