Politique

RDC : Adolphe Muzito appelle à « faire la guerre au Rwanda » et divise de nouveau Lamuka

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L'ancien Premier ministre congolais Adolphe Muzito, à Paris le 10 juin 2018.

L'ancien Premier ministre congolais Adolphe Muzito, à Paris le 10 juin 2018. © Vincent Fournier pour Jeune Afrique

L’actuel coordonnateur de la plateforme d’opposition Lamuka a appelé lundi 23 décembre à « faire la guerre au Rwanda » pour résoudre le problème de l’insécurité dans l’Est. Une déclaration qui crée la polémique jusque dans son propre camp.

Pour sa première conférence de presse depuis qu’il a pris la suite de Jean-Pierre Bemba à la tête du présidium de Lamuka, le 2 décembre, Adolphe Muzito se serait probablement épargné cette polémique.

« Il faut faire la guerre au Rwanda pour rétablir la paix dans la région. Ce pays influe sur la politique congolaise. L’Ouganda aussi. Nous ne pouvons faire la paix qu’en menaçant le Rwanda, en occupant son territoire si possible. Ce n’est pas un objectif en soi, c’est une posture si rien ne change », a déclaré l’ancien Premier ministre de Joseph Kabila (2008-2012), aujourd’hui coordonateur en exercice de la plateforme d’opposition.

Bemba et Katumbi se désolidarisent

Les propos ont visiblement dérangé les autres leaders de la coalition Lamuka, qui se retrouve une nouvelle fois confrontée à des désaccords.

Contacté dans la foulée, Olivier Kamitatu, le directeur de cabinet et porte-parole de Moïse Katumbi, a d’ailleurs expliqué que les déclarations d’Adolphe Muzito « n’engageaient pas du tout » l’opposant.

Dans un communiqué diffusé dans l’après-midi et co-signé par Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi, les deux leaders de Lamuka se désolidarisent « énergiquement de ces propos on ne peut plus gravissimes ». Ils ont, en conclusion, invité « le camarade Muzito à revenir sur ces propos de manière à ne pas compromettre l͛’idéal que nous défendons ensemble pour le bien de nos populations ». Le document a toutefois été qualifié d’ « erreur politique » par un proche d’Adolphe Muzito.

« Ces propos n’engagent pas Lamuka »

Car malgré la polémique, l’ancien Premier ministre a toutefois confirmé ses propos, tout en estimant que ceux-ci avaient été « sortis de leur contexte ». « J’expliquais simplement que, face à une menace, il faut un État fort qui dispose d’une armée solide. Les pays belliqueux comme le Rwanda et l’Ouganda ne nous respecteront qu’à ce prix. Les pays voisins pillent en toute impunité les ressources dont la RDC ne bénéficie pas », a-t-il expliqué à Jeune Afrique. « C’est mon opinion et ces propos n’engagent pas Lamuka dans son entièreté », a-t-il précisé.

Seul Martin Fayulu, dont la ligne au sein de Lamuka – plus radicale que celle de Moïse Katumbi – est proche de celle d’Adolphe Muzito, n’a pas publiquement réagi. Le gouvernement congolais a pour sa part préféré balayer : « Ils sont prêts à tout pour exister ».

Une coopération qui intrigue

Depuis l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi, en janvier dernier, la RDC a engagé un inattendu rapprochement diplomatique avec le Rwanda. Depuis plus de 20 ans, les relations entre les deux pays sont marquées par des accusations d’ingérence rwandaise et de soutien à des groupes armés dans l’Est de la RDC, foyer historique de plusieurs dizaines de mouvement rebelles.

Après plusieurs rencontres – en mars, à Kigali, ou en mai, à Kinshasa, pour les obsèques d’Étienne Tshisekedi -, les deux présidents ont renforcé la coopération économique, avec l’ouverture d’une ligne directe de Rwandair vers Kinshasa, mais surtout militaire.

Les contours de la collaboration entre les deux pays sur ce dernier aspect restent flous. Le président congolais a admis dans une interview au journal Le Monde, en septembre dernier, que les deux pays échangeaient des renseignements, mais les rumeurs autour de la présence de bataillons rwandais dans l’Est du pays se sont depuis renforcées, sans jamais être confirmées.

Depuis septembre dernier et l’annonce de la mort de Sylvestre Mudacumura, chef militaire des rebelles rwandais FDLR, dans un raid revendiqué par les FARDC, plusieurs autres commandants et soldats de groupes accusés de déstabiliser le Rwanda ont été arrêtés, rapatriés ou tués lors d’opérations militaires congolaises.

Signe de la méfiance qui entoure ce rapprochement, le projet d’état-major intégré voulu par Félix Tshisekedi a provoqué une levée de boucliers au sein de la société civile.

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