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Décryptage : les banques kényanes, cibles de rachat en 2020 ?

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Mis à jour le 09 janvier 2020 à 16h07
quartier CBD Nairobi

quartier CBD Nairobi © Ninara31 CC

La suppression du plafonnement des taux d’intérêt sur les prêts commerciaux au Kenya ne suffit pas pour dissiper l’éventail des risques auxquels le secteur financier du pays est confronté.

Le rapport semestriel Kenya Financial Sector Stability publié par la Banque centrale en septembre a révélé que le secteur financier du pays est « vulnérable à la fragilité des économies mondiales et nationales résultant des incertitudes des marchés financiers ; des tensions commerciales et géopolitiques; de la corruption, du blanchiment d’argent et le financement du terrorisme ; et de l’adoption rapide des technologies et innovations financières. »

Le secteur bancaire dispose de suffisamment de fonds propres pour résister aux chocs, y compris les tensions accrues entre les États-Unis et l’Iran, a déclaré la Banque centrale. Mais selon une étude de l’agence de notation panafricaine Global Credit Ratings (CGR) basée à Johannesburg et datant de décembre, le Kenya est confronté à une « situation fiscale de plus en plus tendue » et à une faible qualité des actifs dans le secteur financier :

– « Nous pensons de plus en plus que le shilling kenyan est vulnérable à un retournement des transferts de fonds ou à une fuite du dollar hors du continent », écrivent les analystes de GCR ;

– « Des insuffisances persistent dans la réglementation des devises étrangères, le processus étendu de résolution des faillites bancaires et la protection de l’ordre des privilèges des créanciers », dit encore GCR.

Suppression des plafonds

En novembre, le Kenya a abandonné une mesure de limitation des taux d’intérêt introduite en 2016 pour limiter les coûts d’emprunt.

Ce plafond a été largement considéré comme un obstacle à la croissance des entreprises et de l’économie. Bien que la suppression des plafonds de taux d’intérêt soit une étape positive, GCR annonce qu’il prévoit d’attendre mi-2020 avant d’améliorer le score de risque du secteur financier au Kenya.

De son côté, Moody’s a déclaré en décembre qu’une accélération de la croissance des prêts au Kenya était en perspective cette année, ce qui contribuerait à soutenir les bénéfices des banques. Pourtant, les prêts problématiques dans les banques kenyanes persisteront en 2020 en raison d’une accumulation d’arriérés de paiement et des difficultés de certaines grandes entreprises clientes, analyse Moody’s, pour qui « les petites banques sont les plus exposées et encourent un risque de consolidation ».

Risques externes

Ruto Kellie, analyste financier chez Maitri Capital à Nairobi, partage les préoccupations du rapport sur le désendettement des ménages et des entreprises au Kenya. La grande disponibilité du crédit numérique au Kenya peut aggraver les risques. Kellie se fonde sur une étude de 2019 de la Kenyan Bankers Association (association des banquiers kenyans), selon laquelle les utilisateurs de crédits numériques sont plus susceptibles de tomber dans le surendettement que les emprunteurs conventionnels.

les taxes sur les marchandises importées du Kenya risquent d’augmenter avec la renégociation des contrats commerciaux post-Brexit

Des vents contraires externes sont également à attendre pour 2020, d’après Ruto Kellie, pour qui « si le Brexit entraîne un ralentissement de la croissance économique du Royaume-Uni sur le marché britannique, moins de personnes se rendront au Kenya, ce qui nuira au PIB ». L’analyste voit un autre risque avec « la renégociation des contrats commerciaux post-Brexit », qui pourrait conduire à « l’augmentation des taxes sur les marchandises importées du Kenya. Cela pourrait affecter ꞌꞌde manière significativeꞌꞌ les revenus et le PIB : « Tout ce que nous pouvons espérer, ce sont des conditions favorables à la renégociation des contrats. », conclut-elle.

Outre le Brexit, la situation macroéconomique sud-africaine est source de préoccupation pour elle : « Un abaissement des notes pour l’Afrique du Sud entraînerait également une diminution des investissements étrangers au Kenya et comporte un risque d’effets de contagion ».

La suppression du plafonnement des intérêts arrive peut-être trop tard pour sauver les petits acteurs du marché kenyan, qui peuvent être la cible de rachat en raison de l’augmentation des risques externes pour l’économie.

(Cet article a été originairement publié dans The Africa Report)

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