Diplomatie

[Chronique] Couac numérique entre le Mali et les États-Unis

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

Glez

© Glez

« Connerie », « État voyou » : le compte Twitter officiel de la présidence malienne s’en est pris trivialement à Donald Trump, après l’assassinat du général Qassem Soleimani. Piratage ? Pire…

Tweet et outrance présidentielle : le cocktail a été homologué par Donald Trump, le jour où il a accédé au bureau ovale. Tout de même, quand un post outrancier vise les États-Unis d’Amérique et provient d’un modeste État sahélien, il y a de quoi faire grincer quelques dents diplomatiques.

Trump fait des USA un État voyou

Lundi 6 janvier, alors que les chancelleries prennent prudemment position sur l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani par les forces armées américaines, le compte Twitter de la présidence malienne met les pieds dans le plat géopolitique : « Il ne se trouve personne pour dire à Trump qu’il a commis une connerie ? (…) Il fait des USA un État voyou ».

Une voix présidentielle qui désigne un homologue par son seul patronyme et qui l’affuble des mots « connerie » et « voyou » semble oublier le niveau de style requis dans une communication diplomatique.

Le tweet est supprimé une heure après sa publication. Si l’ambassade américaine au Mali pouvait prétendre ne pas avoir lu le post furtif, l’instantanéité des réseaux sociaux aura permis quelques captures d’écran devenues virales…

« Hackers vaillants ? Rien d’impossible ! »

Rapidement, la présidence malienne choisit la facilité en propulsant la patate chaude en direction de présumés hackers traqués par des investigations. Contresens. La notion de piratage suppose le vol de codes de sécurité et la malveillance manifeste. Aucune de ces caractéristiques ne se vérifie. C’est plutôt un mélange de népotisme et de négligence qui se fait jour…

L’auteur du tweet est le journaliste Tiégoum Boubèye Maiga, directeur de la cellule de la communication de la présidence du Mali lorsque son frère Soumeylou Boubèye Maïga y était secrétaire général. Son aîné ayant été contraint à quitter le sommet de l’État, quelques mois plus tard, c’est le journaliste qui connaît la même déchéance politique, quittant le palais de Koulouba… avec les clefs de connexion.

Ce lundi, c’est par erreur qu’il aurait posté son humeur géopolitique sur la page officielle de l’institution malienne. Il avoue avoir oublié de se « déconnecter du compte présidentiel »…

Si la vulnérabilité à des hackers aurait été un signe de faiblesse, le manque de renouvellement des codes de sécurité au départ des responsables est une faille de sécurité bien plus coupable. Certains internautes maliens s’amusent de ce couac tandis que d’autres se disent scandalisés par ce qui aurait pu provoquer une crise diplomatique.

Les plus spirituels se consolent en soulignant que, fort heureusement, Donald Trump ne « follow » ni IBK, ni la présidence, ni même le moindre Malien.

Le Mali a suffisamment à faire avec les jihadistes pour devoir encaisser des bombardements américains…

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