Elections

Présidentielle au Togo : la candidature d’Agbéyomé Kodjo divise l’opposition

Agbéyomé Kodjo, ici en avril 2013 à Paris, a annoncé sa candidature à la présidentielle du 22 février 2020 au Togo sous les couleurs de la coalition des Forces démocratiques.

Agbéyomé Kodjo, ici en avril 2013 à Paris, a annoncé sa candidature à la présidentielle du 22 février 2020 au Togo sous les couleurs de la coalition des Forces démocratiques. © Photo de Vincent Fournier/Jeune Afrique

Les Forces démocratiques ont investi Agbéyomé Kodjo comme candidat à la présidentielle du 22 février. Cet ancien Premier ministre de Gnassingbé Eyadéma, qui se présente aujourd’hui comme « une alternative crédible », est la cible de nombreuses critiques dans les rangs de l’opposition.

Il aura fallu quatre mois de tractations à Mgr Philippe Fanoko Kpodzro, archevêque émérite de Lomé, pour que la coalition qu’il a lancée désigne Agbéyomé Kodjo comme son candidat à la présidentielle. Après avoir plusieurs fois réclamé l’ouverture d’un dialogue avec le pouvoir, et plaidé, en vain, pour la suspension du processus électoral, la coalition des Forces démocratiques a fini par désigner son candidat, le 31 décembre dernier.

« Candidat unique » et polémiques multiples

Une candidature et un profil qui suscitent déjà des remous au sein de l’opposition togolaise. Alors que Jean-Pierre Fabre,  le leader de l’Alliance pour le changement (ANC), la principale force d’opposition du pays, a annoncé sa candidature à cette présidentielle en octobre dernier, Agbéyomé Kodjo n’hésite en effet pas à se présenter comme le « candidat unique de l’opposition ».

« Cette étiquette de candidat unique de l’opposition ne reflète que la conviction de ceux qui ont porté cette initiative », élude Innocent Kagbara, candidat du Parti démocratique panafricain (PDP).

« Comment peut-on dire que l’on est candidat unique de l’opposition quand il y a déjà plusieurs candidats déclarés, dont celui de l’ANC, d’ADDI ou du PSR ? », fait pour sa part mine de s’interroger Éric Dupuy, porte-parole de l’ANC. « Pour nous, à l’ANC, les choses sont claires : quelle que soit la personne désignée par qui que ce soit, cela ne nous concerne pas. Nous l’avons d’ailleurs dit à Mgr Kpodzro : nous sommes en faveur d’une élection présidentielle à deux tours et, dans ce cadre, nous sommes pour la pluralité des candidats de l’opposition. Seul le peuple togolais décidera. »

Long passé politique

« En réalité, ce que reprochent les gens à Agbéyomé Kodjo, c’est son passé avec le pouvoir », analyse le politologue Madi Djabakaté. À 66 ans, Kodjo a en effet déjà un long passé derrière lui.

Désormais à la tête du Mouvement patriotique pour la démocratie et le développement (MPDD), il fut président de l’Assemblée nationale de 1999 à 2000, avant de devenir Premier ministre (2000-2002) sous le président Gnassingbé Eyadéma. Si il a rompu avec ce dernier au lendemain de la présidentielle de 2003, l’ancien cacique du Rassemblement du peuple togolais, le parti au pouvoir peine depuis à se faire une vraie place au sein de l’opposition.

Après trois années d’exil en France, de retour dans son pays quelques mois après le décès de Gnassingbé Eyadéma – et après deux mois de détention à la prison de militaire de Kara dans le cadre d’une enquête portant sur des détournements de fonds présumés au Port autonome de Lomé, dont il fut le directeur – , Agbéyomé Kodjo a très vite tenté de reprendre pied sur la scène politique. En 2010, il s’est porté candidat à la présidentielle sous les couleurs de son parti d’alors, Obuts (Organisation pour bâtir dans l’union un Togo solidaire). Il avait alors recueilli 0,9% des voix, se plaçant en quatrième position.

« Le profil parfait » ?

Outre son passé dans les rangs du parti au pouvoir, ses détracteurs lui reprochent d’avoir accepté de participer aux législatives de 2018, boycottées par les ténors de l’opposition. Un scrutin à l’issue duquel son parti n’était parvenu à obtenir que deux sièges.

Dans un long message publié sur les réseaux sociaux, Agbéyomé Kodjo se dit «  à l’instar de toutes les créatures humaines, imparfait » mais réfute les critiques sur son supposé opportunisme politique. « J’ai toujours servi l’État avec détermination, professionnalisme, rigueur, abnégation, probité morale et avec une obligation de résultats », se justifie-t-il dans ce texte. Il appelle par ailleurs à « la mobilisation » promettant « un temps politique nouveau » en cas de victoire.

Dans l’entourage de Mgr Philippe Fanoko Kpodzro, on assure également qu’Agbéyomé Kodjo constitue une « alternative crédible ». L’un des conseillers de l’archevêque émérite de Lomé assure que ce dernier « avait conscience des réactions que ce choix pouvait susciter, mais c’est Kodjo, c’est le profil parfait ».

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