Politique

RDC : les clés pour comprendre la crise qui secoue l’Université de Kinshasa

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Mis à jour le 09 janvier 2020 à 17h16
L'université de Kinshasa (Unikin).

L'université de Kinshasa (Unikin). © Humprey J. L. Boyelo/WIkimedia Commons

Des centaines d’étudiants ont évacué le campus de l’Université de Kinshasa (Unikin) sur ordre des autorités, mercredi 8 janvier, au lendemain de la mort d’un policier, en marge d’un mouvement de protestation contre la hausse des frais d’études. Décryptage de cette décision qui suscite la controverse au sein de la classe politique.

L’Université de Kinshasa (Unikin), le campus le plus important du pays, a été fermée par les autorités après les manifestations estudiantines ayant provoqué au moins un mort, plusieurs blessés et des dégâts matériels importants. Une décision qui suscite la polémique au sein des étudiants, comme de la classe politique congolaise. Décryptage.

• Pourquoi les étudiants manifestent-ils ? 

Depuis le 6 janvier, les étudiants de l’Université de Kinshasa manifestent pour protester contre la hausse des frais académiques (285 dollars en 2020, contre 275 l’année dernière) qui, selon un communiqué du cabinet du Premier ministre, avaient été fixés « de manière consensuelle ». Les étudiants demandent que le gouvernement revoit ces prix à la baisse en se référant à l’année académique 2018-2019.

Pour exprimer leur mécontentement, les étudiants brûlent alors des pneus et de lancent des projectiles aux forces de sécurité, déployées sur place pour tenter de contenir la contestation.

• Comment la situation a-t-elle dégénéré ?

Très vite, la situation dégénère. De cas de vandalisme et pillage de biens, dont des ordinateurs et matériels de sonorisation, sont à déplorer. Les manifestants saccagent également l’agence de la banque commerciale du Congo (BCDC) pour dénoncer l’augmentation des frais académiques, en forçant notamment le coffre fort. Un véhicule appartenant à un chef de travaux est incendié tandis que le bâtiment administratif et le siège de l’association des professeurs de l’UNIKIN sont saccagés. Au moins un policier a succombé à ses blessures après avoir été lynché par les étudiants.

Des manifestations se poursuivent le jour suivant. Les étudiants continuent de dénoncer le protocole d’accord, signé le 19 décembre, ayant abouti à la fixation des frais, qu’il juge « inopportun et irrégulier ». « Ils ont pris des décisions sans nous consulter », ont-ils les étudiants dans une déclaration.

• Qui est à l’initiative de la fermeture de l’université ?

Alors que la situation est toujours très tendue, le Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba s’empare de l’affaire et convoque, lundi soir, le ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire (ESU), le vice-ministre de l’Intérieur, le Commissaire général de la police et le directeur général de l’Agence nationale de renseignements (ANR) pour une réunion d’urgence.

Après une deuxième réunion d’évaluation convoquée le mardi matin, le ministre de l’ESU Thomas Luhaka Losendjola prend une décision radicale : toutes les activités au sein de l’Université de Kinshasa sont suspendues jusqu’à nouvel ordre. Une telle mesure n’avait pas eu lieu depuis 1981, sous le régime de Mobutu Sese Seko.

Dans un communiqué, le ministre ajoute que tous les occupants des chambres étudiantes ont l’obligation d’évacuer les lieux sous 48 heures. « Passé ce délai, un recours aux forces de l’ordre aura lieu », ajoute Thomas Luhaka, qui précise qu’une opération « d’identification » aura lieu pour permettre une réinstallation rapide des étudiants réguliers. La police nationale congolaise (PNC) demande pour sa part aux étudiants de l’université de ne pas résister à la décision du gouvernement.

• Comment les étudiants ont-ils réagi ?

Plusieurs étudiants ont déjà quitté leur chambre étudiante, mais la situation s’avère particulièrement compliquée pour ceux qui viennent de loin ou qui vivent avec épouse et enfants. « Nous venons de différents provinces et certains n’ont pas d’adresse fixe. Où va-ton aller ? On ne peut pas nous traiter comme des animaux sauvages », dénonce Mukendi, étudiant en économie à l’Université de Kinshasa.

Face à la menace de recours à la force, les étudiants ont cessé de manifester. Ils attendent désormais de rencontrer le chef de l’État Félix Tshisekedi, qui a promis de les recevoir après son retour de vacances à Muanda (Kongo-Central), dans la nuit de jeudi à vendredi.

• Pourquoi cette décision suscite-t-elle la controverse ?

À la suite de cette décision, beaucoup estiment que le pouvoir a perdu le contrôle. « La situation à l’Université de Kinshasa met à nu l’incohérence des politiques publiques, inadaptées au vécu des populations « , a déclaré Claudel Lubaya, président de l’Union démocratique africaine originelle (UDA). L’opposant Martin Fayulu a également réagi, s’inquiétant de l’avenir des étudiants.

Plusieurs proches du chef de l’État estiment que la décision a été prise pour soulever la population contre Félix Tshisekedi. « L’Université de Kinshasa ne sera pas fermée. Il a été établi que des gens venus d’ailleurs ont infiltré l’Unikin. La police doit procéder avec les services administratifs de l’Université à l’identification des vrais étudiants », a réagi le directeur de cabinet du président, Vital Kamerhe.

• Des armes ont-elles été retrouvées dans les chambres étudiantes ?

Quatre armes, avec munitions, ont été découvertes ce jeudi à l’Université de Kinshasa par la police universitaire, qui a alerté la police nationale. Le général Sylvano Kasongo, chef de la police de la capitale, a confirmé cette information à Jeune Afrique, en précisant que les opérations de recherches se poursuivent.

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