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Football – Grégoire Ndjaka : « Si un groupe veut faire exploser les droits TV en Afrique, il se trompe »

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Mis à jour le 02 janvier 2020 à 16h47
Grégoire Ndjaka, directeur général de l’Union africaine de radiodiffusion (UAR)

Grégoire Ndjaka, directeur général de l’Union africaine de radiodiffusion (UAR) © UAR

Le Camerounais Grégoire Ndjaka, directeur général de l’Union africaine de radiodiffusion (UAR), suit de près les bouleversements audiovisuels sur le continent. Il rappelle que l’organisation qu’il dirige entend veiller au réalisme des droits de transmission TV des matchs de la CAN et du CHAN.

Jeune Afrique : Le contrat entre la Confédération africaine de football (CAF) et Lagardère a été rompu, à l’initiative de l’instance. Comment analysez-vous ce coup de tonnerre ?

Grégoire Ndjaka : La CAF a expliqué avoir pris cette décision en raison d’un jugement rendu par la justice égyptienne. J’ai été, comme tout le monde, assez étonné, car nous avions l’impression qu’entre la CAF et Lagardère, les choses fonctionnaient normalement depuis un certain temps.

Quand le contrat à un milliard de dollars a été signé, en 2017 (par Issa Hayatou, ancien président de la CAF, ndlr), j’avais trouvé que sa durée (onze ans) était très longue, mais que le montant était intéressant pour le football africain. Si la CAF y a mis fin, avec toutes les conséquences que cela peut avoir, c’est qu’elle sait déjà qui va remplacer Lagardère.

On évoque les Chinois de Wanda Group…

Nous verrons bien qui sera choisi, et quel sera le montant du contrat. On parle d’argent, toujours et encore, mais ce n’est pas tout. Il faut voir comment il est utilisé, quelles sont les retombées pour le football africain.

Il faut que ceux qui remplaceront Lagardère comprennent bien une chose : venir avec l’idée qu’en Afrique, on va se faire beaucoup d’argent est à mon avis une erreur. Les choses sont bien plus complexes.

Craignez-vous une explosion du montant des droits télé en Afrique ?

L’UAR sera là pour rappeler certaines choses au nouveau partenaire de la CAF, si on sent une volonté de faire flamber les tarifs. On ne peut pas demander aux chaînes de télévisions africaines, dont beaucoup ont des moyens financiers assez limités, de consacrer plus du tiers de leur budget pour les droits de retransmission. Il faut être réaliste.

Si un groupe arrive en Afrique avec l’intention de faire exploser les tarifs, il se trompe. L’UAR est là pour protéger ses membres. Et elle n’a pas vocation, comme je l’ai souvent répété, à faire augmenter le montant de la commercialisation des droits.

La CAF avait confié à l’UAR les droits de retransmission de la CAN 2019. Quel bilan en tirez-vous ?

Je rappelle que ce sera aussi le cas pour la CAN 2021, ainsi que pour d’autres compétions, dont le CHAN en 2020 au Cameroun. Cette compétition aura lieu, en dépit des rumeurs sur une possible annulation. Pour en revenir à la CAN, nous avions les droits pour l’Afrique subsaharienne, et je pense que la CAF s’est montrée satisfaite.

Bien sûr, on peut toujours améliorer des choses, mais par rapport au fiasco de la Coupe du monde 2018, quand plusieurs pays africains avaient été privés de retransmission, cela n’a rien à voir. L’UAR, aujourd’hui, compte plus de 30 membres. Nous avons un rôle à jouer. On connaît l’Afrique, qui est un terrain difficile, complexe. L’UAR est aujourd’hui en mesure de se positionner sur différents dossiers.

Et financièrement, les choses s’améliorent. Quand j’ai été nommé directeur général, il restait environ 15 millions de francs CFA dans les caisses. Des économies ont été faites, car c’était nécessaire.

Gianni Infantino, le président de la Fifa, a récemment déclaré qu’il souhaitait la création d’une Ligue africaine, regroupant vingt clubs. Qu’en pensez-vous ?

Nous attendons des précisions supplémentaires. Il a parlé d’une compétition pouvant générer 200 millions d’euros. Attendons d’en savoir plus. Mais pourquoi pas ? Il ne faut pas enterrer cette idée, ou se mettre à la critiquer, sans en connaître le contenu.

Certains estiment que cela pourrait gravement affaiblir la Ligue des champions et les championnats nationaux…

Les championnats nationaux africains fonctionnent mal, à l’exception de quelques-uns. C’est pourquoi les jeunes joueurs cherchent à rejoindre au plus vite l’Europe ou l’Asie. Infantino parle de construire de nouveaux stades. Cela dit la question ne concerne pas uniquement la construction des stades, mais plutôt l’utilisation qu’on en fait.

Dirigeant, c’est une vraie fonction. Il faut savoir lire et comprendre un budget

Les pouvoirs publics, dans plusieurs pays, ont construit des stades. Le problème, en Afrique, c’est que beaucoup de présidents de clubs ou de fédérations n’ont pas forcément des compétences de gestion. Ils considèrent leur élection comme un aboutissement, qui va leur permettre d’en tirer profit en faisant construire sa maison au village ou en envoyant les enfants dans de bonnes écoles. Dirigeant, c’est une vraie fonction. Il faut savoir lire et comprendre un budget, un bilan comptable.

Gérer des stades, c’est un métier, car c’est un endroit qui doit vivre, et pas seulement le jour du match, un endroit qui doit être entretenu. Je vous invite à aller au Gabon, pour voir dans quel état sont certains stades qui ont accueilli la CAN 2017, stades qui ont été bâtis avec de l’argent public. Alors, formons les dirigeants aux règles de gestion, de comptabilité, de management, pour que le foot africain s’améliore économiquement…

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