Football

Les tops et les flops du football africain en 2019

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Djamel Belmadi, Samuel Eto’o, Mohamed Salah et la finale la Ligue des Champions entre l’Espérance Tunis et le WAC Casablanca.

Djamel Belmadi, Samuel Eto’o, Mohamed Salah et la finale la Ligue des Champions entre l’Espérance Tunis et le WAC Casablanca. © Montage JA

De belles surprises, une fin de carrière pour un immense joueur, un sélectionneur acclamé, mais aussi une CAF en difficulté, un football camerounais jamais apaisé et un triste conflit entre un club et un joueur… Retour sur une année 2019 riche et animée pour le football africain.

LES TOPS

  • Djamel Belmadi, l’année de la consécration
Le sélectionneur de l'Algérie, Djamel Belmadi, fêté par ses joueurs après la victoire en finale de la CAN 2019 face au Sénégal, le 19 juillet au Caire, en Égypte.

Le sélectionneur de l'Algérie, Djamel Belmadi, fêté par ses joueurs après la victoire en finale de la CAN 2019 face au Sénégal, le 19 juillet au Caire, en Égypte. © Ariel Schalit/AP/SIPA

Il est discret, évite autant que possible les interviews, et aurait pu monnayer ses services dans le Golfe Persique pour un salaire peut-être huit ou dix fois supérieur à celui qu’il touche en tant que sélectionneur de l’Algérie, estimé depuis sa revalorisation à environ 75 000 euros par mois.

Mais l’ancien milieu de terrain de Marseille n’a pas cédé aux offres venues d’ailleurs. La conquête de la CAN, après 29 ans d’attente, lui a donné des idées : qualifier l’Algérie pour la CAN 2021 au Cameroun et pour la Coupe du Monde 2022 au Qatar, où Djamel Belmadi a débuté sa carrière d’entraîneur et où il s’est installé.

En Égypte, l’Algérie avait séduit tout le monde grâce à la qualité de son jeu, sa discipline et son organisation tactique. Trois caractéristiques qui collent bien à la personnalité du quadragénaire (42 ans), réputé rigoureux.

  • Samuel Eto’o a tiré sa révérence
À JA, le 6 novembre. L’ancien capitaine des Lions indomptables a été sacré à quatre reprises meilleur joueur africain de l’année.

À JA, le 6 novembre. L’ancien capitaine des Lions indomptables a été sacré à quatre reprises meilleur joueur africain de l’année. © Vincent Fournier/JA

Un peu moins d’un an après que Didier Drogba a annoncé la fin de sa carrière, en novembre 2018, c’est un autre grand nom du football africain qui a décidé de dire stop au mois de septembre dernier, après une dernière pige au Qatar.

Samuel Eto’o (38 ans), qui a ouvert le débat en s’autoproclamant meilleur joueur africain de l’histoire, aura joué dans certains des plus grands clubs européens (FC Barcelone, Inter Milan, Chelsea), gagné beaucoup de titres et d’argent, et complété son CV de quelques trophées avec les Lions Indomptables camerounais.

L’ancien avant-centre n’a pas l’intention de rester inactif : conseiller personnel d’Ahmad Ahmad, étudiant à Harvard, homme d’affaires,… Eto’o sera un retraité actif. Ses buts vont nous manquer. Mais on attend déjà ses prochaines punchlines.

  • Les Comores comme Madagascar ?

Affiliées à la FIFA depuis seulement 2005, les Comores ne pesaient rien sur la scène du football africain il y a encore trois ans. Depuis, le petit archipel, dont la fédération est pilotée, sur décision de la FIFA, par un comité de normalisation, ne cesse de progresser.

Avec un sélectionneur – Amir Abdou – dont le salaire culmine à environ 4 000 euros par mois, sans joueur internationalement connu, et avec des moyens particulièrement limités, les Comoriens font des miracles. Cette année, ils ont battu le Togo à Lomé (1-0) et fait match nul contre l’Égypte (0-0) en qualification pour la CAN 2021 – ce qui ouvre la voie à une participation historique -, et dominé la Guinée (1-0) en amical. Les insulaires semblent s’inspirer de leurs voisins malgaches, sortis de l’ombre pour fréquenter aujourd’hui les sommets du football africain.

  • Mirvat Hussein, la détermination payante

Ce qu’a réussi Mirvat Hussein, en charge du football féminin à la Fédération soudanaise, est digne d’une performance sportive de très haut niveau. À force d’obstination et de pédagogie, elle a réussi à faire de son projet – la création d’un championnat féminin – une réalité, depuis la fin du mois de septembre dernier.

Évidemment, dans un pays où les traditions ont un poids certain mais qui s’ouvre depuis la chute de l’ex-président Omar El-Bechir, cette petite révolution ne passe pas facilement. En particulier aux yeux des islamistes, toujours très influents.

Qu’importe : Mirvat Hussein et ses (nombreux) soutiens gardent le cap. Mieux, une sélection nationale féminine va être créée, et pourra prendre part aux compétitions organisées par la FIFA et la CAF.

  • Somalie, le grand retour

La sélection nationale a accompli l’une des performances les plus retentissantes de l’année en battant le Zimbabwe, en tour préliminaire des qualifications pour la Coupe du Monde 2022 (1-0). Le match retour, perdu 1-3, a scellé le sort d’une équipe qui n’avait plus gagné depuis le 3 janvier 2009 face à la Tanzanie (1-0) et qui restait sur un nul et 26 défaites de rang.

Les clubs somaliens ont également fait leur retour en coupe d’Afrique, une première depuis 1990. Pour des raisons de sécurité, la sélection et les clubs ne peuvent pas jouer à Mogadiscio. Mais cette renaissance du football somalien a permis de parler autrement d’un pays de nouveau meurtri, fin décembre, par un attentat très meurtrier, dont les islamistes shebab ont été tenus pour responsables par les autorités.

LES FLOPS

  • L’Égypte rate sa CAN
Mohamed Salah, aux Best FIFA Football Awards, en 2018 à Londres.

Mohamed Salah, aux Best FIFA Football Awards, en 2018 à Londres. © Frank Augstein/AP/SIPA

On présentait les Pharaons comme les grands favoris de cette CAN attribuée à l’Égypte, après que le Cameroun a été prié de s’activer pour accueillir l’édition 2021. Oui, on voyait déjà les septuples champions d’Afrique gros comme les Pyramides, mais tout le monde s’est trompé.

Mohamed Salah n’a pas vraiment brillé, et la sélection, après un premier tour maîtrisé sans grand brio, a été éjectée de sa compétition dès les huitièmes de finale par des Sud-Africains qui en rigolent encore (0-1). Dans la foulée, le sélectionneur mexicain Javier Aguirre et son staff au complet ont été virés par le président de la fédération, lequel a démissionné une fois les basses besognes accomplies. Depuis, l’Égypte tente de redresser la tête, mais les derniers résultats – nuls contre le Kenya (1-1) et les Comores (0-0) – n’ont rassuré personne au bord du Nil…

  • Ah, le Cameroun…
Toni Conceiçao a été nommé sélectionneur des Lions indomptables du Cameroun.

Toni Conceiçao a été nommé sélectionneur des Lions indomptables du Cameroun. © Capture d’écran YouTube/JA

Le football camerounais reste un fournisseur émérite de petites et grosses polémiques. En 2019, on a donc eu droit au licenciement du sélectionneur néerlandais Clarence Seedorf sur ordre du ministre des Sports, Narcisse Mouelle Kombi, après l’élimination des Lions Indomptables, tenants du titre, en huitièmes de finale de la CAN par le Nigeria (2-3).

Puis à la nomination, toujours par le même ministre, d’un technicien portugais, Antonio Conceiçao Da Silva Oliveira, dit « Toni Conceiçao », quasi inconnu, pour le remplacer, alors que Seydou Mbombo Njoya, le président de la fédération, n’était même pas à Yaoundé.

Une bisbille entre le ministre et le dirigeant a ensuite éclaté à propos des jeunes joueurs binationaux, que le sélectionneur des moins de 17 ans, Thomas Libiih, aurait bien voulu emmener au Brésil pour la Coupe du Monde. Motif du litige : un décret présidentiel interdisant aux binationaux de jouer pour les sélections de jeunes. Résultat : les joueurs concernés, dont le fils de Samuel Eto’o, ont été recalés, les Lionceaux ont été éliminés au premier tour, et tout le staff a été limogé.

  • La plus longue finale de l’histoire
Les joueurs de l'Espérance de Tunis célébrant leur victoire face au Wydad Casablanca, vendredi 31 mai en finale de Ligue des champions africaine.

Les joueurs de l'Espérance de Tunis célébrant leur victoire face au Wydad Casablanca, vendredi 31 mai en finale de Ligue des champions africaine. © YouTube/Spectrum TV

On ne va pas refaire le récit de la finale retour de la Ligue des Champions entre l’Espérance Tunis et le WAC Casablanca qui n’est pas allée à son terme, pour une histoire de VAR qui ne fonctionnait pas. Cela a pris des mois, entre recours devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) et batailles d’avocats, pour que la CAF, un peu dépassée par les évènements, décide d’attribuer le titre aux Tunisiens, ce que les Wydadis n’admettent pas.

L’affaire n’est peut-être pas terminée, puisque les Marocains ont déposé un nouveau recours devant le TAS. Mais l’image renvoyée aux yeux du monde entier n’est pas vraiment positive. Pour la finale 2020, en mai prochain, la CAF a décidé qu’elle se jouera en un match, sur terrain neutre. C’est bien. Mais avec une VAR qui fonctionne, ce serait mieux…

  • CAF, c’était pas son année…
Ahmad Ahmad, le président de la Confédération africaine de football, en mars 2017.

Ahmad Ahmad, le président de la Confédération africaine de football, en mars 2017. © Mosa’ab Elshamy/AP/SIPA

En plus de l’affaire de la finale de la Ligue des Champions, qui méritait bien un paragraphe à elle-seule, la Confédération Africaine de Football n’a pas vécu une année 2019 très sereine. Certes, la phase finale de la CAN en Égypte s’est déroulée sans problèmes majeurs, même si ce fût souvent devant des tribunes clairsemées. Mais pour le reste…

On se souvient qu’Ahmad Ahmad avait été tiré du lit par la police dans son hôtel parisien, en juin dernier, pour des soupçons de corruption, puis placé en garde à vue. La CAF fait aussi l’objet d’un audit de la FIFA, mené par la Sénégalaise Fatma Samoura, secrétaire générale de l’instance, que certains traduisent par une mise sous tutelle.

La rupture du contrat qui liait la CAF avec Lagardère pourrait par ailleurs coûter cher, le groupe français étant bien décidé à faire valoir ses droits.

Par ailleurs, la réforme de la Coupe du Monde des clubs engagée par la FIFA obligera la CAF à faire jouer la CAN 2021 en hiver, comme au bon vieux temps. Vivement 2020…

  • Les histoires d’amour finissent mal, en général…
Meschak Elia, aux côtés de Moïse Katumbi, président du TP Mazembe, en juillet 2019 à Lubumbashi.

Meschak Elia, aux côtés de Moïse Katumbi, président du TP Mazembe, en juillet 2019 à Lubumbashi. © DR / TP Mazembe

Grand espoir du football de la RDC, Meschak Elia tue désormais le temps en s’entraînant quelque part en Suisse. L’ancien attaquant du TP Mazembe devait signer en août dernier à Anderlecht. Il ne l’a pas fait, et depuis, c’est la guerre entre le buteur et les Corbeaux.

Dans le désordre, il est question de pressions, de menaces, d’agents trop influents, de fuite, d’asile politique, de protection policière. Une bien triste affaire, néfaste pour l’image des deux camps. Celui de Moïse Katumbi a déjà remporté une première victoire, en faisant suspendre le joueur pour un an. Elia, qui n’a plus joué depuis la CAN en Égypte, n’en restera sans doute pas là.

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