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Les dessous du bras de fer entre Sonatel et les ex-PCCI au Sénégal

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Le siège de Sonatel à Dakar.

Le siège de Sonatel à Dakar. © Clément Tardif/Jeune Afrique/2017

Fin décembre 2019, l’opérateur Orange-Sonatel a été condamné par la justice sénégalaise à payer 404,5 millions de francs CFA pour un litige l’opposant aux salariés de la société PCCI, spécialisée dans la relation client et prestataire de l’opérateur.

L’opérateur Orange-Sonatel a fait appel, le 30 janvier, d’une condamnation formulée fin décembre par le tribunal de grande instance (TGI) hors classe de Dakar l’intimant de payer une amende de 404,5 millions de francs CFA, soit plus de 615 000 euros, dans une affaire d’arriérés de salaires l’opposant à 145 salariés de la société de relation client, Premium contact center international (PCCI).

Dans un document, que Jeune Afrique a pu consulter, l’opérateur sénégalais se dit « totalement étranger » au contentieux et déroule son argumentaire.

L’affaire remonte à la fin de l’année 2017, quand PCCI – créée en 2001 avec le soutien des hommes d’affaires Yérim Sow, Abdallah Sarré et Abdoulaye Mboup -, connaît des difficultés financières à la suite d’un développement international trop ambitieux.

14 mois sans salaires

L’entreprise – dont les clients sont, entre autres, Orange, Canal + et MTN -, et qui revendique quelque 5 000 employés à travers l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique, n’est alors pas en mesure de régler les salaires de ses 1 800 collaborateurs sénégalais. La situation dure 14 mois et pousse un groupe de collaborateurs de PCCI à se retourner contre leur employeur, puis ses principaux partenaires, Orange et le groupe bancaire Ecobank. Leur but : bloquer les sommes dues par l’opérateur et la banque à PCCI en attendant la fin du contentieux.

Dans une ordonnance formulée le 5 février 2018, le tribunal du travail hors classe de Dakar accorde une première victoire à l’ex-PCCI en ordonnant une « saisie sur tiers », qui permet à leurs avocats de saisir les créances en cours de Sonatel. Mais l’opérateur refuse : « lorsque l’huissier a présenté l’acte de saisi contre PCCI, Sonatel a déclaré la réalité, c’est-à-dire que PCCI avait déjà nanti lesdites sommes au profit d’Ecobank, à qui PCCI devait des créances », explique Sonatel dans le document transmis à Jeune Afrique par son service contentieux, qui ne précise pas de montant.

À la tête du collectif des 145 ex-employés du centre d’appel de PCCI à Dakar, Youssoupha Ndao, joint par Jeune Afrique, explique que « Sonatel a essayé de soustraire l’argent à nos avocats », ce qui a amené ces derniers à formuler un recours auprès du tribunal de commerce hors classe de Dakar. Celui-ci condamne la Sonatel le 1er juillet 2019 à payer le montant de 404,5 millions de francs CFA – une somme due initialement par PCCI – aux 145 plaignants.

Sonatel se dit étrangère au dossier

La Sonatel parvient à faire appel de la décision, renvoyant le contentieux vers le TGI hors classe de Dakar, qui confirme la décision du tribunal de commerce en faveur des ex-employés de PCCI, le 27 décembre 2019.

Dans son communiqué, l’entreprise se considère « totalement étrangère » au dossier et affirme qu’un acte de créances « a bien été signé entre Ecobank et la société PCCI, le 12 juin 2018, par lequel PCCI accepte que les créances que lui doit Sonatel soient nanties au profit d’Ecobank. Ce nantissement de créance a été inscrit au registre du commerce et du crédit mobilier le 3 août 2018 », peut-on lire dans le document. Sonatel confirme par ailleurs que des saisies sur ses comptes bancaires ont été effectuées le 29 janvier dernier.

De son côté, Youssoupha Ndao, ex-auditeur qualité de PCCI, multiplie les prises de paroles à la presse, dénonçant les « pratiques frauduleuse de Sonatel » et invoquant « un combat de principe qui veut contribuer à imposer la culture de l’action collective au Sénégal », déclare-t-il à Jeune Afrique.

Le 14 février un sit-in devant le siège de l’opérateur à Dakar a été organisé par le collectif des 145 ex-employés de PCCI. Bien qu’ayant notifié leur volonté de manifester, ces derniers n’ont pas reçu l’autorisation de la préfecture de Dakar pour cette opération et ont été délogés par les forces de l’ordre.

Youssoupha Ndao explique vouloir désormais s’attaquer à la certification COPC de Sonatel, une norme qui garantie la qualité de la gestion de la relation client des entreprises et qui implique notamment des engagements en matière de turn-over chez les prestataires de service et en matière de management des collaborateurs.

Interrogé par Jeune Afrique, un ancien cadre de PCCI s’étonne pour sa part de voir Sonatel visée par les salariés de PCCI, sans commenter l’affaire davantage. Contactée à plusieurs reprises par téléphone, l’entreprise dont le site internet est actuellement en maintenance, n’a pas donné suite à nos sollicitations. La prochaine audience auprès du TGI hors classe de Dakar se tiendra le 6 mars.

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