Société

[Chronique] Polyamour, polygamie : même combat ?

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Mis à jour le 27 décembre 2019 à 14h10

Par  Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Polyamour versus polygamie

Polyamour versus polygamie © Damien Glez

La polygamie serait-elle l’un des tabous occidentaux ultimes ? Pas sûr, si l’on en croit la tendance actuelle au « polyamour » en France…

Face aux cris d’orfraie occidentaux dénonçant régulièrement l’immoralité présumée de la polygamie, les « multimariés » d’Afrique dénoncent un ethnocentrisme teinté d’hypocrisie.

Les plus cultivés rappellent le « mariage plural » vanté par la doctrine mormone, au nom d’une pratique biblique de la pluralité des épouses, liberté promue par un Dieu chrétien pour accroître son peuple.

Les moins informés rétorquent que les caucasiens donneurs de leçon ne rechignent pas à entretenir moult maîtresses. Bien vu, même si la « tromperie » européenne ne serait plus toujours de mise…

En France singulièrement, et même si aucune étude quantitative ne révèle de chiffres exacts, se développe un modèle sentimental jusque-là peu admis : le polyamour. La pratique consiste à avouer, voire afficher, plusieurs partenaires affectifs et/ou sexuels.

Complexe vie sentimentale

Et voici venu le nouveau vocabulaire y afférent : un « polybataire » contracte polyamour et célibat tandis qu’un « trouple » constitue un couple à trois et qu’un « solopoly » jouit de plusieurs partenaires sans vivre avec aucun. Pour aider le polyamoureux à organiser une vie sentimentale censément complexifiée, il existe même le site de rencontres Pitanga.

L’Afrique a-t-elle été visionnaire ? Sur la trentaine de pays autorisant la polygamie dans le monde, 25 se trouvent sur le continent. La pratique gagnerait même du terrain. Depuis 2019, en Guinée, et même s’il opte par défaut pour la monogamie dans son volet « régime matrimonial », le nouveau code civil a ouvert l’option « polygamie », à la condition que la première femme donne son accord.

Au Kenya, ce n’est qu’en 2014 que le Parlement légalisait le modèle. Ce dernier gagnerait même du terrain auprès des chrétiens du pays, au motif qu’il protégerait les femmes – notamment stériles – du célibat forcé et qu’il les empêcherait de voler les maris des autres.

Alors, polyamoureux européens et polygames africains : même combat ? Deux petites nuances demeurent. Primo, au crédit de la polygamie africaine, celle-ci offre un niveau de formalité qui permet à une co-épouse d’avoir un statut de conjointe officielle, chose impossible avec le « mariage » multiple en France, faute de reconnaissance légale pour ce type d’unions.

Secundo, au crédit de l’Occidental friand de multiples relations respectueuses, le polyamour est la somme de la polygynie informelle et de la polyandrie informelle. La polygamie africaine, elle, est hémiplégique : elle n’offre pas les mêmes droits aux femmes et aux hommes. Ah si ! Dans les sociétés traditionnelles et matrilinéaires des peuples bahima ougandais, massaïs kenyans ou bashilélé congolais, une femme « collective » pouvait choisir jusqu’à dix ou quinze maris…

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