Économie

Eco – Romuald Wadagni : « Il n’y a pas de confusion entre la réforme du CFA et la monnaie unique »

Réservé aux abonnés | | Par et - à Abidjan
Romuald Wadagni, en 2016.

Romuald Wadagni, en 2016. © Agenceafrique, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons

Avec la réforme du franc CFA pour les huit pays de l’UEMOA, c’est un eco indexé sur l’euro et garanti par la France qui voit le jour, en attendant la mise en place de l’eco définitif de la Cedeao, flexible et fédéral. Cette transition progressive et asymétrique est l’aboutissement de la feuille de route voulue par le président ivoirien Alassane Ouattara et défendue par Romuald Wadagni, président du conseil des ministres de l’UEMOA.

Ce dimanche matin, Romuald Wadagni a le sentiment du devoir accompli. À 43 ans, le ministre béninois de l’Économie et des finances fut l’une des chevilles ouvrières de la réforme du franc CFA signée samedi 21 décembre entre la France et l’Union économie et monétaire des États d’Afrique de l’Ouest (UEMOA), dont il préside le conseil des ministres depuis 2018.

Cet ancien de Deloitte fait partie de l’équipe mise sur pied par Alassane Ouattara en 2017 pour plancher sur cette question et composée du vice-président ivoirien Daniel Kablan Duncan, du secrétaire général de la présidence Patrick Achi, du ministre du Pétrole et ancien conseiller financier d’Alassane Ouattara, Abdourahmane Cissé, de l’inspecteur d’État et ancien directeur de cabinet de Duncan, Theophile Ahoua N’doli, ainsi que du gouverneur de la BCEAO Tiémoko Koné.

Romuald Wadagni confie à Jeune Afrique les détails de cette réforme et ses conséquences sur l’adoption de la monnaie unique par la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao)

Jeune Afrique : Pourquoi la réforme du franc CFA entérinée ce samedi est-elle historique ?

Romuald Wadagni : C’est un jour historique sur le fond et sur la forme. Ces accords datent d’il y a très longtemps, ils ont été mis en place par les pères fondateurs de nos nations. C’est une réforme majeure. Le fait de dire que les Français se retirent de l’ensemble des structures de gouvernance de notre monnaie, que le compte d’opérations soit fermé, qu’il n’y ait plus d’obligation de mettre une partie des réserves : ce sont des éléments structurants importants.

Les Français participaient à nos instances pour apporter une expertise, comme cela se passe dans n’importe quel conseil d’administration d’une société. Maintenant, nous allons nous réorganiser et choisir des experts qui viendront d’horizons différents.

Concrètement, à quel moment les dispositions de cette réforme seront-elles mises en place ?

La décision est immédiate. La mise en œuvre prendra le temps qu’il faut. Dès la prochaine réunion de nos organes de gestion, il n’y aura plus aucun français. S’agissant de la monnaie eco, nous sommes engagés dans un processus de monnaie unique au sein de la Cedeao. Nous avons dit en juillet à Abidjan que les huit pays de l’UEMOA avaient décidé d’y aller en bloc et que l’intégration à l’eco au sein de la Cedeao serait graduelle.

Le rendez-vous pour la monnaie unique de la Cedeao a été fixé à 2020 et ce depuis des années. Au cours de cette année, nous ferons des réunions pour faire le point des pays qui sont capables de rentrer dans la monnaie unique conformément à notre programme et à notre feuille de route publiée en juillet. L’UEMOA estime qu’elle sera prête.

Pourquoi avoir décidé de conserver la parité fixe et la garantie de convertibilité ?

C’est notre demande et c’est un choix responsable. Il fallait à tout prix que soit consolidé le rythme de croissance dans nos pays et sauvegardé le pouvoir d’achat de nos populations dans un contexte d’insécurité lié aux menaces terroristes. Créer de l’insécurité alimentaire à cause d’une inflation non maîtrisée causerait beaucoup de dégâts pour nos économies et pour la région. C’est la stabilité monétaire qui garantie notre croissance et notre faible inflation.

Passer du CFA et avoir en même temps une monnaie qui fluctue n’aurait pas rassuré les acteurs du marché qui auraient pu vouloir retirer leur argent. Lorsque nous aurons avancé dans la feuille de route de la Cedeao, nous verrons comment faire évoluer cette question.

Par quel mécanisme la France va continuer de garantir la monnaie ?

Par le passé, cette garantie était couverte par trois dispositions : la présence des Français dans les instances, l’obligation de mettre des réserves de changes et le compte d’opérations. Tout cela disparaît. Mais la réalité est que sur les 30 dernières années, nous n’avons jamais eu à solliciter ce mécanisme, à tirer sur les réserves de changes ou à demander la garantie de convertibilité.

C’est le dialogue permanent que nous avons avec les autorités françaises qui nous permet de les rassurer. En matière de monnaie, les crises s’anticipent. Si nous constatons que les réserves commencent à tomber et que nous avons du mal à faire face aux engagements, nous pourrons discuter.

Donc il n’y aura pas de mécanisme précis ?

Non.

L’accumulation de réserves d’or pourra-t-elle être un instrument ?

Oui. Une monnaie se gère aussi grâce aux devises et au volume de réserves d’or.

Les amarres avec la France sont-elles complètement rompues ?

Oui. C’est à la demande de nos chefs d’État que nous avons souhaité conserver la garantie. Nous l’avons obtenu de manière illimité et sans contrepartie.

Cette mesure ne risque-t-elle pas de créer une spéculation sur le marché monétaire ?

Non. C’est pour éviter cela que nous avons gardé cette garantie.

Comment se fera, au sein de l’UEMOA, la transition entre CFA et eco ? Et quand les citoyens de cette zone utiliseront-ils une monnaie qui s’appelle eco ?

Je n’ai pas les chiffres précis, mais je pense qu’à l’annonce de la création de l’euro, il y a eu plusieurs années avant que le premier billet n’entre en circulation. Dans notre cas, c’est lié à beaucoup de facteurs.

La réforme du CFA ne risque-t-elle pas de retarder le passage à la monnaie unique de la Cedeao ?

Pas du tout. Cette réforme correspond à ce que nous avions annoncé le 12 juillet dernier. Nous appliquerons les paramètres de la monnaie eco quand tout le monde sera autour de la table. La Banque fédérale avec un régime de change flexible avec six failles d’inflation sera mise en place à ce moment.

Comment voulez-vous le faire si le Nigeria ou le Ghana ne sont pas là ? Dans le cadre de la banque, c’est le poids des économies qui détermine le mode de gouvernance, combien de pays a d’administrateurs, etc… Il n’y a pas de confusion entre la réforme du CFA et la monnaie unique. Nous restons dans l’agenda de la mise en œuvre progressive.

Il semble justement que certains pays comme le Nigeria et le Ghana ont encore des réticences quant à la faisabilité de la monnaie unique…

Je me tiens aux procès verbaux des réunions de la Cedeao signés par tous les pays. La date de 2020 a été repoussée de nombreuses fois. La question de la monnaie unique était déjà sur la table avant Mouammar Kadhafi. Mais cette fois-ci, les 15 pays de la zone ont décidé de ne pas repousser la date. C’est pour ça que nous avons opté pour une approche graduelle. L’intégration des premiers pays va inciter les autres à suivre.

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