Energies renouvelables

Côte d’Ivoire : un pas de plus vers la plus grande centrale biomasse d’Afrique de l’Ouest

Sifca fournira 480 000 tonnes de troncs et de feuilles de palmiers à huile par an, pour alimenter la centrale. (Photo d'illustration)

Sifca fournira 480 000 tonnes de troncs et de feuilles de palmiers à huile par an, pour alimenter la centrale. (Photo d'illustration) © Nabil ZORKOT pour Jeune Afrique

EDF, Meridiam et le groupe Sifca, via sa filiale Biokala, ont signé un contrat de concession de 25 ans avec le gouvernement ivoirien pour réaliser la plus grande centrale biomasse d’Afrique de l’Ouest à 100 kilomètres d’Abidjan. Un projet attendu de longue date.

David Billon, administrateur de Sifca et fils du fondateur du groupe, en parle depuis 2014. Cette semaine, son projet de centrale biomasse, porté avec deux partenaires de poids, EDF et Meridiam, a franchi une étape décisive avec la signature d’un contrat de concession de 25 ans avec le gouvernement de la Côte d’Ivoire.

Cet accord sécurise l’achat par l’État (via la société publique Côte d’Ivoire Énergies, CI-Énergies) au tarif de 62 F CFA/kWh, d’une partie de l’électricité produite par la future centrale, capable d’alimenter en énergie environ 1,7 million de personnes par an. Au terme du contrat, l’État en deviendra le propriétaire.

Cette avancée va enclencher la construction de la centrale, qui doit débuter à l’été 2020 pour une mise en service mi-2023. Située à Aboisso à 100 km à l’est d’Abidjan et d’une capacité de 46 MW, l’infrastructure sera la plus grande centrale biomasse d’Afrique de l’Ouest. À titre de comparaison, la plus importante chaufferie exploitée par EDF en France est d’une capacité de 51 MW, souligne l’énergéticien français.

La centrale ivoirienne est mise en œuvre par la société Biovea Energie, alliance des trois porteurs du projet, à hauteur de 40% pour EDF, 36% pour Meridiam et 24% pour Sifca via sa filiale Biokala.

Le technicien, le financier et le fournisseur

Dans ce projet, les trois acteurs ont un rôle complémentaire. EDF, qui a réalisé les études de conception, va superviser la construction de la centrale : appel d’offres pour sélectionner les entreprises, contrôle du chantier et formation des exploitants, recrutés localement. Meridiam, société d’investissement dirigée par Thierry Déau, apporte son expertise sur le montage financier du projet, représentant un investissement de 200 millions d’euros.

Enfin, Sifca, géant ivoirien de l’agro-industrie présent sur trois marchés (huile de palme, caoutchouc et sucre), se charge de l’approvisionnement en déchets agricoles, à savoir 480 000 tonnes de troncs et feuilles de palmiers à huile par an. Ces déchets seront récupérés dans un rayon de 60 km autour de la centrale auprès principalement de 12 000 planteurs mais aussi de Palmci, la filiale de Sifca sur l’huile palme.

Le closing espéré pour bientôt

Outre la construction, il reste encore d’autres points à régler. Le principal est la finalisation du financement du projet. Il devrait suivre le schéma généralement adopté dans les énergies renouvelables : 25 % des fonds apportés par les développeurs au prorata de leur participation et 75 % par des partenaires financiers, banques et fonds d’investissement.

L’Agence française de développement via Proparco, assurera la majorité du financement, accompagné d’Emerging Africa Infrastructure Fund, filiale du Private Infrastructure Development Group, une institution financée par la coopération internationale.

Pour rappel, Proparco, avec la banque de développement néerlandaise FMO et la Société générale, a accordé en octobre 2018 un prêt de 90 millions d’euros à Sifca. Les partenaires espèrent annoncer le closing prochainement.

Plus de cinq ans de négociations

Ce sera la confirmation que le projet est bel et bien sur le point d’aboutir. Et la fin d’une longue attente. À son lancement en 2014, le début de la construction de la centrale avait été annoncée pour 2015. Sauf que la mise en œuvre s’est étirée dans le temps.

Plus que le choix du terrain où implanter le projet, c’est la question du cadre réglementaire pour développer un projet à base de biomasse qui a constitué un défi. Inexistant, il a fallu travailler avec les autorités pour le créer. Un processus de longue haleine.

Ensuite, il a fallu s’accorder avec l’État sur le prix d’achat de l’électricité. Un point qui a nécessité de longs mois de négociations. La durée de la concession a aussi nécessité des échanges tout comme l’organisation et la structuration de la filière d’approvisionnement en biomasse.

Prix d’achat de l’électricité

Mais, selon les promoteurs du projet, le jeu en vaut la chandelle. De par sa taille, la centrale d’Aboisso doit révéler et confirmer l’énorme potentiel de l’Afrique dans les énergies renouvelables. Sur la durée de la concession, la centrale permettra à la Côte d’Ivoire de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 4,5 millions de tonnes de CO2, l’équivalent de 160 000 tonnes de crédits-carbone par an.

Outre son apport en énergie propre, il se présente comme un exemple d’économie circulaire, contribuant à améliorer les revenus des planteurs fournisseurs de déchets agricoles et à favoriser le renouvellement des plantations sur 60 000 hectares. Surtout, en cas de succès, il pourrait être dupliqué dans d’autres pays où Sifca produit de l’huile de palme, à savoir le Ghana, le Nigeria et le Liberia.

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