Politique

Tunisie : le gouvernement de Habib Jemli suspendu à un vote de confiance incertain

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Mis à jour le 09 janvier 2020 à 18h16
Le président Kaïs Saïed remet une lettre de mission à Habib Jemli pour former le nouveau gouvernement.

Le président Kaïs Saïed remet une lettre de mission à Habib Jemli pour former le nouveau gouvernement. © Présidence Tunisie

Sous la coupole du Bardo, Habib Jemli tiendra son grand oral, ce vendredi 10 janvier, pour obtenir le vote de confiance de l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP) et valider son gouvernement. Mais pour la première fois depuis la révolution, l’issue d’une plénière est incertaine.

« L’homme qui, en deux mois, n’a pas réussi à constituer une équipe, est-il capable de diriger un pays ? », s’interroge une députée du groupe de la réforme nationale. Habib Jemli, qui doit obtenir la confiance de l’Assemblée pour valider la composition de son gouvernement, montre des signes de fébrilité et de manque d’assurance puisqu’il apostrophe les élus et les partis qu’il désigne comme responsables des retards pris à composer un exécutif et leur demande de privilégier l’intérêt de la nation à toute autre considération. Selon lui, le pays ne peut plus attendre.

La crainte de Jemli n’est pas d’être débouté et de devoir s’en retourner à ses activités agricoles. À 24 heures du vote, il appréhende les réactions de la Choura – conseil consultatif d’Ennahdha qui l’a désigné – et mesure qu’il n’avait pas vraiment de marges de manœuvre. Il serait celui qui a échoué et qui priverait Ennahdha, elle-même traversée par des courants divergents, de l’exercice du pouvoir.

Ennahdha isolée ?

Une situation paradoxale puisque le parti au référentiel islamiste, qui a remporté les législatives avec 54 sièges –sur 217-, risque d’être écarté du pouvoir et de se retrouver dans l’opposition. Un cas de figure qui fait jubiler Abir Moussi, présidente du Parti Destourien Libre (PDL) : « Nous sommes face à une occasion historique pour isoler Ennahdha ». D’autres formations, comme le Courant Démocratique et le Mouvement Echaab, qui expriment ouvertement leur désaccord avec Habib Jemli et ses manières de conduire les négociations, assurent depuis dix jours qu’elles n’accorderont pas leur confiance au gouvernement.

J’ai dépassé mon différend avec Chahed dans l’intérêt du pays

Malgré la levée de boucliers, l’exécutif de Habib Jemli avait encore des chances de passer. C’était sans compter les coups de théâtre que seule la politique peut créer. Le rapprochement inattendu des frères ennemis, Youssef Chahed, président de Tahya Tounes et de Nabil Karoui, président de Qalb Tounes a bouleversé totalement la donne. « J’ai dépassé mon différend avec Chahed dans l’intérêt du pays », déclare Nabil Karoui.

De toute évidence, après s’être copieusement insultés durant la campagne électorale, ils ont finalement enterré la hache de guerre et se sont retrouvés autour de lignes générales communes et surtout de leur rejet de l’exécutif composé par Jemli. « Un gouvernement entièrement dévoué au parti islamiste, qui s’arroge plus de 80% des portefeuilles, représente un danger » confie une militante de Tahya Tounes.

Réserves de Qalb Tounes

Après le refus du Courant Démocratique, du Mouvement Echaab et de Tahya Tounes d’intégrer le gouvernement ou de le cautionner, Qalb Tounes et ses 38 députés, semblait être la solution de substitution permettant au gouvernement d’arracher les 109 voix requises.

Mais dans un sursaut, le parti a émis des réserves concernant la composition du gouvernement proposé et pourrait tenter d’échapper à l’emprise d’Ennahdha en retrouvant le giron de la famille centriste. « Bien que morcelé, l’hémicycle retrouve une logique, avec les civils d’un côté et les religieux de l’autre. Les egos des uns et des autres et les manœuvres politico-politiciennes dénaturent la sincérité d’un tel clivage qui paraît naturel », analyse le docteur Radhi Belkahia, observateur de la scène politique, qui craint des manœuvres de dernière minute d’Ennahdha pour rester maître du jeu.

Entre temps, tous les politiques, calculette en main, simulent les différends cas de figures et les probables orientations du vote. Jemli devra être convaincant en présentant son programme dont on ignore tout, inverser la tendance qui considère que son exécutif est médiocre, voire dangereux, pour la Tunisie et répondre aux réflexions virulentes des 217 députés qui disposent chacun trois minutes pour s’exprimer. Avec tous les revirements encore possibles, la partie qui, si elle n’est sûrement pas jouée d’avance, n’est quand même pas gagnée.

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