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Football : l’Espérance sportive de Tunis, une affaire qui tourne

L'équipe de l'Espérance Tunis face au club de Guadalajara le 18 décembre 2018.

L'équipe de l'Espérance Tunis face au club de Guadalajara le 18 décembre 2018. © Kamran Jebreili/AP/SIPA

L’Espérance sportive de Tunis, qui fait partie des meilleurs clubs africains, s’appuie sur différentes sources de revenus pour atteindre ses objectifs. Les Sang et Or peuvent compter sur leurs succès sportifs, mais aussi sur tout le système économique s’est mis en place tout autour.

Avec un budget estimé entre 12 à 13 millions d’euros, l’Espérance sportive de Tunis est un club très à l’aise financièrement, au même titre que les plus gros clubs égyptiens (Al-Ahly, Zamalek), sud-africains ou que le congolais TP Mazembe. Entre primes de la CAF, sponsoring, mécénat et produits de la vente des joueurs, le club « taraji » affiche un train de vie plutôt élevé.

Les sommes remportées L’Espérance a remporté la Ligue des champions en 2018 (dont la finale face aux Cairotes d’Al-Ahly s’était déroulée au moins de novembre), puis en mai 2019. Deux dates rapprochées, qui lui ont permis d’empocher au total cinq millions de dollars, même s’il faut en retirer 300 000 dollars en raisons d’amendes infligées par la Confédération africaine de football (CAF) pour des violences causées par les supporters espérantistes au stade de Radès.

Début 2019, le club avait touché un million de dollars de la Fifa, pour la cinquième place obtenue lors de la Coupe du monde des clubs disputée en décembre au Qatar.

En revanche, les dirigeants tunisiens, qui misaient beaucoup sur la Coupe arabe des clubs champions (6 millions de dollars pour le vainqueur) ont été déçus : l’équipe a été éliminée au deuxième tour, et seulement 50 000 dollars sont tombés dans les caisses.

Le siège de l'Espérance sportive de Tunis, à Bab Souika, dans la capitale tunisienne.

Le siège de l'Espérance sportive de Tunis, à Bab Souika, dans la capitale tunisienne. © Sami Mlouhi (CC)

S’il faut aussi mentionner les compétitions domestiques (championnat et Coupe de Tunisie), le fait est qu’elles ne rapportent pas grand-chose. Les droits télé annuels s’y négocient aux alentours des 100 000 dollars, et les recettes aux guichets sont modestes. Mais le club compte un peu plus de 11 000 abonnés, qui paient 90 dollars annuels en moyenne, pour avoir accès aux matchs de championnat de Ligue 1, de Ligue des champions et de Coupe arabe.

Des sponsors généreux

Ancien joueur du club dans les catégories de jeunes, Hamdi Medeb, 67 ans, est président de l’Espérance depuis 2007. L’homme est aussi à la tête du groupe Délice (industrie laitière), qui verse 3,3 millions de dollars au titre du sponsoring. Mais la notoriété locale et internationale des Sang et Or attire d’autres partenaires économiques, comme Tunisie Telecom (un million de dollars).

L’Espérance est également partenaire du groupe hôtelier Magic Hôtels, qui possède des établissements en Tunisie et au Maroc. Magic Hôtels ne verse pas de contribution financière directe, mais prend en charge l’hébergement de la délégation espérantiste lors de ses déplacements en Tunisie.

Un hôtel de la marque Magic Hotels & Resorts, du groupe Magic hotels

Un hôtel de la marque Magic Hotels & Resorts, du groupe Magic hotels © Magic hotels

La marque d’eau minérale Sabrine, partenaire historique du club depuis 1970, fait également partie du pool des sponsors, fournissant l’équipe en eau.

Enfin, les supporters abonnés aux cartes prépayées téléphoniques Taraji Mobile génèrent environ 800 000 dollars par an. Cette opération avait été lancée en 2014 par le club et Tunisie Telecom, qui propose des « avantages » à ses utilisateurs.

L'offre Taraji Mobile a été lancée en partenariat avec Tunisie Télécom

L'offre Taraji Mobile a été lancée en partenariat avec Tunisie Télécom © Taraji Mobile

Le rôle clé du mécénat

Hamdi Medeb met aussi directement la main à la poche pour aider son club de cœur. Selon nos informations, le patron le mieux payé de Tunisie verserait environ 1,3 million de dollars par an au club taraji.

Le président espérantiste finance également certains voyages en avion privé, pour des déplacements lointains en Ligue des champions, et la facture va de 70 000 à 100 000 dollars pour chacun d’eux. « Pour les déplacements courts, en Afrique du Nord par exemple, l’équipe prend des vols réguliers », explique une source interne.

Mais il y a d’autres mécènes. Ainsi, la famille Bouchamaoui, dont un des membres, Tarek, siège au Comité exécutif de la Confédération africaine de football (CAF), ainsi qu’à la Fifa, est un des principaux mécènes. La famille verse au club plusieurs centaines de milliers de dollars par an. Dans un passé récent, Tarek Bouchamaoui avait même pris en charge l’intégralité du salaire annuel de certains joueurs.

Le poids des transferts et des produits dérivés

L’Espérance sportive de Tunis a également su bien vendre ses joueurs en 2019. Ainsi, l’international camerounais Franck Kom a été cédé au club qatari d’Al-Rayyan pour environ trois millions de dollars. Le transfert de l’Algérien Youcef Belaïli à Al-Ahli en Arabie saoudite a rapporté 3,5 millions de dollars. « Mais le montant des transferts est payé en plusieurs tranches, sur plusieurs années, comme cela se fait presque partout. On ne peut donc pas dire que l’Espérance a touché d’un seul coup 6,5 millions de dollars sur ces deux ventes. D’ailleurs, le club saoudien a pris du retard dans le versement de ses traites », précise une source proche du dossier.

Les sommes générées par la vente de produits dérivés (maillots, écharpes, etc…) sont en augmentation. L’Espérance a ouvert depuis plusieurs années une boutique Taraji près du centre d’entraînement, ainsi qu’une dizaine de magasins franchisés dans plusieurs villes du pays. Le bénéfice net de ces ventes atteint environ 600 000 dollars annuels.

La boutique de l'Espérance sportive de Tunis, le Taraji Store

La boutique de l'Espérance sportive de Tunis, le Taraji Store © Espérance sportive de Tunis / Taraji Store

Et les joueurs de l’Espérance là-dedans ? Ils gagnent bien leur vie : les salaires mensuels les plus élevés atteignent environ 30 000 dollars. Les mieux payés sont généralement les internationaux tunisiens, tels Anice Badri, Khalil Chemmam ou Yassine Khenissi. À noter que les joueurs étrangers touchent des salaires qui sont nets d’impôts.

La masse salariale mensuelle dépasse les 300 000 dollars. Les gains amassés lors de la conquête des deux dernières Ligues des champions permettent à l’Espérance de verser des primes assez conséquentes, se situant autour de 35 000 dollars par joueur.

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