Politique

Crise anglophone au Cameroun : un statut spécial qui n’apaise pas la contestation

Dans une rue de Bamenda, au Cameroun anglophone (photo d'illustration).

Dans une rue de Bamenda, au Cameroun anglophone (photo d'illustration). © Rbairdpcam/CC/Flickr

Alors que s’achève, ce 20 décembre, la session extraordinaire du parlement ayant conduit à l’adoption d’un statut spécial pour les régions anglophones, les dispositions de ce texte continuent de rencontrer l’opposition des acteurs anglophones qui dénoncent une « concession de façade ».

À l’hémicycle de Ngoa Ekelle, siège de l’Assemblée nationale camerounaise, les députés du Social democratic front (SDF) auront tenté jusqu’au bout d’empêcher l’adoption du projet de loi portant code général de la décentralisation, lequel consacre la mise en place d’un statut spécial pour les régions anglophones. Une quadrature du cercle pour ces élus de l’opposition, tant le parlement est ultra-dominé par le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) au pouvoir, par ailleurs à l’origine dudit projet de loi.

Avec seulement 15 voix, la grogne des députés du SDF n’aura pas suffi à faire amender les nombreux articles querellés de ce texte, face aux 92 voix qui se sont opposées à leur motion préliminaire. L’octroi du statut spécial aux régions du Nord-Ouest et du Sud-ouest dans un état décentralisé semble bien loin d’apaiser les voix de la contestation anglophone.

Autonomie en trompe l’œil ?

Comme depuis le déclenchement du conflit armé, en 2017, la principale pomme de discorde entre les autorités de Yaoundé et la communauté anglophone demeure l’autonomisation des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Car si le pouvoir central estime que le nouveau texte accordera plus de compétences aux collectivités locales et fera reculer la présence de la tutelle, plusieurs voix continuent de soutenir qu’il s’agit de « concessions de façade ».

L’élaboration des politiques publiques nationales relatives au sous-système éducatif anglophone et à l’administration de la justice conformément au sous-système de la « Common Law » (système judiciaire héritée de la Grande-Bretagne), la création des missions de développement de la chefferie traditionnelle, ou encore la mise en place d’une assemblée régionale… Les possibilités que donne le statut spécial sont vues  comme une fuite en avant du régime pour contourner la question de fond qu’est la « gestion autonome des affaires locales ».

« Ce statut spécial est une grande déception, a ainsi affirmé le député anglophone Nji Tumasang du SDF, après l’adoption du texte. « Nous disposerons de conseils régionaux qui auront, autour d’eux, des secrétaires généraux nommés par le président de la République, et ce dernier n’a même pas la possibilité de motiver cette nomination », précise t-il.

« Assurer le développement local »

Depuis Bamenda, Me Abanda, avocat au barreau du Cameroun, souligne pour sa part « la prépondérance des représentants de l’administration centrale » sur les élus locaux. « Les compétences transférées aux régions, selon l’article 267 du code de la décentralisation, sont essentiellement liées à la promotion des activités économiques et sociales. Les responsables des collectivités ne sont que des interlocuteurs de l’administration, qui, conformément à l’article 76, doivent donner leur accord préalable à tous les actes pris par les exécutifs locaux », explique-t-il.

Des griefs que le ministre en charge de la décentralisation Elanga Obam bat en brèche, insistant sur le fait que le code général de la décentralisation « peut conduire à l’apaisement dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest ». Selon lui, « une décentralisation bien conduite va permettre aux populations de participer à la résolution de leurs problèmes et notamment d’améliorer leurs conditions de vie à travers le développement local ».

Sur le terrain, l’adoption du code général de la décentralisation n’a pas entraîné d’accalmie des violences. Le 12 décembre, la ville d’Ekona a été le théâtre d’affrontements entre forces de défense et milices armées. Le chauffeur d’un camion d’une entreprise brassicole a été tué, et au moins deux blessés civils ont été enregistrés. À deux mois de la tenue des élections législatives et municipales, le déroulement serein des élections dans la partie anglophone du pays demeure une incertitude. Après le retrait du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), plusieurs candidats du Social democratic front (SDF) ont eux aussi, jeté l’éponge face au climat précaire qui y règne.

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte