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Joseph Kabila succède à son père à la tête de la RD Congo

26 janvier 2001

Le plus jeune chef d’État au monde pour diriger l’un des plus grands pays d’Afrique. Telle est l’équation inédite et la partition d’une rare complexité que joue Joseph Kabila Kabange en ce vendredi 26 janvier 2001, à Kinshasa. Né le 4 juin 1971 à Hewa Bora II, dans la province du Sud-Kivu, le fils aîné de Laurent-Désiré Kabila, assassiné dix jours plus tôt par l’un de ses gardes du corps, n’a que 29 ans lorsqu’il prête serment devant la Cour constitutionnelle pour devenir le quatrième président de la République démocratique du Congo (RD Congo). Une succession éclair et solennelle, qui amorce une ère de paix et de normalisation dans un pays-continent laminé par des années de dictature et une guerre continentale.
Il aura suffi pour cela d’une grande dose de sang-froid et d’un goût irrépressible pour la politique. Deux atouts que Kabila Junior, militaire chevronné élevé par son père, en 1998, au grade de général major des Forces armées congolaises (FAC), peut revendiquer, même si peu osent encore miser sur sa longévité dans son nouvel habit. Introverti, propulsé malgré lui sur le devant de la scène politique congolaise – de loin l’une des plus ardues d’Afrique -, le fils du Mzee (« le sage » en swahili) est alors un parfait inconnu. Mais il est également aux yeux de beaucoup le compromis le plus acceptable pour éviter à la RD Congo de sombrer définitivement dans le chaos. Tel est en tout cas la solution avancée par le Conseil des ministres élargi aux FAC, lesquelles recherchent une alternative crédible à l’absence de disposition constitutionnelle.

Dès le 17 janvier, Joseph Kabila accepte donc de s’occuper du gouvernement et du haut commandement militaire. Une décision entérinée à l’unanimité par le Parlement provisoire au lendemain des obsèques de Laurent-Désiré Kabila, non sans soulever l’ire des nombreux opposants à ce scénario dynastique. Mais c’est surtout dans le discours radiotélévisé qu’il prononce, en français, au soir du 26 janvier que toute la dimension politique de l’héritier se révèle. Second acte de la succession, cette « adresse au peuple congolais » écrite de sa propre main tranche avec l’intransigeance, le dirigisme et la tentation du repli affichés par le défunt président. Dans un pays au nationalisme exacerbé, ce ton nouveau en est presque revigorant.
Vêtu d’un costume gris et d’une cravate bleue, Joseph Kabila annonce des « changements profonds dans tous les secteurs de la vie nationale » sur fond de restauration de la paix. Rendant hommage à son père pour aussitôt s’en démarquer, il affirme vouloir relancer les accords signés en 1999 à Lusaka, en Zambie. Jamais appliqués, ces derniers prévoient le retrait « sans condition » des troupes étrangères venues de l’Ouganda, du Rwanda, du Zimbabwe et de l’Angola. Sont également évoqués la normalisation de la vie politique à travers la relance du dialogue intercongolais entre le pouvoir, l’opposition et les différentes rébellions qui essaiment dans le pays, mais aussi l’État de droit, la démocratie, la libéralisation de l’économie ainsi que celle des échanges et des devises. Une rupture qui permettra de gagner rapidement la confiance de la communauté internationale, comme le montre, dès le mois de février, le succès d’une tournée européenne. S’ensuivront une période de transition plus ou moins délicate de cinq années, l’approbation d’une nouvelle Constitution ainsi que des élections générales. Joseph Kabila sera, le 29 octobre 2006, le premier président élu démocratiquement depuis quarante ans à la tête de l’ancien Zaïre.

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