Politique

Maroc : Yennayer, fête nationale ? La classe politique toujours plus favorable

À l'occasion de Yennayer, des militants déploient des drapeaux amazighs devant le Parlement, à Rabat, en 2014.

À l'occasion de Yennayer, des militants déploient des drapeaux amazighs devant le Parlement, à Rabat, en 2014. © Magharebia / CC

Deux ans après que l’Algérie a fait du nouvel an amazigh une fête nationale, le sujet s’invite de nouveau dans le débat parlementaire marocain. De nombreuses voix de la classe politique semblent acquises à l’idée de décréter Yennayer fête nationale.

Omar Balafrej a remis sur la table la question de la célébration de Yennayer, le nouvel an amazigh, à l’approche cette fête célébrée en Afrique du Nord entre les 12 et 14 janvier. Le député de la Fédération de la gauche démocratique (FGD) a récemment appelé le chef du gouvernement Saâd Eddine el Otmani, dans une question écrite, à ce que ce jour soit décrété jour férié et fête nationale au Maroc.

Le mouvement amazigh marocain, un large tissu d’associations actives sur différents fronts et dans de nombreuses régions, porte à chaque Yennayer cette revendication.

Au sein de la classe politique, il semble que la cause se soit fait entendre. À Nador, dans le Rif, en janvier 2019, Mohamed Aujjar, alors ministre de la Justice et membre d’un parti de la majorité, le RNI, profitait du nouvel an amazigh pour souligner son soutien à cette idée. Même à l’Istiqlal, le vieux parti nationaliste, de nombreux militants rejoignent cette revendication depuis quelques années.

Selon un recensement de 2004, huit millions de personnes – c’est-à-dire un quart des Marocains – parlent quotidiennement l’une des trois langues amazighes courantes au Maroc. Le RNI et l’Istiqlal sont parmi les partis qui comptent beaucoup dans le monde rural et dans les petites villes lors des élections, là même où le mouvement amazigh est bien implanté.

2019 : adoption de la loi sur la langue amazighe

En 2019, le ministre délégué aux Relations avec le Parlement et la Société civile Mustapha El Khalfi a assuré que le sujet était en cours d’examen du côté du gouvernement. Pourtant, c’est notamment du côté de son parti, le PJD, la formation islamiste majoritaire au gouvernement, que des militants berbéristes dénotent une frilosité à l’égard de la reconnaissance de certains symboles amazighs.

Toujours cette année, des députés islamistes se sont par exemple opposés (à l’instar d’autres voix, y compris jusque dans le mouvement amazigh) à l’utilisation de la graphie berbère lors des débats sur le projet de la loi sur le caractère officiel de la langue amazighe.

Malgré tout, cette loi censée accélérer la généralisation du tamazight, assurer son emploi dans l’administration, les services publics, ainsi que son enseignement dans les écoles, a été adoptée en juin 2019, huit ans après la reconnaissance de la langue berbère comme langue officielle.

Des avancées formelles au goût d’inachevé

L’Algérie a fait du nouvel an amazigh une fête nationale en décembre 2017. Les deux pays poursuivent un même processus lent de reconnaissance de la culture berbère, dans lequel des compromis politiques mènent à des évolutions institutionnelles progressives.

Les différents représentants du mouvement amazigh restent souvent critiques sur les retombées concrètes des décisions légales censées offrir la place méritée à la langue amazighe dans la société. Des personnalités comme l’intellectuel Ahmed Assid ou l’avocat et militant Ahmed Arehmouch pointent ainsi du doigt des reconnaissances formelles dépourvues de politiques de mise en application, dans les médias ou l’enseignement notamment.

Beaucoup croient possible une reconnaissance rapide de Yennayer comme fête nationale : il s’agit essentiellement de symbolique.

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