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Retour en grâce

L’approbation par le FMI du programme économique et financier du gouvernement ouvre de nouvelles perspectives en matière de programmes d’aide et de réduction de la dette extérieure.

Par - Jean-Dominique Geslin
Mis à jour le 20 décembre 2004 à 00:00

Enfin ! Le conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a approuvé à l’unanimité, le 6 décembre, le programme économique et financier de la République du Congo. Si la nouvelle n’a rien d’inattendu, elle n’est pas banale pour autant. Il aura fallu attendre sept ans, depuis le changement de régime en 1997, pour parvenir à une normalisation avec les institutions de Bretton Woods. Il est vrai qu’entre-temps la situation politique est demeurée mouvante, au moins jusqu’en décembre 1999, date de la cessation des hostilités entre l’armée et les miliciens rebelles, empêchant la mise en oeuvre d’un véritable programme postconflit. Ce n’est qu’avec la fin de la période de transition et la mise en place de nouvelles institutions, en 2002, que les négociations avec le FMI ont pu sérieusement progresser. Elles débouchent aujourd’hui sur un programme triennal (octobre 2004-septembre 2007) grâce auquel le pays va bénéficier d’une Facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance (FRPC). Montant : 44,3 milliards de F CFA (67,5 millions d’euros), dont environ 13 milliards pour la première année.
L’approbation de cet accord ouvre de nouvelles perspectives de financement puisque, dans la foulée, le conseil d’administration de la Banque mondiale a approuvé, le 7 décembre 2004, un prêt de 15 milliards de F CFA. Pour sa part, la Banque africaine de développement (BAD) a attribué, le 8 décembre, un don de 26 milliards de F CFA destiné à l’effacement de 33 % des arriérés de paiements du Congo vis-à-vis de l’institution. Grâce à l’apurement de ses dettes, le pays peut à nouveau bénéficier des programmes d’aide de la BAD ; celle-ci lui a d’ailleurs octroyé un appui budgétaire de 5,5 milliards de F CFA une semaine plus tard. Enfin, l’issue des négociations avec le FMI a permis le réexamen de la dette publique congolaise détenue par les créanciers bilatéraux réunis au sein du Club de Paris : le 15 décembre, ceux-ci ont annoncé l’annulation immédiate de 1,57 milliard de dollars et le rééchelonnement de 1,45 milliard de dollars, sur un montant de 4,69 milliards.
Cette reprise de la coopération avec le FMI facilite également l’accès aux financements concessionnels octroyés notamment par l’Union européenne, le Fonds international pour le développement agricole (Fida) ou encore l’Agence française de développement. Mais, au-delà des effets immédiats de son retour en grâce, Brazza devient du même coup éligible à l’initiative de réduction de la dette en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE). Un cadeau de grande valeur pour ce pays qui s’illustre par un taux d’endettement par habitant parmi les plus élevés au monde. La dette publique congolaise était estimée par le FMI à 8,57 milliards de dollars à la fin de l’année 2003. Grâce à ce traitement de faveur, le Congo devrait bénéficier dans les prochains jours d’une première annulation de 67 % du stock des arriérés et d’un rééchelonnement du reste de son ardoise sur vingt-cinq à quarante ans. À partir de là, le Congo entre dans le cycle PPTE. S’il atteint le point de décision (au plus tôt d’ici à juin 2005), il peut bénéficier d’une nouvelle annulation. Et s’il atteint le point d’achèvement (probablement en 2007), il peut obtenir un effacement pur et simple de 90 % du stock de sa dette extérieure. Cet allègement représenterait entre 2,7 milliards et 3 milliards de dollars. De quoi envisager l’avenir avec sérénité.
À plus brève échéance, les perspectives ne sont pas moins favorables. En s’appuyant sur le programme économique et financier qui vient d’être approuvé par le FMI, le Congo devrait afficher un taux de croissance de 4 % cette année, et même de 9 % au cours du prochain exercice. En 2005, la contribution du secteur pétrolier au PIB devrait s’accroître de 17,6 %, et celle du secteur non pétrolier de 5,1 %. Cette croissance a été revue à la hausse par les autorités congolaises et le FMI en raison de la poursuite des grands travaux en cours depuis 2003 et du regain d’activité du secteur forestier. Ainsi, la production des grumes, qui était de plus de 900 000 tonnes en 2003, devrait atteindre 1,5 million de tonnes en 2004.
Cette embellie devrait permettre de redistribuer une partie de ces revenus à la population. Ainsi, le ministre de l’Économie et des Finances, Roger-Rigobert Andély, a déjà indiqué que les engagements du gouvernement en matière sociale seront respectés, notamment avec le paiement ce mois-ci des arriérés des salaires de décembre 1999. Difficile de faire moins. Avec un baril de brut à 50 dollars, les Congolais sont en droit de bénéficier, eux aussi, d’une conjoncture particulièrement favorable. La question du surplus pétrolier de 2004 alimente d’ailleurs toutes les conversations… et tous les fantasmes. Compte tenu de la hausse des cours du brut et du niveau de production plus faible que prévu (83,3 millions de barils au lieu de 89,2 millions), les recettes tirées des hydrocarbures pour 2004 ont atteint 515 milliards de F CFA, alors que les prévisions initiales tablaient sur 378,7 milliards. En conséquence, l’estimation de la cagnotte pétrolière pour l’année 2004 est de 136,3 milliards. Sur ce montant, 52 % ont été affectés aux besoins internes – comblement des déficits, remboursement d’arriérés bancaires, commerciaux et sociaux. Les 48 % restants doivent revenir aux créanciers extérieurs.
Si les résultats de 2004 sont encourageants, ceux de 2005 devraient l’être tout autant, puisque le Congo prévoit d’augmenter sa production pétrolière de manière substantielle. Et de commercialiser 13,3 millions de tonnes de brut l’an prochain, contre 12,15 millions en 2004, soit une hausse de près de 10 %. Reste à savoir comment le surplus pétrolier, s’il devient structurel, sera affecté. Un sujet sur lequel le citoyen lambda se montre de plus en plus sensible. Le 10 juin, le pays a décidé d’adhérer à l’Initiative internationale de transparence dans les industries extractives (EITI). Une décision qui implique la suppression de la clause de confidentialité dans les contrats de partage et de production pétrolière signés avec les compagnies privées, ainsi qu’une gestion plus transparente de cette manne par les autorités. La coalition « Publiez ce que vous payez ! » demande toujours la publication intégrale de l’audit de la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC), ainsi que la réalisation d’un audit des comptes SNPC-État. Enfin, elle réitère son souhait de voir adoptée une loi fixant les modalités de gestion des revenus pétroliers ainsi que les clés de répartition entre l’État et les collectivités locales décentralisées. Des exigences que le FMI pourrait bien faire siennes. Car, si les institutions de Bretton Woods ont reconnu aux autorités brazzavilloises une volonté de rendre plus transparente la gestion pétrolière, elles pourraient désormais être tentées d’exiger des résultats plus concrets.