Justice

Côte d’Ivoire : Charles Blé Goudé condamné à 20 ans de prison et 10 ans d’inéligibilité

| Par Jeune Afrique avec AFP
Mis à jour le 31 décembre 2019 à 08h17
Charles Blé Goudé, le 5 juin 2019 aux Pays-Bas.

Charles Blé Goudé, le 5 juin 2019 aux Pays-Bas. © Wiebe Kiestra pour JA

Charles Blé Goudé a annoncé lundi avoir appris sa condamnation à vingt ans de prison par la justice ivoirienne lors d’une audience à Abidjan le même jour. L’ex-chef des Jeunes patriotes ivoiriens a également été condamné à 10 ans de privation de ses droits civiques.

Selon Charle Blé Goudé, joint par téléphone à La Haye où il est en liberté conditionnelle après son acquittement par la Cour pénale internationale (CPI), la justice ivoirienne l’a condamné par contumace à « 20 ans de prison, 10 ans de privation de ses droits civiques, 200 millions de francs CFA » (300 000 euros) de dommages et intérêts à verser aux victimes.

Le tribunal a en outre délivré un mandat d’arrêt contre lui, a-t-il par ailleurs affirmé, se disant « surpris par ce verdict », prononcé sans la présence d’un avocat.

Il était accusé par la justice ivoirienne d’ »actes de torture, homicides volontaires et viol », avaient indiqué ses avocats le 18 décembre, jour où son procès devait s’ouvrir.

L’un de ses avocats, Me Suy Bi Gohoré, avait alors affirmé que le président du tribunal criminel d’Abidjan avait « retiré l’affaire du rôle » dans l’attente de l’examen d’un pourvoi en cassation formulé par lui, fondé sur l’absence de l’accusé et sur d’autres vices de forme dans la procédure.

Les avocats avaient dénoncé une « violation flagrante » des droits de Charles Blé Goudé, du fait de son impossibilité à assister à son procès. Ils n’étaient pas joignables dans l’immédiat lundi soir.

Blé Goudé avait été transféré par les autorités ivoiriennes à la CPI en 2014. Avec son ancien mentor, l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo, il a été jugé pour crimes contre l’humanité. Tous deux ont été acquittés début 2019 et placés en liberté conditionnelle dans l’attente de l’examen de l’appel formulé par la procureure de la CPI.

Charles Blé Goudé ne peut pas rentrer en Côte d’Ivoire tant que la procédure n’est pas terminée.

« Général de la rue »

Son parti, le Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples, avait dénoncé un « harcèlement politique contre son président ».

L’ancien « général de la rue », ainsi surnommé pour sa capacité à mobiliser les partisans de Laurent Gbagbo, a annoncé en juin avoir des ambitions présidentielles à long terme, après la prochaine élection d’octobre 2020.

Le mouvement des Jeunes patriotes a souvent été qualifié de milice par les détracteurs de Charles Blé Goudé et par des ONG internationales. Ces dernières considèrent que Charles Blé Goudé a été l’un des principaux acteurs de la montée de la tension en Côte d’Ivoire dans la décennie 2000, qui a culminé en 2010-2011 avec les violences post-électorales ayant fait plus de 3 000 morts.

Un mandat d’arrêt contre Soro

L’annonce de la condamnation de Blé Goudé survient huit jours après le début de l’affaire Guillaume Soro. L’ex-chef de la rébellion ivoirienne des années 2000, et ancien président de l’Assemblée nationale, actuellement en France, est visé par un mandat d’arrêt international de la justice ivoirienne, qui l’accuse de « complot » et d’avoir préparé « une insurrection civile et militaire » pour s’emparer du pouvoir.

Lors de l’annonce du procès Blé Goudé le 7 novembre, le procureur général de la Cour d’appel d’Abidjan Léonard Lebry avait réfuté tout agenda politique dicté par le pouvoir à un moins d’un an de la présidentielle d’octobre 2020 qui s’annonce tendue.

Le droit sera appliqué à tous, candidat ou pas

Des membres de l’opposition estiment que le pouvoir du président Alassane Ouattara met tout en oeuvre pour empêcher le retour au pays de l’ancien président Laurent Gbagbo, également en liberté conditionnelle en Europe (en Belgique) dans l’attente de la décision de la CPI.

Laurent Gbagbo a été condamné début novembre en appel à 20 ans de prison pour le « braquage » de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest pendant la crise post-électorale de 2010-11.

Le président Ouattara a déclaré samedi que « nul ne sera autorisé à déstabiliser la Côte d’Ivoire » et que « le droit sera appliqué à tous, candidat ou pas ».

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