Politique

RDC – Félix Tshisekedi face au Parlement : « Pour un grand Congo, il faut une grande ambition »

Réservé aux abonnés | | Par - à Kinshasa
Mis à jour le 13 décembre 2019 à 19h13
Félix Tshisekedi, lors du discours sur l'état de la nation devant le Parlement, le 13 décembre 2019 à Kinshasa.

Félix Tshisekedi, lors du discours sur l'état de la nation devant le Parlement, le 13 décembre 2019 à Kinshasa. © REUTERS/Hereward Holland

Au fil de près de trois heures du discours qu’il a livré devant les parlementaires, son premier « grand oral » devant les députés et sénateurs, le président Félix Tshisekedi a défendu son alliance politique avec l’ancien président Joseph Kabila et les grands axes de la politique qu’il a engagée depuis qu’il est à la tête de l’État.

L’instant a quelque chose d’historique. Pour la première fois depuis 18 ans, le discours sur l’état de la nation a été prononcé par une autre voix que celle de Joseph Kabila. Les militants du parti présidentiel, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), s’étaient rassemblés en masse aux portes du Palais du peuple pour célébrer l’événement. C’est aux cris de « Fasthi Béton », l’un des surnoms que donnent ses partisans au président Félix Tshisekedi, que l’arrivée du chef de l’État a été saluée.

En terrain conquis, visiblement porté par les acclamations et le tonnerre d’applaudissements qui a retenti avant même qu’il ne prenne la parole, Félix Tshisekedi a livré son premier « grand oral » devant le Parlement, au fil d’un discours fleuve de presque trois heures.

« Alternance historique » et « soubresauts politiques »

Près d’un an après l’élection qui l’a porté à la présidence, il en a d’abord appelé aux différents acteurs politiques, pour les enjoindre à protéger les acquis « historiques » de l’alternance. « Il n’y a pas les vainqueurs d’un côté et les vaincus de l’autre », a martelé le président congolais.

« Nous avons franchi une étape essentielle de notre histoire, car nous avons prouvé, d’abord à nos compatriotes puis au monde entier, que nous avions les ressources morales et patriotiques nécessaires pour assurer l’intégrité de notre territoire et l’unité de notre nation ».

Comme lors des obsèques nationales réservées au père de l’actuel président, Joseph Kabila – pourtant un temps annoncé – était absent. Ce qui n’a pas empêché Félix Tshisekedi de saluer le « courage » de celui qu’il a qualifié de « frère » pour avoir « tenu à respecter son engagement constitutionnel, celui de permettre au peuple congolais de choisir librement ses nouveaux dirigeants ».

Quant aux relations difficiles entre sa coalition – Cap pour le changement (Cach) – et le Front commun pour le Congo (FCC) de son prédécesseur, Félix Tshisekedi se veut rassurant, évoquant des « soubresauts […] inhérents à toute nouvelle expérience politique ». « Nous devons tous nous dépasser, transcender à tout moment nos divergences », a-t-il enjoint ses compatriotes.

« Redéploiement » dans l’Est

Lors d'une opération conjointe entre la Monusco et les FARDC contre les ADF, près de Beni, en 2014.

Lors d'une opération conjointe entre la Monusco et les FARDC contre les ADF, près de Beni, en 2014. © MONUSCO/Sylvain Liechti

Rendant un hommage appuyé aux militaires engagés sur le front à Beni, dans le Nord-Kivu, il a également salué la mémoire des Congolais « qui ont succombé à la suite des barbaries sans nom et injustes dues à des conflits armés de la part des groupes terroristes et des forces négatives ».

Le président congolais a également déploré la récente mise à sac d’une base de la Monusco à Beni par des manifestants réclamant le départ de la mission de l’ONU pour son « inaction et impuissance » face aux attaques des combattants ADF.

« La Monusco n’a pas vocation à rester indéfiniment en République démocratique du Congo. Elle a été d’un précieux apport dans l’effort pour la pacification de la RDC depuis bientôt 20 ans », a défendu le président congolais.

Il a également assuré avoir fait part au secrétaire général de l’ONU de la volonté de l’État congolais d’aller vers un « redéploiement des effectifs concerté, organisé et structuré de la Monusco », affirmant par ailleurs faire usage de « toutes les cartes à sa disposition » pour en finir avec les ADF.

Un budget ambitieux assumé

Il a par ailleurs insisté sur la nécessité de « mettre fin à ce paradoxe d’être considéré comme l’un des pays potentiellement les plus riches du monde, mais dont la population est parmi les plus pauvres de la planète ».

Sur le plan social, il s’est notamment félicité de la mise en place de la gratuité de l’enseignement de base, qui « a permis de remettre sur le chemin de l’école environ 2,5 millions d’enfants jadis exclus du système éducatif ».

Il a également défendu le budget 2020, jugé « irréaliste » par plusieurs experts officiant au sein des institutions internationales, notamment au FMI. « J’ai entendu des gens qualifier ce budget d’utopique, d’irréaliste et de trop ambitieux. Je ne suis pas d’accord avec eux. Car pour un grand Congo, il faut une grande ambition », a-t-il lancé.

« Je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent que le budget de 10 milliards de dollars est utopique. Ce n’est pas avec 5 milliards que nous développerons la RDC », a encore insisté le chef de l’État.

Pour ce faire, « j’appelle tous mes compatriotes à faire preuve de civisme fiscal », a plaidé le président congolais, affirmant avoir engagé une action contre tous les réseaux de détournement des derniers publics. « Ils seront démantelés, et je serai intraitable dans la lutte contre la corruption ». Il promet aussi, dans la même optique, de maintenir le code minier tel qu’il a été révisé en 2018, qu’il entend cependant pérenniser en prenant en compte les revendications des miniers.

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