Cinéma

« Rendez-vous chez les Malawas », ou l’Afrique sans les Africains

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Mis à jour le 27 décembre 2019 à 14h41
Extrait du film "BIenvenue chez les Malawas"

Extrait du film "BIenvenue chez les Malawas" © James Huth

Difficile de se moquer des clichés… sans tomber dedans. En voulant pasticher l’émission de télévision française « Rendez-vous en terre inconnue », le film « Rendez-vous chez les Malawas » perpétue les a priori sur une Afrique étrange et dangereuse dans laquelle les Africains restent globalement cantonnés à des rôles de figuration.

Le scénario de Rendez-vous chez les Malawas ? Une émission de télévision française à succès emmène régulièrement une célébrité « au bout du bout du monde » – c’est le titre du programme – à la rencontre de peuples inconnus, du moins inconnus des téléspectateurs, dans des régions isolées de la planète.

Pour la « spéciale noël », la production a décidé d’emmener non pas une, mais quatre célébrités dans un lieu désertique et loin de tout en Afrique subsaharienne, là où vit la tribu des « Malawas ». Et le film va conter, sous forme de comédie, les aventures et mésaventures de ces people – un présentateur de journal télévisé vedette récemment remercié, une actrice de série télévisée qui campe le rôle d’une vétérinaire, une gloire du football et un as du stand-up – plongés dans un univers qui leur est totalement étranger, sous la houlette de l’animateur de l’émission qui se rêve aventurier.

Sans grand confort, sans leur agent, ils sont confrontés aux coutumes de ceux qu’ils rencontrent et avec lesquels ils ne peuvent communiquer que grâce à un interprète, un Africain polyglotte aussi étrange à leurs yeux que les Malawas. Une satire, bien entendu, de l’émission très populaire de la télévision française Rendez-vous en terre inconnue.

Civilisés versus primitifs

Évidemment, on ne peut que craindre le pire en allant voir un tel film qui se prête à une enfilade de clichés simplistes… voire plus ou moins racistes vis-à-vis des Africains. Et à cet égard, on n’est pas déçu si l’on peut dire. Car tous les clichés en question sont présents sur l’écran : les Malawas sont bien sûr un peuple primitif avec une langue et des coutumes très bizarres, ils vivent en permanence à demi-nus, entourés de bêtes sauvages et souvent dangereuses, à commencer – cela va de soi – par le lion, etc. Par comparaison, Tintin au Congo serait presque un traité d’ethnologie savant.

Mais ce serait sinon faire erreur du moins injuste de s’en tenir uniquement à ce constat. Rendez-vous chez les Malawas, en effet, n’est pas une simple comédie grand public française se passant sur le continent africain et caricaturant à l’extrême, pour faire s’esclaffer le spectateur, les idées reçues de l’« Occidental moyen » sur la vie tribale dans un coin reculé d’Afrique du Sud – puisque c’est là que le film a été tourné.

Son principal sujet est ailleurs. Il s’agit en réalité surtout de provoquer le rire en montrant les travers des célébrités françaises qui participent à l’émission et qui, toutes égocentriques et vaniteuses, donc parfaitement indifférentes aux autres, à commencer par les Malawas, sont en permanence ridicules.

La tribu des ego parisiens

Tout comme d’ailleurs l’équipe de télévision qui les filme. La chanson démagogique qu’on entend pour résumer le projet théorique du programme de téléréalité a pour refrain la formule « nous sommes tous égaux » qui peut évidemment s’entendre « nous sommes tous ego ».

Le film, non sans ambition moralisante, se moque plus de la tribu des people parisiens

En fin de compte, on peut estimer que le film, non sans ambition moralisante, se moque plus de la tribu des people parisiens – des personnages fort bien interprétés par Christian Clavier, Sylvie Testut, Ramzi Bedia et Michael Youn ainsi que, dans le rôle de l’animateur télé, par Pascal Elbé – que de celle des Malawas.

Mais un malaise demeure. Parce que, malgré le parti pris de n’épargner aucun protagoniste du long métrage et de donner à l’histoire un tour délirant loin de tout réalisme, les clichés restent des clichés et on les perpétue sur l’écran, même en s’en moquant.

Et parce qu’en centrant le film sur les célébrités françaises, on n’utilise finalement les Africains – à l’exception partielle de l’interprète, le seul personnage à peu près « positif » – que comme des figurants sans aucun intérêt et l’Afrique comme un pur décor exotique pour touristes sans imagination.

Alerte à l’humour potache

Le véritable Rendez-vous en terre inconnue fait preuve de plus d’égards, nous semble-t-il, envers les peuples qu’il permet de « découvrir ». Enfin, c’est affaire d’opinion il est vrai, mais une comédie, cela doit faire rire, du début à la fin. Or, malgré la multiplication des gags, l’humour potache qui caractérise le film – on reconnaît là la patte de Michael Youn, spécialiste du genre, qui est l’auteur de l’idée du film et un de ses coscénaristes – peut lasser au bout d’un moment, y compris le spectateur indulgent, avec son côté répétitif et premier degré, donc sans surprise.

Question comédie, on est là très loin de Chaplin ou Tati, certes, mais pas seulement. N’est pas Blake Edwards ou même Alain Chabat qui veut, pour n’évoquer que deux auteurs parmi tant d’autres de films grand public de très bon niveau.

Rendez-vous chez les Malawas
, de James Huth
Sorti en France le 25 décembre

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