Politique

Cameroun : crises sécuritaires, crispation politique, émeutes à Kondengui… les temps forts de 2019

Un supporter de l'équipe de football du Cameroun, en 2015. Photo d'illustration.

Un supporter de l'équipe de football du Cameroun, en 2015. Photo d'illustration. © Sunday Alamba/AP/SIPA

De l’arrestation de Maurice Kamto au Grand Dialogue national, en passant par les émeutes spectaculaires en prison et la crise dans les régions anglophones, retour sur les six faits ayant marqué l’actualité au Cameroun en 2019.

La première année du nouveau septennat du président Paul Biya, réélu fin 2018 pour un septième mandat à la tête du Cameroun, n’aura pas été de tout repos pour le locataire du palais d’Etoudi.

Outre la contestation des résultats de la présidentielle, ayant conduit à une crise politique majeure, l’autorité de l’État a été sérieusement ébranlée par la situation sécuritaire précaire dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Retour sur six temps forts de l’année 2019 au Cameroun.

28 janvier – Arrestation de l’opposant Maurice Kamto

Maurice Kamto, président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun, candidat à la présidentielle camerounaise d'octobre 2018.

Maurice Kamto, président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun, candidat à la présidentielle camerounaise d'octobre 2018. © Youtube

Alors qu’il déjeune en compagnie de ses alliés politiques Albert Dzongang et Penda Ekoka, le leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) Maurice Kamto est notifié d’un mandat d’arrêt, mis sous mandat de dépôt dans les services de la police judiciaire à Douala, puis conduit à Yaoundé.

Deux jours plus tôt, le challenger de Paul Biya à la présidentielle d’octobre 2018 était descendu dans la rue avec ses alliés politiques et partisans pour contester les résultats de cette élection, à l’issue de laquelle il avait obtenu 14,23%, selon les chiffres proclamés par le Conseil constitutionnel.

Maurice Kamto et ses alliés sont traduits devant le tribunal militaire et inculpés de huit chefs d’accusation, dont « hostilité contre la patrie ». On leur reproche notamment d’avoir orchestré les casses observées dans les ambassades du Cameroun à Paris et Berlin le jour de la manifestation du MRC. Ils encourent la peine de mort.

16 février – Kidnapping de 200 élèves à Kumbo

Jamais autant de personnes n’avaient été enlevées en une seule prise depuis le début de la crise anglophone, fin 2016. Ce jour-là, 200 élèves du collège Saint-Augustin de Kumbo, localité située à environ 80 kilomètres de Bamenda (Nord-Ouest) ont été kidnappés alors qu’ils se trouvaient sur le campus de leur école.

Triste épisode d’une série de rapts, devenu le quotidien des populations des régions du Nord-ouest et du Sud-Ouest, et surtout le signe de l’enlisement de la situation sécuritaire dans cette zone.

Les otages seront finalement libérés 24 heures plus tard, après d’intenses négociations avec les ravisseurs. L’école a depuis rouvert ses portes, mais l’insécurité demeure une épineuse problématique dans le cadre de la crise anglophone.

31 mai – Incendie à la Sonara

C’est l’un des faits majeurs de l’actualité économique au Cameroun en 2019. Il est environ 21h30 lorsque l’explosion de deux cuves de la Société national de raffinerie (Sonara) provoque un grave incendie sur le site pétrolier de la compagnie. Dans la foulée, la direction générale annonce l’arrêt de production de toutes ses unités pour une période indéterminée, évoquant un cas de force majeure.

Les experts évoquent un arrêt qui s’étendra sur au moins deux ans. L’impact de l’incendie est considérable. Il se fait ressentir jusque dans le secteur bancaire, qui menace de s’embraser, en raison de l’important encours de sa dette. Depuis, le Cameroun importe de nouveau des hydrocarbures, le temps de la remise en service de cette entreprise.

22 juillet – Émeutes à la prison centrale de Kondengui

La prison centrale de Yaoundé (illustration)

La prison centrale de Yaoundé (illustration) © Capture écran/YouTube/Ris Radio

Scènes de guerre à l’intérieur de la prison centrale de Kondengui, la plus importante du pays. Ce 22 juillet, des centaines de détenus s’attaquent aux forces de sécurité, lesquelles ripostent en larguant balles non létales et gaz lacrymogène pour annihiler le mouvement de protestation qui ébranle le pénitencier.

À l’origine de cette mutinerie : les conditions de détention, jugées inhumaines par les prisonniers, ainsi que les lenteurs administratives observées dans le traitement de leurs dossiers.

En première ligne du côté des mutins, figurent les détenus arrêtés dans le cadre de la crise anglophone en attente de jugement, et certains militants du MRC interpellés lors de manifestations de leur parti. Près de 200 personnes seront jugées à la suite de cette émeute, et plusieurs dizaines condamnées. Parmi ces derniers, le vice-président du MRC, Mamadou Mota.

2 septembre – Les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest déclarées économiquement sinistrées

C’est par un décret signé du Premier ministre camerounais Joseph Dion Ngute que le Cameroun a officiellement accordé aux régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de l’Extrême-Nord frappé par Boko-Haram le statut de zones économiquement sinistrées.

Le gouvernement entend ainsi encourager la reprise économique de ces régions, par le biais de facilités accordées aux investisseurs. Le décret précise par exemple que les entreprises qui s’installeront dans ces trois régions bénéficieront d’« éxonération de taxes et d’impôts pendant une période de trois ans ».

Selon le groupement inter-patronal du Cameroun, la crise dans les régions anglophones a fait perdre près de 800 milliards de Francs CFA aux entreprises camerounaises.

4 octobre – Libération d’opposants politiques

Joseph Dion Ngute, le Premier ministre camerounais, lors de l'ouverture du dialogue national à Yaoundé, le 30 septembre 2019.

Joseph Dion Ngute, le Premier ministre camerounais, lors de l'ouverture du dialogue national à Yaoundé, le 30 septembre 2019. © DR / Dialogue national

Vingt-quatre heures après la fin du Grand dialogue national convoqué par Paul Biya pour trouver des solutions à apporter à la crise anglophone, le président camerounais poursuivait cet élan d’apaisement en actant plusieurs libérations, dont celle de Maurice Kamto.

Le 5 octobre, le tribunal militaire de Yaoundé ordonnait ainsi la remise en liberté du principal opposant camerounais et de tous les partisans présents à ses côtés, après plus de huit mois de détention et d’intenses tractations.

Le leader du MRC annonçait dans la foulée la possibilité de participer aux élections législatives du 9 février 2020. Finalement, il décidera quelques semaines plus tard de la non-participation du MRC aux législatives et aux municipales, en raison de la crise anglophone et du passif électoral toujours pas soldé.

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