Politique

Maroc : l’USFP sur le chemin de la réconciliation

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Mis à jour le 19 décembre 2019 à 17h55
Driss Lachgar, secrétaire général de l'USFP.

Driss Lachgar, secrétaire général de l'USFP. © HASSAN OUAZANI POUR J.A.

Après des années de division et ne disposant que de 20 sièges à la Chambre des représentants, le parti social-démocrate essaie de faire peau neuve en ramenant à lui tous ses membres et sympathisants dispersés.

Ce 18 décembre, l’Union socialiste des forces populaires (USFP), vieux parti de la gauche sociale-démocrate, invitait ses sympathisants à écouter une liste de personnalités échanger au sujet du développement économique du Maroc. Parmi elles, Ahmed Réda Chami, l’ex-ministre et actuel président du Conseil économique, social et environnemental (CESE), les économistes Abdelali Doumou et Driss Guerraoui, ainsi que Mekki Zouaoui, connaisseur du monde culturel et proche de Fathallah Oualalou, ancien ministre et ex-maire de Rabat.

Une affiche qui aurait pu paraître anodine, si ces personnalités ne s’étaient éloignées du parti, de diverses manières. Ahmed Réda Chami ne l’avait par exemple pas quitté à proprement parler, mais y avait simplement gelé ses activités.

Volonté de rassemblement

Une source proche de la direction assure à Jeune Afrique que Doumou – à l’instar d’autres militants proches de lui – pourrait bien revenir dans les rangs socialistes, alors qu’il avait quitté l’USFP pour le PPS, autre formation de la gauche parlementaire marocaine, il y a quelques années.

Profitant de la commémoration de la disparition de Mehdi Ben Barka, Driss Lachgar avait déjà lancé un appel à la réconciliation et à l’ouverture

La conférence sur le développement économique était organisée à l’occasion du soixantenaire de l’UNFP, ancêtre direct de l’USFP. Un prétexte utilisé par l’actuel leadership pour réunir les nombreux militants et cadres qui se sont éloignés ces derniers temps.

Profitant de la commémoration de la disparition du leader socialiste Mehdi Ben Barka, le 29 octobre 1965, le premier secrétaire Driss Lachgar avait déjà lancé un appel « à la réconciliation et à l’ouverture ». Il n’avait pourtant pas réussi à rassembler tous les membres de sa famille politique : Fathallah Oualalou, ou encore Mohamed El Gahs, l’ex-directeur des journaux du parti (Al Ittihad Ichtiraki et Libération), comptaient toujours parmi les absents.

Suprématie à gauche

Comment expliquer ces retours ? Certaines expériences politiques menées à gauche en dehors de l’USFP n’ont pas été concluantes. C’est le cas d’Al Badil Addimocrati (l’alternative démocratique), formation créée en 2016 par Ali El Yazghi, sur fond de dissensions internes. Le mouvement a aujourd’hui presque disparu.

La Fédération de la gauche démocratique (FGD), elle, a certes attiré de nombreux jeunes et fait preuve de compétences lors de la campagne pour les élections législatives en 2016. Mais alors même qu’elle traverse la période la plus morne de son histoire en matière de représentation parlementaire, l’USFP peut compter sur vingt députés à la Chambre des représentants, contre deux seulement pour la FGD, idéologiquement bien plus à gauche.

D’autres personnalités ont connu des expériences mitigées après leur départ de l’USFP. Ainsi, Doumou, élu sous la bannière sociale-démocrate de 1992 à 2016, n’est pas parvenu à obtenir de siège sous l’étiquette PPS lors du dernier scrutin.

Malgré des résultats modestes aux élections législatives, le reste des forces politiques continue de compter sur le parti de la rose, qui s’est notamment vu offrir la présidence de la Chambre des représentants (confiée à Habib El Malki), ainsi que le ministère de la Justice (un poste dont a hérité, à la faveur du dernier remaniement, Mohamed Ben Abdelkader). Des membres ou des sympathisants continuent aussi d’assumer des fonctions importantes, comme Ahmed Réda Chami ou Amina Bouayach, nommée à la tête du Conseil national des droits de l’homme (CNDH) en 2018.

La relève de Driss Lachgar

Autre donnée majeure et possible facteur de réconciliation au sein du parti : le départ prévu, à l’occasion du prochain congrès en 2021, de l’actuel premier secrétaire, Driss Lachgar, dont un proche assure qu’il n’effectuera pas de troisième mandat. Si celui-ci a certes ouvert la porte à une « réconciliation » de la famille socialiste, il n’en reste pas moins vrai que sa personnalité, et sa manière de gérer l’appareil, ont été avancées pour expliquer une bonne partie des départs ou des prises de distance.

Nous voulons montrer que nous avons toujours un projet crédible pour le pays

Dans ces conditions, l’USFP est-elle encore un parti dynamique ? C’est ce qu’essaient de montrer les cadres qui y sont restés, à l’instar de Mehdi Mezouari, en multipliant les activités autour de l’histoire de la formation, de ses grandes figures et de ses principes politiques. « Nous préparons des événements pour traiter de questions d’actualité et présentons dans tout le Maroc des livres ayant trait à l’histoire du parti. Nous voulons montrer que nous avons toujours un projet crédible pour le pays », explique Mezouari, proche de l’actuel premier secrétaire.

Nombre de militants demeurent toutefois prudents, quelques ex-figures en restant éloignées, comme l’auteur et ancien ministre de la Culture Mohamed Achaari. La députée Hasna Abou Zeid est également hostile à l’actuelle direction. Selon un certain nombre de ténors de la gauche marocaine, celle-ci serait justement l’une des personnalités pressenties pour réformer l’USFP.

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