Politique

Libération des détenus en Algérie : un « geste symbolique » pour calmer la contestation

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Mis à jour le 03 janvier 2020 à 17h41
Lakhdar Bouregaâ lors de sa sortie de prison, à Alger, le 2 janvier 2020.

Lakhdar Bouregaâ lors de sa sortie de prison, à Alger, le 2 janvier 2020. © Toufik Doudou/AP/SIPA

Signal d’apaisement ou manœuvre politique ? De nombreux militants du « Hirak » ont été remis en liberté, jeudi 2 janvier. Une mesure réclamée depuis plusieurs mois par les manifestants algériens, qui ont toutefois poursuivi leur mobilisation lors de ce 46e vendredi de contestation.

La libération de plusieurs figures du « Hirak » permettra-t-elle d’apaiser les manifestants ? Jeudi 2 janvier, 76 détenus du mouvement de contestation en Algérie ont recouvré la liberté. Parmi eux, plusieurs figures comme le vétéran respecté de la Guerre d’indépendance Lakhdar Bouregaâ, le général à la retraite Hocine Benhadid, l’ancien président de l’association Rassemblement action jeunesse (RAJ) Hakim Addad, le dessinateur Abdelhamid Amine, ou encore le poète Mohamed Tadjadit.

Pour justifier les remises en liberté « surprises » de ces personnes en attente de jugement ou déjà condamnées, le président du Comité national pour la libération des détenus (CNLD) Kaci Tansaout a évoqué une volonté du pouvoir de libérer l’essentiel des détenus du « Hirak », en vue de calmer le mouvement populaire, tout en soulignant que les poursuites étaient maintenues contre ceux remis en liberté provisoire.

Une mesure d’apaisement accueillie favorablement par les manifestants qui poursuivaient toutefois leur mobilisation lors de ce 46e vendredi de contestation. « Nous n’allons pas rentrer chez nous tant que vous ne relâchez pas l’Algérie », pouvait-on lire sur une pancarte.

« Nous avons toujours des otages »

Si le nouveau président Abdelmadjid Tebboune n’avait pas évoqué la question des prisonniers d’opinion dans son discours d’investiture, le 19 décembre dernier, il avait préalablement évoqué une « main tendue » et un éventuel « dialogue » avec les contestataires. Une option soutenue par plusieurs figures de l’opposition mais rejetée catégoriquement par les manifestants tant que les « détenus politiques » n’étaient pas sortis de prison.

« La libération de ces prisonniers est un geste symbolique consistant à rétablir une confiance rompue entre le pouvoir en place et le mouvement populaire. Finalement, ce n’est qu’une rectification d’une injustice qui ne devrait pas avoir eu lieu », estime le docteur en sciences politiques Adel Ourabah, auprès de Jeune Afrique.

La composition du premier gouvernement Tebboune, annoncée jeudi soir, confirme par ailleurs cette tentative d’apaisement. Plusieurs membres du nouvel exécutif, dont la ministre de la Culture, Malika Bendouda, et le ministre délégué aux incubateurs, Nassim Diafat, ont fait partie des manifestations populaires et sont ouvertement opposés à la feuille de route du pouvoir. « En incorporant ces personnes dans le gouvernement, le pouvoir lance un autre message symbolique, affirme Adel Ourabah. Il ne faut cependant pas se réjouir trop vite puisque les ministères régaliens ont été obtenus par d’anciens ministres du président déchu Abdelaziz Bouteflika », ajoute le chercheur.

Lors de la mobilisation de ce vendredi, certains manifestants ont par ailleurs évoqué le « manque de légitimité » du nouveau gouvernement, désigné par un président élu avec plus de 60 % d’abstention, un record en Algérie. « Le seul ministère qui importe est celui de la Défense [le nouveau gouvernement ne compte pas de vice-ministre de la Défense, poste qu’occupait depuis 2013 le général Ahmed Gaïd Salah, ndlr]. Nous exigeons un État civil, et non militaire », a dénoncé Noureddine, un contestataire de 42 ans.

De nombreuses figures du « Hirak » restent toutefois détenues à travers le pays, notamment à Alger. Jeudi, le CNLD recensait une centaine de personnes emprisonnées – y compris en attente de jugement -, dont les activistes politiques Karim Tabou, Fodil Boumala et Samir Belarbi. « Nous avons toujours des otages – et je ne dirai pas “prisonniers” – du côte du pouvoir », a affirmé dans un déclaration publique Me Abdelghani Badi, avocat de Lakhdar Bouregaâ et de nombreux autres détenus.

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