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Cet article est issu du dossier «Angola : le déclin de l'empire dos Santos»

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Économie

Angola : José Filomeno dos Santos à la barre, un procès symbolique

José Filomeno de Sousa dos Santos dirigeait le fonds souverain de l'Angola.

José Filomeno de Sousa dos Santos dirigeait le fonds souverain de l'Angola. © DR/Youtube

Depuis une semaine, le fils de l’ancien président José Eduardo dos Santos comparaît devant la justice angolaise pour fraude, blanchiment d’argent et trafic d’influence. Illustration de la rupture initiée par le nouvel homme fort, João Lourenço.

C’est un procès inédit, à la fois médiatique et symbolique, qui se tient depuis une semaine à Luanda en Angola. Celui de José Filomeno dos Santos, le fils aîné de l’ancien président José Eduardo dos Santos. Le quadragénaire, qui a dirigé le fonds souverain angolais doté de 5 milliards de dollars entre 2013 et 2017, est soupçonné d’avoir pris part à une escroquerie qui aurait permis de détourner 1,5 milliard de dollars d’argent public.

Risquant de deux à huit ans de prison, José Filomeno dos Santos rejette ces accusations. Les faits qui lui sont reprochés ne concernent pas sa gestion du fonds souverain mais des agissements et transferts d’argent liés à la constitution d’un fonds d’investissement de 35 milliards de dollars proposés par deux acteurs étrangers, dont l’un était son ami et comparaît à ses côtés, Jorge Gaudens Pontes Sebastião. Une proposition que le fils a fait passer à son père durant ses derniers mois de mandat présidentiel.

Depuis l’arrivée au pouvoir en septembre 2017 du nouvel homme fort du pays, João Lourenço, les Angolais se sont habitués au passage de personnalités devant la justice.

Le nouveau président du Tribunal suprême de Luanda, Joel Leornardo, et le président de la République angolais, João Lourenço

Le nouveau président du Tribunal suprême de Luanda, Joel Leornardo, et le président de la République angolais, João Lourenço © Tribunal supremo da Republica de Angola

Profil bas pour le justiciable José Filomeno dos Santos

En août, l’ancien ministre des Transports, Augusto da Silva Tomás, a été condamné pour fraude à 14 ans de prison, une peine qui vient d’être ramenée à 8 ans. En novembre, le général António José Maria, dit « Zé Maria », ancien chef du service des renseignements militaires, a écopé d’une peine de trois ans d’emprisonnement pour s’être approprié des documents confidentiels, depuis récupérés par les autorités angolaises. Mais, avec l’actuel procès de « Zénu », le surnom du fils de l’ex-président dos Santos, un cap supplémentaire est franchi. Il s’agit de montrer que personne, pas même les anciens tout-puissants, n’est intouchable.

Après une semaine d’audience, le résultat est saisissant. Au premier jour du procès, lundi 9 décembre 2019, José Filomeno dos Santos, en costume bleu-gris et chemise bleue, est apparu le visage mangé par une barbe et l’air visiblement affecté. Jeudi 12 décembre, lors de son audition par le tribunal, il s’est déclaré sans emploi avant de se plier pendant plusieurs heures aux questions des juges dans une salle surchauffée pour cause de climatisation en panne, expérience bien connue de nombre de justiciables angolais.

À la sortie, certains auraient même vu « Zénu » repartir du tribunal à pied, semblant bien seul dans son épreuve. Pour la traverser, il ne s’est pas adjoint les services d’un cador du barreau. En septembre, peu avant la date initiale d’ouverture du procès (finalement reporté au 9 décembre), il a remercié le cabinet Legis Veritas qui le représentait jusque-là pour demander au tribunal de désigner un avocat commis d’office (qu’il paie sur ses deniers). Contacté, António Gentil Simão, qui a ainsi reçu le plus important dossier de sa carrière, n’a pas souhaité s’exprimer avant le verdict.

La posture de profil bas adoptée par José Filomeno dos Santos durant son procès est en adéquation avec son attitude depuis le début de ses ennuis judiciaires. Limogé de la direction du fonds souverain en janvier 2018, il est inculpé en mars et placé en détention provisoire pendant près de six mois, de septembre 2018 à mars 2019. Un événement – comme l’actuel procès – impensable jusqu’ici en Angola.

Niant avoir commis des faits répréhensibles, « Zénu » affirme dès le départ vouloir collaborer avec la justice. Soumis à un contrôle judiciaire depuis la fin de sa détention provisoire, il est aujourd’hui l’un des seuls membres de l’ancienne famille présidentielle à demeurer à Luanda. L’ex-chef d’État José Eduardo dos Santos, resté 38 ans à la tête de l’Angola, est à Barcelone depuis avril. Ses deux filles, Isabel dos Santos et Welwitschia dos Santos, sont, elles aussi, en Europe.

Si je n’étais pas le fils de l’ancien président de la République, je ne serais pas ici

Le prévenu dos Santos n’a pas pour autant renoncé à se défendre. Lors de son audition, pendant que son avocat contestait la tonalité caustique voire agressive des questions d’un des juges, il s’est autorisé une sortie politique. « Si je n’étais pas le fils de l’ancien président de la République, je ne serais pas ici pour être jugé par vous », a-t-il ainsi lâché. Sur le fond du dossier, il a souligné que son rôle s’était limité à faire passer à son père la lettre présentant le projet de fonds et à assister, avec son autorisation, à plusieurs réunions préliminaires. Rien de plus et, donc, rien d’illégal.

C’est d’ailleurs la position tenue par les autres prévenus, dont l’ancien gouverneur de la Banque centrale angolaise Valter Filipe, qui nient toute action frauduleuse. La constitution du fonds, comme les premiers transferts effectués sur un compte à Londres pour sa mise en place – ceux-là mêmes qui ont éveillé les soupçons et permis de débusquer la fraude – ont été autorisés par la présidence angolaise, soulignent d’une seule voix les prévenus.

L’avocat de Valter Filipe a ainsi demandé au tribunal que José Eduardo dos Santos puisse répondre à des questions sur ce point. Si cela se produisait, mais beaucoup en doutent, ce serait encore une surprenante première. Le procès doit se poursuivre jusqu’au début de l’année 2020.

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