Politique

Un meeting conjoint de l’opposition repoussé durant la visite officielle d’Emmanuel Macron en Côte d’Ivoire

Réservé aux abonnés | | Par - à Abidjan
Le président Emmanuel Macron et son épouse Brigitte à leur arrivée en visite oficielle en Côte d'Ivoire vendredi 20 décembre.

Le président Emmanuel Macron et son épouse Brigitte à leur arrivée en visite oficielle en Côte d'Ivoire vendredi 20 décembre. © AP/Sipa

Les deux principales plateformes de l’opposition ivoirienne ont fini par annuler leur meeting commun prévu à Port-Bouët (commune populaire d’Abidjan), ce samedi 21 décembre 2019, non loin de la base militaire française visitée la veille par le président français Emmanuel Macron à son arrivée en visite officielle dans le pays.

Les thèmes du meeting étaient la réforme de la Commission électorale indépendante, jugée déséquilibrée par l’opposition, et la demande de gratuité pour le renouvellement des cartes d’identité, dont les Ivoiriens ont besoin pour voter.

Mais le communiqué conjoint de l’opposition est tombé tard dans la nuit, pour annoncer son nouveau report. Maurice Kakou Guikahué, secrétaire exécutif du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI d’Henri Konan Bédié) et Assoa Adou, secrétaire général de la dissidence du Front populaire ivoirien restée fidèle à Laurent Gbagbo, évoquent la décision du ministère de l’Intérieur d’interdire aux maires du district d’Abidjan les manifestations publiques, ainsi que le refus de sécuriser les lieux de la part de la police.

« Les autorités de police ont été sollicitées pour assurer la sécurité de ce rassemblement. Mais elles ont refusé d’assumer cette responsabilité que la loi leur impose pourtant. Par ailleurs, les informations récurrentes qui nous parviennent font état de manœuvres d’infiltration de notre manifestation par des individus mandatés pour semer le désordre et le chaos », dénoncent-ils.

Auparavant, le soin a été laissé à Franck Anderson Kouassi, porte-parole du FPI, de préparer les militants à l’éventualité d’un report. Sur son profil Facebook, il faisait porter la responsabilité du report au pouvoir.

Second report en une semaine pour un meeting de l’opposition

De fait, la préfecture de police d’Abidjan a clairement laissé entendre aux organisateurs de ce meeting conjoint qu’elle avait mobilisé ses troupes pour la sécurisation du séjour d’Emmanuel Macron. Une raison officielle qui cache mal la gêne des officiers. « En réalité, le président Alassane Ouattara ne voulait pas de couacs pendant le séjour d’Emmanuel Macron. Le message est passé chez les membres du gouvernement. Chacun devrait s’arranger pour ne pas avoir à assumer des dérapages dans le département qu’il gère », confie un journaliste proche du camp présidentiel.

Ce report non motivé a manifestement été perçu par le pouvoir comme une provocation

L’opposition avait de son côté été la première à dégainer. Après avoir programmé ce meeting pour le 14 décembre à Yopougon (commune réputée favorable à Laurent Gbagbo), elle l’a reporté au 21 décembre à Port-Bouët, et ce après l’annonce de la date d’arrivée d’Emmanuel Macron à Abidjan. « Ce report non motivé a manifestement été perçu par le pouvoir comme une provocation », décrypte le politologue Sylvain N’Guessan.

Le maire (RHDP) de Yopougon Gilbert Kafana Koné, par ailleurs membre du gouvernement, avait, selon l’opposition, interdit le meeting initialement prévu dans sa commune, évoquant des risques de « mouvements de foule ».

Port-Bouët, territoire municipal de l’opposition et siège de la base militaire française visitée par Emmanuel Macron

L’opposition a riposté en maintenant la date mais en décidant d’organiser son meeting, cette fois-ci à Port-Bouët. Mais cette commune dirigée par Sylvestre Emmou (PDCI) abrite la base militaire française du 43e bataillon d’infanterie de marine (Bima) visitée par Macron dès son arrivée à Abidjan le vendredi 20 décembre.

Cette décision a eu pour conséquence d’irriter Sidiki Diakité, ministre de l’Intérieur. Celui-ci, d’après les déclarations de l’opposition, a convoqué les maires du district d’Abidjan, dont celui de Port-Bouët, et leur a demandé de reporter toute manifestation publique dans leurs communes, et ce durant la période des fêtes de fin d’année.

Après plusieurs pourparlers entre Henri Konan Bédié et d’autres responsables de la Coalition pour la démocratie, la réconciliation et la paix (CDRP portée par Bédié) et de Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS de Georges Armand Ouégnin), les deux plateformes co-organisatrices, la décision de reporter le meeting a été prise.

Les antagonismes inutiles à moins d’un an de la présidentielle ne sont dans l’intérêt d’aucun Ivoirien

Loin d’y voir un renoncement pour l’opposition, le politologue ivoirien et spécialiste en gestion de conflits armés Alfred Bryan Mideh y voit une sage décision : « Il faut attendre l’année prochaine et entamer des négociations plus sereines avec le pouvoir, en vue de ce meeting. Les antagonismes inutiles à moins d’un an de la présidentielle ne sont dans l’intérêt d’aucun Ivoirien, encore moins des jeunes qui constituent le bataillon le plus important lors des meetings. Il faut toujours penser à l’intérêt des populations et l’opposition a bien fait de l’intégrer ».

D’autant que l’opposition s’active déjà sur un autre front : celui du retour à Abidjan de Guillaume Soro, ex-président de l’Assemblée nationale. En séjour hors du pays depuis six mois, il a dû décaler d’un jour son retour, après que les autorités de l’aviation civile lui ont fait savoir que le jet privé qui devait le ramener de l’aéroport de Paris-Le Bourget à celui de Port-Bouët ne pourrait pas atterrir le même jour que le départ d’Emmanuel Macron, dimanche 22 décembre.

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