Vie des partis

Présidentielle au Burkina : le CDP suspendu à la décision de Blaise Compaoré

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Mis à jour le 14 décembre 2019 à 12h29
L'ancien président burkinabè, Blaise Compaoré.

L'ancien président burkinabè, Blaise Compaoré. © Francois Mori/AP/SIPA

Il aura fallu une médiation du fondateur du parti, Blaise Compaoré, pour que les « frondeurs » qui avaient été exclus du Congrès pour la démocratie et le progrès soient réintégrés. Mais ce retour ne met pas un terme à la principale cause de discorde interne : la désignation d’un candidat pour la présidentielle de 2020.

La hache de guerre est-elle définitivement enterrée entre la direction du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) et les « frondeurs » qui avaient été sanctionnés ? Le 7 décembre, au terme d’un congrès extraordinaire du parti de Blaise Compaoré qui s’est tenu à Ouagadougou, les sanctions prises à l’encontre des cadres qui avaient été suspendus ou exclus ont été annulées.

Cette décision du congrès est en fait la traduction de la volonté exprimée par le fondateur du CDP. Blaise Compaoré avait donné ses instructions au terme d’une médiation à la mi-octobre.

Komboïgo contre Kadré

Eddie Komboïgo, le président du parti, et Kadré Désiré Ouédraogo, ex-Premier ministre de Blaise Compaoré.

Eddie Komboïgo, le président du parti, et Kadré Désiré Ouédraogo, ex-Premier ministre de Blaise Compaoré. © DR/

Depuis Abidjan, l’ancien président burkinabè a reçu des représentants des deux factions qui se déchirent autour de l’investiture du candidat du CDP à la présidentielle de 2020. D’un côté les partisans de Eddie Komboïgo, président du parti, de l’autre ceux de Kadré Désiré Ouédraogo, ancien Premier ministre.

Kadré Désiré Ouédraogo, qui a annoncé sa candidature dès février 2019, soit avant les primaires au sein de son parti, a démissionné du CDP fin septembre, entraînant avec lui une partie des cadres. Dans la foulée, l’ancien Premier ministre a lancé le mouvement « Agir ensemble », en vue de porter sa candidature à la présidentielle.

Pas sûr, cependant, que l’annulation des sanctions qui pesaient contre les frondeurs permettent de mettre un terme définitif à la lutte fratricide qui se joue dans le parti depuis des mois.

Pour l’instant, aucune rencontre n’a eu lieu entre la direction et les sanctionnés

Aucun des 27 sanctionnés n’a d’ailleurs fait le déplacement au congrès extraordinaire. Certains évoquent « une invitation tardive ». D’autres assurent avoir préféré attendre la levée effective des sanctions avant de revenir.

« Pour l’instant, aucune rencontre n’a eu lieu entre la direction et les sanctionnés. Mais étant donné qu’ils ont retrouvé leurs statuts de membres, ils pourront prendre part aux prochaines réunions et à la vie du parti », explique Achille Tapsoba, premier vice-président du CDP.

Dès la semaine prochaine, une rencontre du secrétariat permanent devrait avoir lieu et une session du bureau exécutif national est prévue d’ici fin décembre. C’est à l’aune de ces rendez-vous que l’on saura si les « frondeurs » sont bel et bien de retour au sein des instances du parti.

Des tensions persistantes

Lors du congrès extraordinaire du CDP, le 7 décembre 2019 à Ouagadougou.

Lors du congrès extraordinaire du CDP, le 7 décembre 2019 à Ouagadougou. © DR / CDP

Les divergences sont loin d’être aplanies, et chacun continue de camper sur ses positions

Bien que, pour le CDP, qui fut privé de candidat en 2015 après la chute de Blaise Compaoré en octobre 2014, la prochaine présidentielle soit un rendez-vous crucial, les divergences entre les deux clans sont loin d’être aplanies, et chacun continue de camper sur ses positions.

« Nous n’avons pris aucun engagement. L’annulation des sanctions a été faite conformément aux instructions du fondateur du parti. Je pense toujours que celui qui peut le mieux représenter le parti reste Kadré Désiré Ouédraogo », martèle de son côté Alpha Yago, membre du bureau exécutif du CDP, en charge des mouvements associatifs et des Organisations de la société civile (OSC).

« Nous avions été exclus ou suspendus du parti parce que nous avons déclaré ouvertement soutenir la candidature de Kadré Désiré Ouédraogo. Cela ne changera pas, car nous sommes résolus à maintenir cette candidature », insiste Léonce Koné, l’un des poids lourds du parti et qui compte parmi les figures de proue au sein des frondeurs.

Une posture qui crispe d’ores et déjà dans les rangs des soutiens de Eddie Komboïgo. « Il est interdit par les statuts de soutenir un candidat qui n’est pas désigné par le parti. S’ils reviennent en suivant la demande de Blaise Compaoré, ils ont pour obligation de respecter les règles. Nous avons montré des gages de bonne foi, c’est à leur tour de faire de même », plaide Achille Tapsoba.

Dans l’attente de Blaise Compaoré

Mais si, de part et d’autre, on reconnaît que cette divergence – fondamentale – demeure d’actualité, chacun assure aussi que la communication n’est pas rompue et que des échanges informels existent.

Surtout, tous attendent désormais la décision de Blaise Compaoré, qui a assuré qu’il mènerait des consultations en vue de la désignation du futur candidat. « Les textes prévoient qu’il donne des orientations avant que les instances du parti se prononcent », précise Léonce Koné. « À Abidjan, nous avons également évoqué les dysfonctionnements dans la gestion actuelle du parti. Là dessus également, Blaise Compaoré a annoncé qu’il allait mener des consultations. »

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