Société

Maroc : l’année 2019 se referme sur des débats en suspens

Des Marocains se sont mobilisés pour soutenir Hajar Raïssouni, lundi 9 septembre 2019 à Rabat (image d’illustration).

Des Marocains se sont mobilisés pour soutenir Hajar Raïssouni, lundi 9 septembre 2019 à Rabat (image d’illustration). © Mosa'ab Elshamy/AP/SIPA

De la déroute des Lions de l’Atlas aux débats sur les libertés individuelles qui ont accompagné la condamnation de la journaliste Hajar Raïssouni, en passant par le remaniement du gouvernement de Saadeddine El Othmani, retour sur cinq temps forts de l’actualité marocaine en 2019.

L’actualité foisonnante en Algérie et en Tunisie a parfois éclipsé les événements de 2019 au Maroc. Un coup d’œil dans le rétroviseur permet toutefois de comprendre que l’année se referme en laissant en suspens de nombreuses interrogations.

L’affaire Hajar Raïssouni et la création de la commission spéciale sur le modèle de développement promettent en effet d’importants débats sur les questions socio-économiques et les libertés individuelles.

2019 aura également été l’année des remaniements. Au sein du gouvernement, du syndicat patronal, mais aussi dans le staff technique de l’équipe nationale. Tour d’horizon.

La déroute des Lions de l’Atlas

Le Béninois Jodel Dossou au duel avec le Marocain Da Costa, le 5 juillet 2019 au Caire.

Le Béninois Jodel Dossou au duel avec le Marocain Da Costa, le 5 juillet 2019 au Caire. © Ariel Schalit/AP/SIPA

La défaite des Lions de l’Atlas face au Bénin en juillet, en huitièmes de finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) aux tirs au but, a eu un dur effet de désillusion après une année 2018 payante pour l’équipe du Maroc.

Les plus optimistes veulent croire à un effet électrochoc. Dans la foulée de la défaite, Vahid Halilhodzic – qui avait emmené le onze algérien en Coupe du monde en 2014 – a remplacé Hervé Renard au poste de sélectionneur. Le staff technique a en partie été renouvelé.

Halilhodzic est passé en coup de vent en 1997 au Maroc mais a laissé un bon souvenir : il avait remporté la Ligue des Champions d’Afrique avec le Raja Casablanca. Les Lions vont-ils se relever ? Le onze marocain entame 2020 sur une note positive, après avoir pris la tête de son groupe – certes plutôt facile – des éliminatoires de la CAN 2021.

Hajar Raïssouni, l’indignation

Des Marocains se sont mobilisés pour soutenir Hajar Raïssouni, lundi 9 septembre 2019 à Rabat (image d’illustration).

Des Marocains se sont mobilisés pour soutenir Hajar Raïssouni, lundi 9 septembre 2019 à Rabat (image d’illustration). © Mosa’ab Elshamy/AP/SIPA

L’arrestation d’une jeune journaliste en août et sa condamnation à la prison ferme en septembre pour « avortement illégal » et « relations sexuelles hors mariage » a relancé le débat sur les libertés individuelles et celles de la presse. Après un mois et demi de détention, Hajar Raïssouni a bénéficié d’une grâce royale.

La médiatisation de cette affaire a incité militants et intellectuels à créer un collectif qui a pétitionné à la fin de l’année auprès du Parlement, profitant d’une nouveauté de la Constitution de 2011, pour demander l’abrogation des lois pénalisant l’adultère ou l’homosexualité. Un projet de réforme du Code pénal est en cours d’examen au Parlement.

Bien que le parquet de Rabat a assuré que l’arrestation de Hajar Raïssouni n’avait « rien à voir avec sa profession », des voix, à l’instar de celle d’Ahmed Réda Benchemsi, directeur de la communication de l’ONG Human Rights Watch (HRW) pour la zone Maghreb-Moyen-Orient, dénoncent des atteintes répétées à la liberté d’expression durant l’année 2019.

Celle-ci s’est également terminée par une manifestation de plusieurs centaines de personnes à Rabat pour dénoncer l’incarcération, fin décembre, d’Omar Radi, journaliste et blogueur engagé, accusé d’« outrage à magistrat », remis le 31 décembre en liberté provisoire.

Ciao Mezouar

Salaheddine MEZOUAR, ex-président de la CGEM, Confédération Générale des Entreprises du Maroc.

Salaheddine MEZOUAR, ex-président de la CGEM, Confédération Générale des Entreprises du Maroc. © Hassan OUAZZANI/JA

Le communiqué du ministère des Affaires étrangères désavouant le président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), Salaheddine Mezouar, a fait l’effet d’une petite bombe. Lui-même ex-ministre des Affaires étrangères, il avait été élu à la tête du syndicat patronal au printemps 2018.

Mais ses commentaires sur l’Algérie n’étaient pas les bienvenus, et Salaheddine Mezouar a présenté sa démission en octobre. Selon des médias marocains, le chef du patronat avait salué, lors d’un forum économique international à Marrakech, « le mouvement pacifique que connaît l’Algérie » et avait estimé que « l’armée au pouvoir » se devait « de composer avec le peuple pour ouvrir la voie à la démocratisation du pays ».

« La CGEM ne peut se substituer au gouvernement de sa Majesté le roi dans la prise de position sur les questions internationales et notamment le développement dans ce pays voisin. La position du royaume du Maroc à ce sujet est claire et constante », a tenu à préciser le département, piloté par Nasser Bourita.

L’événement a été l’occasion de rappeler la position de Rabat au sujet de l’actualité algérienne : « Le royaume du Maroc a décidé de s’en tenir a une attitude de non-ingérence par rapport aux développements en Algérie (…). Il n’a ni à se mêler des développements internes que connaît ce pays voisin, ni à les commenter ».

La CGEM, quant à elle, entame l’année 2020 avec un président intérimaire, Mohamed Bachiri, directeur général de la Somaca (usine Renault à Casablanca).

Othmani II : un gouvernement resserré

Saadeddine El Othmani, le chef du gouvernement marocain.

Saadeddine El Othmani, le chef du gouvernement marocain. © Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

En octobre, après bien des rumeurs, le chef du gouvernement Saadeddine El Othmani a présenté sa nouvelle équipe. Le remaniement ne touche pas aux fondamentaux : les ministères régaliens, en dehors de la Justice, restent entre les mêmes mains.

En revanche, le cabinet est largement resserré, passant de 39 à 23 membres. La principale surprise a été la nomination de Nadia Fettah, ancienne directrice générale de Saham Finances, appelée au Tourisme.

Avant le remaniement ministériel, le PPS, de gauche, avait claqué la porte du gouvernement. La coalition gouvernementale, bâtie en partie sur la collaboration entre le PJD et le Rassemblement national des indépendants (RNI), n’efface pas les désaccords profonds entre les deux formations. Alors que le RNI se prépare déjà aux futures législatives, le PJD s’est même rapproché avec timidité de son ancien ennemi juré, le Parti authenticité et modernité (PAM), aujourd’hui dans l’opposition.

Vers un nouveau contrat social ?

Le chef de la Nation a dit cette année espérer voir « émerger un nouveau contrat social ». En décembre, les 35 membres de la commission spéciale sur le modèle de développement, décidée par Mohammed VI et présidée par l’ambassadeur en France, Chakib Benmoussa, ont lancé leurs travaux.

Une exploitation agricole à Ouarzazate, dans le sud du Maroc, en février 2016.

Une exploitation agricole à Ouarzazate, dans le sud du Maroc, en février 2016. © Mosa’ab Elshamy/AP/Sipa

Le débat sur le modèle de développement, impulsé par le discours de Mohammed VI devant le Parlement en 2018, commençait à prendre dans la société civile quand l’ONG Oxfam a publié en avril un rapport qui a fait du bruit. Le document, intitulé « Un Maroc égalitaire, une taxation juste », reconnaît que la croissance de ces vingt dernières années a permis une réduction sensible du taux de pauvreté.

Mais, pointe le même rapport, les inégalités ne reculent quasiment pas. En cause, notamment, une fiscalité inéquitable selon Oxfam, qui souligne que c’est dans l’accès à la santé et à l’éducation que les inégalités sont les plus criantes.

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