Transport aérien

Catering aérien : la concurrence pour les marchés africains en plein essor

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Mis à jour le 08 janvier 2020 à 10h36
Un camion de LSG Sky Chefs (illustration)

Un camion de LSG Sky Chefs (illustration) © Chris Sampson (CC)

En Afrique, le secteur dominé par trois groupes mondiaux connaît une croissance soutenue et une concurrence accrue.

Que se mitonne-t-il dans les cuisines du catering aérien ? En avril dernier, l’annonce de la mise en vente par Lufthansa de sa société de catering, LSG, a précédé de peu l’annonce de la reprise par RRJ capital des actifs de HNA dans Gategroup.

En Afrique, le marché est dominé par quatre grands acteurs (à en croire les données de Servair : 30 % pour Servair, suivi par les caterers nationaux, puis 15 % pour LSG Sky Chefs, 11 % pour Newrest et 9% pour Dnata), des groupes mondiaux qui officient dans d’autres régions.

Alors que certaines grandes compagnies nationales continuent d’assurer ce service en interne (Air Algérie, Tunisair, Ethiopian Airlines, South African Airways, etc.), l’intérêt des caterers pour le continent est indéniable : Servair (alors filiale d’Air France) a mis un pied au Gabon en 1989, et depuis il est présent dans 30 % des pays du continent, et y détient 30 % de parts de marché.

Lorsque le groupe suisse Gategroup acquiert Servair en 2017, c’est avec en ligne de mire l’idée de poursuivre son expansion sur des marchés africain et asiatique en pleine croissance.

Autonomisation des filières

« La croissance du trafic aérien est supérieure à la croissance économique (« 6 % contre 3 % »), estime Marc Vatel, directeur général adjoint Afrique, chez Servair : « La vente de LSG par Lufthansa n’est pas surprenante, Servair avait pris son autonomie par rapport à Air France de la même façon. Gategroup vient de Swissair, Skychef (acquis intégralement par LSG en 2001) vient d’American Airlines : de filière intégrée on passe à une filière en autonomie, c’est un mouvement qui existe ; mais les compagnies restent intéressées : par exemple Air France se maintient dans le capital de Servair (49 % à ce jour). »

Quelques mois après cette annonce au siège de Lufthansa, on refuse de donner plus de détails, rappelant que la cession pourrait être « entière ou partielle » et viser en particulier « un investisseur du secteur ». Finalement la compagnie allemande a choisi fin 2019 de vendre ses activités européennes de LSG Sky Chefs à Gategroup. La vente du reste du groupe se poursuivra en 2020, a annoncé la compagnie allemande, qui gardera des parts, sans préciser à quelle hauteur.

les économies d’échelle jouent par l’effet réseaux

Plutôt que de concentration, Marc Vatel préfère parler de « réorganisation » : « C’est important pour une compagnie aérienne d’avoir un partenaire de confiance et de le retrouver en bout de ligne (cela s’est développé avec Air France), c’est aussi une activité où les économies d’échelle jouent par l’effet réseaux. »

Dans le sillage de l’activité minière

La demande doit être suffisamment importante, ajoute-t-il : « Ce n’est pas encore le cas à Niamey par exemple, il n’ y a pas suffisamment de vols. Par contre on s’est installés à Lubumbashi parce qu’il y a un fort trafic en raison de l’activité minière et cela valait le coup d’avoir un centre d’approvisionnement : on veut accompagner nos clients clés en Afrique. »

Remplissage d'un avion de la Monusco à l'aéroport de la Luano de Lubumbashi, en RDC (illustration)

Remplissage d'un avion de la Monusco à l'aéroport de la Luano de Lubumbashi, en RDC (illustration) © Monusco (CC)

Du côté de LSG Sky Chefs, qui revendique environ 15 % des parts du marché du catering aérien africain, la taille des aéroports par le volume des vols constitue aussi un critère déterminant : « Notre stratégie est d’être présents sur les grands aéroports africains qui totalisent plus de 10 000 vols par jour, ils sont neuf en tout et nous sommes présents sur six d’entre eux (Le Caire, Le Cap, Johannesburg, Luanda, Nairobi, Lagos), détaille Alfred Rigler, responsable des marchés émergents pour LSG Group.

La stratégie s’accompagne de partenariats solides avec des entreprises locales : « On s’associe avec des compagnies aériennes des aéroports ou d’autres compagnies qui peuvent être dans l’alimentaire ou dans les infrastructures. Nous connaissons notre métier et eux peuvent nous apporter un plus sur des sujets comme les relations clients, le management, la conduite des affaires, etc. »

nous avons besoin de former nos équipes localement

Pour Alfred Rigler, les deux freins qui plombent encore le secteur sont l’absence d’infrastructures et de formation. Conséquence : « on ne lance pas une cuisine du jour au lendemain, nous avons besoin de former nos équipes localement. Ce n’est pas si évident et peu importe les circonstances pour les clients : ils font confiance à notre marque et attendent un service parfait. »

Concurrence accrue pour le catering en Afrique

Troisième à l’échelle continentale, implantée dans neuf pays (Maroc, Guinée, Ghana, Liberia, Nigeria…), l’entreprise française Newrest (dont les responsables ont refusé de répondre à nos questions) connaît elle aussi une croissance soutenue ( 9,9 % en Afrique australe, où 57 % du CA est constitué par le catering aérien).

« Ces trois grands acteurs ont la même stratégie, s’il n’y a pas beaucoup d’argent à se faire, ils n’y vont pas, on les retrouve en général sur les mêmes appels d’offres », constate Frédéric Lamarche, PDG de ASC (Airline service consulting), qui conseille compagnies aérienne et aéroports. Selon lui, un phénomène de concentration est inévitable.

pour l’instant l’Afrique est préservée du phénomène low cost

Alors qu’historiquement, on pouvait observer un « partage » des marchés (Newrest dans le catering industriel, Servair plutôt en Afrique francophone, et LSG plus présent au sud et à l’est du continent, où sont les gros aéroports), la concurrence est amenée à s’intensifier ces prochaines années : « C’est un secteur de plus en plus concurrentiel », commente Marc Vatel, qui considère être prêt à une augmentation du trafic. D’autant que « pour l’instant l’Afrique est préservée du phénomène low cost » et que « la régionalisation à l’échelle des sous-régions et l’établissement de monnaies communes comme l’eco est porteur pour notre activité ».

C’est pourquoi le directeur général adjoint Afrique de Servair est formel : « Nous allons continuer d’investir. » À l’image de l’an dernier, Servair ayant « investi plus de 10 millions d’euros dans le catering, notamment à l’aéroport Blaise Diagne à Dakar », avec [son] partenaire historique Amar Niang (PDG d’Afrique Catering, ex Air Afrique). Pour le leader du marché, la stratégie est claire : « rester très présent et entrer sur d’autres marchés, par exemple l’offshore. »

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