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Las de l’instabilité des devises africaines, Aliko Dangote veut investir dans la finance à New York

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Mis à jour le 10 janvier 2020 à 12h19
Aliko Dangote, à Lagos en 2012.

Aliko Dangote, à Lagos en 2012. © Sunday Alamba/AP/SIPA

Ses projets d’investissements hors d’Afrique se précisent. Aliko Dangote souhaite transformer son family office londonien et en créer un autre à New York. La diversification du groupe vise aussi à se protéger des devises africaines, aux cours incertains.

Dans une interview diffusée par Bloomberg le jeudi 9 janvier 2020 (mais enregistrée le 26 septembre à New York), l’homme d’affaires nigérian de 62 ans, le plus riche du continent, magnat du ciment à la notoriété internationale, annonce souhaiter investir dans la gestion de fortune aux États-Unis.

« Nous allons commencer à investir aux États-Unis. Nous ouvrirons un family office (bureau de gestion familiale de patrimoine, ndlr) à New York. Nous avons déjà un bureau à Londres qui est en activité depuis 30 ans. Nous voulons le transformer : une partie de ce bureau aura la même fonction que le family office de New York », déclare Aliko Dangote dans cette interview.

Si pour l’heure le holding Dangote regroupe une bonne dizaine d’entreprises au Nigeria, dont quatre sont cotées à la Bourse de Lagos (Dangote Cement, Dangote Sugar, Dangote Flour Mills et National Salt Company of Nigeria), et des activités aux quatre coins de l’Afrique, Aliko Dangote voit plus loin et souhaite se diversifier.

« Nous ne resterons pas qu’en Afrique, où pour l’heure tous nos investissements se concentrent. Nous allons également investir en dehors d’Afrique », promet-il, réitérant une orientation déjà exprimée depuis un an.

La manne de Lekki réinjectée à New York ?

Aliko Dangote, intégré fin décembre dans le classement Bloomberg des 100 personnalités les plus riches du monde, se projette au-delà du chantier actuel à Lekki, à l’est de Lagos. Avec plus de 15 milliards de dollars d’investissements estimés pour une raffinerie de pétrole (10 milliards minimum), une usine de fertilisants (3 milliards) et des kilomètres de pipelines (2,5 milliards), le groupe Dangote s’attend à multiplier par cinq ses revenus.

Nous réinvestirons la majeure partie des revenus du groupe en dehors d’Afrique

Si la raffinerie rentre bel et bien en fonctionnement cette année – son démarrage était initialement prévu en 2018 -, les revenus du groupe bondiront de 5 à 30 milliards de dollars. « Nous aurons beaucoup d’argent. Nous en réinvestirons la majeure partie en-dehors d’Afrique, et 40 % encore en Afrique », précise-t-il dans l’interview.

L’objectif de cette diversification est aussi de limiter son exposition à des dévaluations soudaines de monnaies africaines, qui peuvent rendre le financement en dollars du développement de son groupe particulièrement volatile.

Des devises trop volatiles en Afrique

Alors qu’il avait emprunté des milliards de dollars pour faire sortir de terre le projet de Lekki (la structure exacte du financement n’a pas été communiqué, mais le projet global est évalué à quelque 15 milliards), le 20 juin 2016, le naira, la monnaie nationale nigériane, était dévaluée de 30 % par rapport au dollar, dans le sillage de la chute des cours de pétrole de 2014 dont le géant économique ouest-africain est tributaire. Ce qui rend le remboursement des emprunts d’autant plus coûteux.

Et le naira n’est pas la seule monnaie africaine à avoir connu pareil brusque trou d’air. À la même époque, en Afrique du Sud, le rand fut aussi secoué par la dévaluation de la monnaie chinoise – la Chine étant un gros acheteur des minerais de la nation arc-en-ciel. En 2015, le rand était tombé à sa plus faible valeur en 14 ans.

Nous voulons préserver une partie du patrimoine familial

Une certaine volatilité des monnaies africaines qui expliquerait en partie la volonté d’internationalisation d’Aliko Dangote. « Parfois, en Afrique, il y a des problèmes de dévaluation. Nous voulons préserver une partie du patrimoine familial », explique-t-il.

Encore faudra-t-il que ce projet se concrétise. Car dans ses velléités d’expansion hors d’Afrique, Aliko Dankote ne manque pas d’idées, comme le rachat du club de football londonien d’Arsenal ou l’introduction de Dangote Cement au London Stock Exchange, dont il parle depuis des années. Sans que ces deux projets phares ne se soient pour l’heure concrétisés.

D’ailleurs, à la direction de la communication du groupe à Lagos, jointe par Jeune Afrique, on est transparent sur la nature de l’annonce d’Aliko Dangote. Elle reste pour l’heure « aspirationnelle ».

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